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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214361

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214361

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantPIERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Pierrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 août 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour " étudiant ", la réalité et le sérieux des études poursuivies étant établis ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dupuy-Bardot a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante indienne née le 26 juin 1991 à Delhi et entrée en France le 18 mars 2021 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 10 mars 2021 au 10 mars 2022, a sollicité le 27 février 2022 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite à l'expiration de ce délai. Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions du 24 août 202 de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée énonce les motifs de fait et de droit sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A en qualité d'étudiante. Cette motivation, qui fait état des éléments de fait propres à la situation de la requérante, révèle que l'autorité administrative a procédé à un examen particulier de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cette décision et du défaut d'examen doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité, l'assiduité, la progression et, à l'occasion d'un changement de cursus, du sérieux des études qu'il déclare accomplir.

4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme A, le préfet a relevé que Mme A, inscrite à une formation de maquillage professionnel pour la période du 12 mars 2021 au 4 mars 2022, n'avait pas fourni d'attestation de réussite. Il a estimé qu'en l'absence de résultat et de progression dans les études poursuivies, le caractère réel et sérieux de celles-ci n'était pas démontré.

5. Pour contester cette appréciation, Mme A fait valoir qu'elle est entrée en France le 18 mars 2021, alors enceinte de six mois, qu'elle s'est vue diagnostiquer du diabète gestationnel au mois d'avril 2021 et que son enfant, né le 19 juin 2021, a souffert de problèmes de santé qui ont nécessité son hospitalisation dans les jours suivant sa naissance, du 31 juillet au 5 août 2021 et du 23 au 28 janvier 2022, ainsi qu'un suivi médical régulier à l'hôpital Necker. Si ces circonstances sont établies par les pièces produites par la requérante, il ne ressort pas de celles-ci que sa grossesse ou le diabète gestationnel dont elle a été atteinte, qui n'a au demeurant été diagnostiqué qu'à la fin du mois d'avril 2021, l'empêchaient de suivre la formation à laquelle elle s'était inscrite pendant les premiers mois de celle-ci. A cet égard, Mme A ne justifie pas qu'elle aurait à tout le moins commencé sa formation lors de son arrivée en France. Dans ces conditions, la requérante, qui n'a pas manifesté une volonté sérieuse de suivre la formation pour laquelle un visa de long séjour lui avait été délivré lors de son arrivée en France, ne saurait soutenir que c'est son état de santé, puis celui de son nouveau-né qui l'ont empêchée de suivre ses cours avec assiduité et de se présenter aux examens. Par suite, en estimant que le caractère réel et sérieux de ses études n'était pas démontré, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, arrivée en France au mois de mars 2021, est mariée avec un compatriote titulaire d'une carte de résident italienne. Par ailleurs, si son époux s'est vu délivrer en France une autorisation de travail pour occuper un emploi de menuisier le 20 juillet 2022, le séjour sur le territoire français en qualité d'étudiant ne confère aucune vocation à demeurer en France et Mme A ne peut être regardée comme ayant fixé durablement le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dans ces conditions, en lui refusant un titre de séjour, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur la vie privée et familiale de l'intéressée.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de la requérante.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 24 août 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

M. Romnicianu

La greffière,

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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