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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214385

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214385

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214385
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantCABINET CHRISTELLE MONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 22 septembre 2022 et 27 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 août 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement d'un titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle en particulier au regard des dispositions de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 14 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Caldoncelli-Vidal a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 17 janvier 1991, est entré sur le territoire français dans le courant du mois de novembre 2013. Il a sollicité, le 3 décembre 2019, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 août 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'ensemble des textes dont le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait application et rappelle la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. B, mentionnent avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement permettant ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Le préfet n'étant pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments dont M. B entend se prévaloir, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'était pas tenu de faire mention de tous les éléments de la vie privée et familiale de M. B et notamment de la scolarisation de ces deux enfants aînés, ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de ce dernier avant de prendre la décision attaquée. Si M. B soutient, en outre, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas procédé à un examen particulier de sa demande en ne l'ayant pas appréciée au regard de sa qualité d'étranger entretenant des liens privés avec un citoyen de l'Union européenne, il n'établit pas, par les pièces du dossier, avoir déposé sa demande de renouvellement sur un tel fondement. Le moyen doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B soutient qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en se prévalant de sa durée de présence en France, du séjour sur le territoire de sa compagne, de nationalité italienne, ainsi que de la naissance sur le sol français de deux de leurs trois enfants et de leur scolarisation. Si la durée de présence du requérant est significative, en revanche il n'apporte aucun élément précis sur les liens d'ordre amical, culturel et social qu'il aurait créés en France en dehors de sa cellule familiale. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que sa compagne séjourne en France en situation irrégulière et que leurs trois enfants sont de nationalité italienne. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas que la cellule familiale ne peut pas se reconstituer en Italie, en dépit de la scolarisation de leur fils aîné depuis 2014. Si M. B se prévaut également de la présence de sa mère, de nationalité italienne, et de demi-frères sur le territoire français, il n'établit pas, par le seul témoignage peu circonstancié versé au débat émanant de celle-ci, l'intensité de leurs relations. En outre, s'il justifie exercer une activité professionnelle dans le cadre d'un contrat à durée déterminé depuis le mois de juillet 2020, son expérience demeure récente à la date de la décision attaquée. Il s'ensuit, quand bien même la présence de M. B ne constitue pas une menace pour l'ordre public, que le préfet de la Seine-Saint-Denis, en refusant de renouveler son titre de séjour n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

6. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. M. B soutient qu'il est de l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs qu'il bénéficie de la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, il ne justifie pas, par les pièces du dossier, que ces derniers auraient l'ensemble de leurs repères en France ou qu'ils ne pourraient pas vivre en Italie avec leurs parents et y poursuivre leur scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision faisant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour.

9. En second lieu, si M. B soutient qu'il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire dès lors qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale ou en qualité de conjoint d'une citoyenne de l'Union européenne, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 5 que le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le motif tiré de ce que M. B constitue une menace pour l'ordre public pour avoir été condamné le 5 septembre 2016 par le Tribunal correctionnel de Bobigny à 200 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants et le 10 février 2020 par le Tribunal judiciaire de Paris à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour violence par une personne en état d'ivresse sans incapacité et pour être connu défavorablement des services de police pour conduite d'un véhicule sans permis et détention frauduleuse de plusieurs faux documents administratifs en 2017. Toutefois, au regard du quantum des peines, et du caractère circonscrit des faits ayant donné lieu à condamnation, la présence de M. B ne peut être regardée comme constituant, à la date de l'arrêté attaqué, une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'injonction. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) le versement à M. B d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 17 août 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a interdit à M. B le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.

Article 2 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. B une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- M. Israël, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La rapporteure,

Mme Caldoncelli-Vidal La présidente,

Mme Delamarre

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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