mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2214460 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ARVIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 septembre 2022 et 30 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Arvis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Montreuil a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Montreuil de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Montreuil la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'administration n'a pas mis en œuvre la procédure d'enquête administrative préalable prévue par les dispositions du décret n° 2020-256 du 13 mars 2020 ;
- il a droit au bénéfice de la protection fonctionnelle dès lors qu'il a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ou, à tout le moins, de dépassement fautif du pouvoir hiérarchique, que ces agissements ont dégradé ses conditions de travail, ont un lien avec l'exercice de ses fonctions et ne sont pas imputables à une faute personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, la commune de Montreuil, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabre, conseillère,
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,
- et les observations de Me Bourgeois, substituant Me Arvis, représentant M. A et les observations de Me Lefebure, représentant la commune de Montreuil.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté en qualité d'ingénieur territorial par la commune de Montreuil à compter du 2 avril 2023 pour exercer les missions d'adjoint au chef de service du Patrimoine, au sein de la direction des bâtiments. A compter du 1er novembre 2016, il s'est en outre vu confier les fonctions de responsable du pôle Energie. Le 23 mai 2022, il a sollicité auprès de la commune de Montreuil le bénéfice de la protection fonctionnelle. Le silence de l'administration sur cette demande gardée pendant deux mois a fait naître une décision implicite de rejet. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le vice de procédure :
2. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du dispositif ayant pour objet de recueillir les signalements des agents qui s'estiment victimes d'actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans la fonction publique, ainsi qu'aux témoins de tels agissements, prévu par les dispositions de l'article 6 quater A de la loi du
13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, et l'article 1er du décret du 13 mars 2020 relatif au dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans la fonction publique, est inopérant à l'appui de conclusions dirigées contre une décision statuant sur une demande relative au bénéfice de la protection fonctionnelle, laquelle est prise indépendamment de la procédure de signalement.
En ce qui concerne le harcèlement moral :
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre. ".
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. M. A soutient qu'à compter de sa nomination en qualité de responsable du pôle Energie à la suite d'une réorganisation du service, ses conditions de travail se sont dégradées en raison d'agissements de harcèlement moral de la part de de la directrice des bâtiments et de sa responsable, cheffe du service travaux neufs et entretien. Il soutient qu'il a été victime de remarques vexatoires et agressives et qu'il a fait l'objet d'une surveillance tatillonne ainsi que de griefs non justifiés. Il soutient également qu'il a été isolé au sein du service avant d'être poussé à quitter la collectivité et qu'avant même sa mutation, il a été privé de ses fonctions au profit d'un autre agent.
6. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Montreuil, saisi par un syndicat de la situation du requérant, a diligenté une enquête administrative interne sur les pratiques managériales au sein de la direction des bâtiments, au terme de laquelle un rapport a été rendu le 23 août 2021. Si ce rapport indique que " quelques agents " ont manifesté des craintes de s'exprimer librement par " peur des conséquences sur leur carrière, conditions ou ambiance de travail ", il est constant qu'il fait suite à l'audition de vingt-sept agents de la collectivité. Il ressort de ce rapport que la directrice des bâtiments et la cheffe du service travaux neufs - entretien ont adopté un management vertical et directif envers leurs collaborateurs tout en étant décrites comme accessibles et soutenantes envers les agents en cas de difficulté. Le rapport relève également un caractère prompt à l'emportement chez la directrice des bâtiments avec des " éclats de voix ", voir des " hurlements " qui peuvent s'adresser à tous sans distinction et une attitude critique de la cheffe du service travaux neufs et entretien envers le travail des agents placés sous sa responsabilité. Il fait en outre état d'une dégradation des relations professionnelles entre l'intéressé et ses supérieurs hiérarchiques en raison d'un manque de compétences de ce dernier. Le rapport conclut à l'absence de harcèlement moral à l'égard du requérant, comme d'autres agents, tout en formulant des préconisations managériales.
7. M. A soutient qu'il a fait l'objet à de nombreuses reprises de propos vexatoires et d'insultes de la part de ses supérieures hiérarchiques. Toutefois, ses allégations ne sont corroborées par aucune des pièces versées au dossier. En particulier si M. A soutient qu'il a été humilié lors d'une réunion budgétaire le 17 novembre 2020, il résulte des termes du rapport d'enquête administrative du 23 août 2021 que tous les participants à cette réunion s'accordent sur le fait que le travail fait par le requérant " ne correspondait pas du tout à ce qui était attendu de lui " dès lors qu'il communiquait des chiffres jugés non fiables et que si " la tension est montée ", elle n'a pas excédé une demande ferme de précisions.
8. M. A soutient ensuite, sans être contesté en défense, qu'il a été prévenu la veille de son entretien professionnel qui s'est tenu en juillet 2020 et que celui-ci a duré plus de quatre heures. Il ressort toutefois du rapport d'enquête, alors qu'au demeurant il n'a pas sollicité de report pour disposer d'un temps supplémentaire de préparation, qu'il a refusé de dialoguer en répétant " qu'il n'avait rien à dire " ce qui a contraint sa responsable à un allongement de la durée de l'entretien qui a néanmoins fait l'objet d'interruptions.
9. M. A soutient également que le 19 mai 2020, la commune de Montreuil lui a refusé sans motif sa demande de congés pour le 22 mai suivant. Toutefois, en défense, la commune de Montreuil fait valoir qu'il n'a pas respecté le délai de prévenance de huit jours et qu'un de ses collègues avait déjà déposé une demande de congé pour les mêmes dates. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de l'état des congés de l'intéressé produit par la commune, qu'il se serait vu refuser des congés à l'été 2020.
10. Si M. A soutient qu'il a été destinataire de courriels humiliants de la part de ses supérieurs hiérarchiques, il ressort des pièces du dossier que le ton employé, même s'il est ferme et directif voire traduit une exaspération, et les griefs formulés, s'ils témoignent de tensions croissantes, n'ont pas excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
11. Contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort pas des courriels versés au dossier que la supérieure hiérarchique lui aurait imposé de réaliser pendant ses congés, le 29 mai 2020, une vérification des VMC dans certaines écoles le même jour. Par ailleurs, le grief tenant à ce que sa supérieure hiérarchique lui aurait reproché de ne pas avoir mis de renvoi d'appel sur son téléphone professionnel n'est pas davantage établi.
12. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. A aurait été isolé progressivement au profit d'un de ses collègues, ni que sa cheffe de service lui aurait communiquer de manière répétée des offres d'emploi. La seule production d'une photographie d'un schéma dessiné sur un tableau blanc au feutre, n'est pas davantage pas de nature à établir que son nom aurait été supprimé de l'organigramme affiché dans le bureau de sa responsable.
13. En revanche, il est établi que, le 10 mars 2020, la directrice des bâtiments lui a reproché d'avoir utilisé le terme " service " à la place de " pôle " dans un document, alors même que ce terme est régulièrement utilisé par sa cheffe de service. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que sa cheffe de service lui a demandé par courriel du 10 novembre 2020 de compléter " proprement " un tableau destiné au service des marchés publics, le destinataire ayant ensuite estimé que cela n'était pas nécessaire. Enfin, M. A fait valoir sans être utilement contredit que la directrice des bâtiments lui a adressé des reproches s'agissant d'une panne de chauffage lors d'un conseil municipal en décembre 2020 alors que la procédure prévue en pareil cas n'avait pas été respectée et qu'il n'avait pas davantage été contacté. Toutefois, ces seuls éléments ne sont pas de nature en l'espèce à caractériser des agissements de harcèlement moral.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les éléments dont fait état M. A et qui sont établis, pris isolément ou dans leur ensemble, ne permettent pas de démontrer qu'il a été victime de harcèlement moral. Il s'ensuit que, M. A n'ayant pas subi des agissements de harcèlement moral, il n'est pas fondé à soutenir que la commune de Montreuil a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui octroyer la protection fonctionnelle.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montreuil, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A réclame au titre des frais liés à l'instance. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme réclamée à ce titre par la commune de Montreuil.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Montreuil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Montreuil.
Délibéré après l'audience du 4 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Deniel, présidente,
Mme Biscarel, première conseillère,
Mme Fabre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
La rapporteure,La présidente,A.-L. FabreC. DenielLa greffière,A. Capelle
La République mande et au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026