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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214605

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214605

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre (J.U)
Avocat requérantEDBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2022, M. B A représenté par Me Edberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informé de son inscription dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'indique pas explicitement le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L.612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Ribeiro-Mengoli, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 8 novembre 2022 à 15h30 :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Melmasry, substituant Me Edberg pour M. A, présent, qui reprend ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gabonais, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26

septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de

l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français

en août 2014, alors âgé de seize ans, pour y rejoindre sa tante maternelle, de nationalité française, à la suite du décès de ses parents. Il a été scolarisé en France à compter du mois de septembre 2014 en classe de seconde jusqu'à l'obtention de son diplôme du baccalauréat en juillet 2017. M. A a ensuite été muni d'une carte de séjour étudiant au titre de l'année 2017/2018 et justifie, alors qu'il poursuivait ses études universitaires à l'université de Paris 13, avoir entrepris des démarches afin d'en obtenir le renouvellement, s'étant vu délivrer un récépissé à cet effet, et avoir poursuivi de nombreuses démarches auprès de l'administration afin de régulariser sa situation au regard de son séjour en France. Il justifie avoir depuis obtenu un diplôme de développeur web et mobile en 2020 et être titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis septembre 2021, en tant qu'ingénieur débutant. Le requérant démontre par ailleurs que sa seule famille est désormais en France et qu'il n'a plus aucune attache familiale dans son pays d'origine. Nonobstant la circonstance qu'il aurait fait état d'un faux titre de séjour pour travailler, l'intensité, l'ancienneté, la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France et son degré d'insertion sociale et professionnelle sont tels que, dans les circonstances particulières de l'espèce, la décision attaquée doit être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disporportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet a, par suite, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens

de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 26 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. Par application des dispositions citées au point précédent, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'effacer le signalement de M. A du système d'information Schengen, et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa situation.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 septembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen et de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 22 novembre 2022.

La magistrate désignée, La greffière,

Signé Signé

N. C P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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