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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214749

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214749

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantTHISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2022, M. D B, représenté par Me Thisse, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est renvoyé et a prononcé une l'interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement ; à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dès la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à verser au requérant en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français sans délai elle-même illégale ;

- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. C pour statuer sur les requêtes pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Thisse, pour M. B, qui déclare abandonner ses conclusions tendant à la délivrance d'un titre de séjour

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à l'encontre du requérant, ressortissant égyptien, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est renvoyé et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois.

I. Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de cette loi : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

II. -Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Aux termes du III de ce même article : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger ou lorsque l'étranger n'a pas satisfait à cette obligation dans le délai imparti. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour ".

4. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. D'une part, alors que le préfet a relevé que l'intéressé était célibataire et qu'il ne justifiait pas de l'intensité ou de l'ancienneté ainsi que de la stabilité de ses liens avec la France, il ressort au contraire des pièces du dossier que M. B, qui travaille dans le secteur du Bâtiment et des travaux publics, vit au moins depuis le mois d'octobre 2016 avec son compagnon, de nationalité française, M. A et que le couple se heurte à la difficulté de conclure un pacte civil de solidarité, les autorités égyptiennes refusant de délivrer le certificat de coutume aux couples homosexuels et le certificat de non-pacs nécessaires à la validation du dossier.

6. D'autre part, si le préfet a relevé dans l'arrêté contesté que le comportement de M. B - qui serait connu au fichier automatisé des empreintes digitales notamment pour des faits d'outrages à dépositaire de l'autorité publique et pour d'autres graves infractions telles que vols avec armes, recels, violences volontaires aggravées - caractérisait une menace pour l'ordre public, il n'a pris la peine - nonobstant l'enjeu que représentent la sécurité publique et la défense de l'ordre, pris en compte dans l'appréciation du droit au respect de la vie privée et familiale par l'article 8 de la convention précitée - ni de présenter des observations en défense ni même de communiquer au tribunal des pièces susceptibles d'étayer les faits mentionnés. Dès lors, il n'y a pas lieu de retenir l'existence de tels faits, dont la réalité est contestée par le requérant, et alors qu'il ne ressort pas de la lecture de la décision attaquée que le préfet aurait pris la même décision s'il ne les avait pas pris en compte.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté en litige doit être annulé, pour avoir méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente décision implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis procède au réexamen de la situation de M. B au regard des motifs du présent jugement et lui délivre dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis d'y procéder dans un délai de deux mois à compter du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 800 euros, à verser à Me Thisse en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Thisse renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis du 29 septembre 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera à Me Thisse une somme de 800 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Thisse renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Thisse et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

Signé

H. C La greffière,

Signé

T. Chonville

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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