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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214952

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214952

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantTAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 5, 12 et 14 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Taj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- l'auteur de cette décision ne justifie pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, en vertu de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de cette décision ne justifie pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant signalement au fichier Schengen :

- elle est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bernabeu a été entendu au cours de l'audience publique, M. A et le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né en 1995, est, selon ses déclarations, entré en France en 2018. Il a sollicité le 8 novembre 2021 le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé. Par un arrêté du 25 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, par un arrêté n° 2022-0291 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin des informations administratives du 9 février suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice des étrangers et des naturalisations, à l'effet de signer les arrêtés portant refus de séjour assortis ou non d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, et à défaut d'établir ou même d'alléguer que Mme C n'était pas absente ou empêchée lors de la signature de l'arrêté contesté, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant refus de séjour manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations ".

4. L'arrêté litigieux vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code des relations entre le public et l'administration et les articles L. 421-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Le préfet de Seine-Saint-Denis relève en outre que M. A n'allègue aucune raison de santé à l'appui de sa demande renouvellement de titre de séjour et n'a pas obtenu d'autorisation de travail pour exercer une activité salariée. Il mentionne que l'intéressé est aussi connu au fichier des antécédents judiciaires pour des faits de conduite sans permis de conduire ni assurance. Par suite, la décision portant refus de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

5. Il ne ressort pas des énonciations de l'arrêté litigieux que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. A.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : /1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance [] ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas non plus allégué par M. A qu'il remplissait effectivement les conditions prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur la situation de l'intéressé.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A soutient que la décision litigieuse porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors que, présent sur le territoire français depuis 2018, il s'est parfaitement intégré en France dont il partage les valeurs républicaines. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé, qui est célibataire et sans enfant, aurait des liens familiaux sur le territoire français. La circonstance qu'il travaille en France depuis mars 2021 en tant qu'électricien n'est pas de nature, à elle seule, à lui conférer un droit au séjour. Dans ces conditions, la décision portant refus de séjour n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En dernier lieu, M. A ne peut utilement invoquer les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre d'une décision portant refus de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il ne résulte pas de ce qui a été dit aux points 2 à 10 que la décision portant refus de séjour serait entachée d'illégalité. Par suite, M. A ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2 et 5, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé ne peuvent qu'être écartés.

13. La décision litigieuse, fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision portant refus de séjour, en vertu de l'article L. 613-1 du code précité. Par suite, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

14. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

15. Le requérant n'apporte pas les précisions nécessaires permettant d'apprécier le bien-fondé du moyen d'erreur de fait soulevé à l'encontre de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. Il ne résulte pas de ce qui a été dit aux points 11 à 15 que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, M. A ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code précité : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

18. Eu égard à la situation de M. A, telle qu'elle résulte de ce qui a été retenu au point 9, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans n'est entachée ni d'erreur de droit au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le signalement au fichier Schengen :

19. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. /Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

20. Dès lors que les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour de M. A sont rejetées, celles à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission au fichier du système d'information Schengen ne peuvent, par voie de conséquence, et sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, qu'être rejetées.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

Le rapporteur,

S. Bernabeu

Le président,

J.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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