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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2215004

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215004

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantRACCAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 et 12 octobre 2022, M. E D, actuellement retenu au centre de rétention administrative n° 3 du Mesnil-Amelot, représenté par Me Itsouhou Mbadinga, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 octobre 2022 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet d'effacer son signalement du système d'information Schengen dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à toute autorité compétente de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

5°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées apparaissent également entachées d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle, d'une erreur de droit, d'une méconnaissance de la Convention de Genève de 1949 et d'une méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, au regard des critères posés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu le mémoire en production de pièces produit par le préfet, enregistré le 11 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Maele, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2022 :

- le rapport de Mme F ;

- les observations de Me Itsouhou Mbadinga, représentant M. D, présent, assisté de Mme C, interprète en langue arabe somali, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures ;

- les observations de Me Blondel, pour le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant somalien né en 1989, déclarant être entré en France en décembre 2020, demande l'annulation des décisions du 5 octobre 2022 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de toutes les décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A B, adjoint au chef de section des reconduites à la frontière, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées, pour signer les décisions attaquées. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les moyens selon lesquels les décisions attaquées seraient entachées d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant, d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé, d'une erreur de droit, d'une méconnaissance de la Convention de Genève de 1949 et d'une méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne, énumérés dans la requête introductive d'instance sans être assortis d'aucune argumentation et qui n'ont pas davantage été développés à l'audience, sont dépourvus de toute précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ils doivent par suite être écartés.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code: " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".

7. En se bornant à indiquer qu'une procédure de demande d'asile le concernant serait actuellement en cours sans apporter le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, M. D doit être regardé comme excipant de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, sur le fondement de laquelle la décision fixant le pays de destination a été prise. Le requérant ne démontrant pas, en l'espèce, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. En se bornant à soutenir à l'audience qu'il ne peut retourner dans son pays d'origine en raison de l'insécurité générale qui y règne, sans justifier ni même alléguer qu'il serait personnellement exposé à des risques en cas de retour en Somalie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. En premier lieu, le requérant ne démontrant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision lui interdisant le retour sur ce territoire français pendant deux ans. Par suite, le moyen est écarté.

13. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, qui soutient vivre en France depuis moins de deux ans, ne dispose pas d'une résidence effective et stable, ne se prévaut d'aucune attache familiale ou personnelle en France ni d'aucune insertion sociale ou professionnelle. En outre, il est entré sur le territoire français de manière irrégulière, n'a jamais sollicité de titre de séjour et s'est soustrait à la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en 2021. Dans ces conditions, en fixant la durée de l'interdiction du territoire à deux ans, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Compte-tenu de la durée et des conditions de séjour de M. D en France, rappelées au point 13, la décision litigieuse ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions préfectorales du 5 octobre 2022. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Itsouhou Mbadinga et au préfet de police.

Jugement rendu en audience publique le 17 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. F Le greffier,

Signé

L. Dionisi

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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