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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2215165

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215165

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantSIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 et 13 octobre 2022, M. E B, retenu au centre de rétention n° 3 du Mesnil-Amelot, représenté par Me Sidibé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il justifie de garanties de représentation ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'illégalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet du Val d'Oise sollicite le rejet de la requête, faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khiat, magistrat désigné,

- les observations de Me Sidibé, qui maintient uniquement les moyens soulevés dans son dernier mémoire,

- le préfet du Val d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, né le 1er mars 1993 à Dar El Beida (Algérie), déclare être entré en France en septembre 2021. L'intéressé a été interpellé le 9 octobre 2022 par les services de police du commissariat de police d'Argenteuil pour une rixe entre vendeurs à la sauvette. Par un arrêté du 10 octobre 2022, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 22-128 du 27 juillet 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Val d'Oise a donné délégation à M. D A, attaché d'administration, chef de la section éloignement/Comex, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

4. Le requérant soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il ne justifie pas de garanties de représentation. Ce moyen, soulevé également à l'encontre l'obligation de quitter le territoire français, doit être regardé comme uniquement dirigé contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B, le préfet du Val d'Oise a estimé qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet des Hauts-de-Seine le 20 mai 2022, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, et ne justifie pas de garanties de représentation. En se bornant à soutenir qu'il travaille depuis neuf mois et qu'il a un lieu de travail, sans même en justifier, M. B ne remet pas en cause l'appréciation portée par le préfet, et ne démontre donc pas que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination est dépourvu de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, par suite, qu'être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

7. Si M. B soutient que des circonstances humanitaires font obstacle à une interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'il souffre d'une pathologie qui ne peut être traité dans son pays, il ne le justifie pas. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'illégalité.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Val d'Oise.

Rendu en audience publique le 14 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Y. C

La greffière,

N. Baali

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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