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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2215180

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215180

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantLA CIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire additionnel, enregistrés les 11 et 16 octobre 2022,

M. B A, représenté par Me Itsouhou-Mbadinga, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un certificat de résidence.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision de refus de délivrer un certificat de résidence et l'obligation de quitter le territoire français ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7° et

L. 313-11-7° [lire L. 423-23] du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête et le mémoire additionnel ont été communiqués au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas répondu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant , a sollicité le 6 juillet 2021 la délivrance d'un certificat de résidence en tant que parent d'enfant français. Par un arrêté en date du 1er juin 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance de ce certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

I- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

I.A- En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. E D, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par un arrêté n° 2021-2773 du 13 octobre 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 14 octobre 2021, le préfet a consenti cette même délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D. Par suite, dès lors que la commune de Gournay-sur-Marne, où a indiqué résider M. A, est située dans l'arrondissement du Raincy, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, après avoir visé l'accord franco-algérien, notamment ses articles 6 alinéa 4 et 6 alinéa 5, mentionne que le requérant ne justifie pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de son enfant français et que la mère de cet enfant perçoit l'allocation de soutien familial de la caisse des allocations familiales au motif qu'elle a déclaré vivre seul avec l'enfant et ne pas percevoir de participation de son père. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, la situation du requérant, de nationalité algérienne, étant entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision contestée, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens doivent, par suite, être écartés.

5. En quatrième lieu, en admettant que le requérant ait entendu se prévaloir des stipulations des articles 6 alinéa 4 et 5 de l'accord franco algérien en faisant valoir qu'il est le père d'un enfant français et qu'il vit en France de façon habituelle et continue depuis 1999, il ne verse au dossier aucune pièce qui permettrait d'établir la réalité de sa présence habituelle et continue sur le territoire français ou encore sa participation à l'éducation et à l'entretien de son enfant français. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué, non contesté sur ce point, que la mère de cet enfant perçoit l'allocation de soutien familial de la caisse des allocations familiales au motif qu'elle a déclaré vivre seul avec l'enfant et ne pas percevoir de participation de son père. Enfin, il ressort de la lecture de ce même arrêté, également non contesté sur ce point, que le requérant a fait l'objet le d'une condamnation d'un an d'emprisonnement pour dégradation ou détérioration du bien destiné à l'utilité ou à la décoration publique, recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et exhibition sexuelle, le d'une condamnation à cinq mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et destruction de bien destiné à l'utilité ou à la décoration publique, enfin le d'un emprisonnement d'un an pour récidive d'exhibition sexuelle. Par ailleurs, l'intéressé est connu des services de police pour agression sexuelle sur mineure de 15 ans commise le , pour viol commis le , pour conduite de véhicule sans permis, vol en réunion et découverte d'un véhicule volé soumis à immatriculation le , enfin pour non justification de son adresse par une personne enregistrée dans le fichier des auteurs d'infractions sexuelles le

. M. A représente ainsi une menace pour l'ordre public qui justifiait que le préfet de la Seine-Saint-Denis lui refuse, ainsi qu'il l'a fait, la délivrance d'un certificat de résidence en faisant application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du

26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Pour les mêmes raisons qu'exposées au point 5, la décision contestée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de son enfant. Elle n'a donc méconnu ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de l'intéressé.

I.B- En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision susvisée manque en fait et doit être écarté.

9. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français ayant été prononcée à la suite d'un refus de délivrance de titre de séjour, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, laquelle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En troisième et dernier lieu, pour les motifs exposés ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er juin 2022, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.

II- Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. Aest rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

Le rapporteur,La présidente,SignéSigné F. L'hôteM. SalzmannLa greffière,SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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