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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2215195

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215195

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantLEBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022 au tribunal administratif de Paris et transmise au tribunal administratif de Montreuil par ordonnance n° 2220280 du 11 octobre 2022, ainsi qu'un mémoire du 5 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Leboul, demande au président du tribunal :

- de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire,

- d'annuler l'obligation de quitter le territoire français sans délai et la décision fixant le pays de destination prises par le préfet de police le 28 septembre 2022,

- d'enjoindre à toute autorité administrative compétente, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de Monsieur B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative,

- de condamner l'État au versement de frais irrépétibles d'un montant de 1 300 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'Etat, et, en cas de rejet de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat au versement de frais irrépétibles d'un montant de 1 300 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient :

- que la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée de défaut de motivation et d'absence d'examen de sa situation personnelle, qu'elle méconnaît les articles L.541-1 et L.541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation,

- que la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement, est insuffisamment motivée et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 27 octobre 2022, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête doivent être rejetés, et produit notamment la fiche " TélémOfpra " relative à M. B.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Noël, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenue le 6 décembre 2022 à 11h, en présence de Mme Yen Pon, greffière :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Leboul, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et ajoute que la décision de refus de délai de départ volontaire ne peut être fondée sur un risque de fuite dès lors que la précédente décision d'éloignement dont M. B a fait l'objet a été prise alors qu'il avait déposé une demande d'asile

- les observations de M. B, qui indique qu'il a fui le Bangladesh car lui et sa famille avaient fait l'objet de menaces par des extrémistes musulmans,

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant bangladais né le 27 août 1985, a présenté une demande d'asile auprès des services de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides qui a été rejetée par une décision du 28 octobre 2021 notifiée le 3 novembre 2021. Son recours devant la cour nationale du droit d'asile a été rejeté par une décision prise le 26 avril 2022 et notifiée le 6 mai 2022. Par un arrêté du 28 septembre 2022, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a désigné le pays de destination. Par cette requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". L'article 80 dudit décret dispose que " () l'avocat ou l'officier public ou ministériel commis d'office, désigné d'office, ou désigné sur demande du prévenu ou de la victime est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. En premier lieu, la décision d'éloignement, ainsi que les autres décisions attaquées, comportent la mention des motifs de droit et de fait qui les fondent, et sont donc suffisamment motivées. Il ne ressort en outre pas de ces décisions que le préfet de police n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. B.

4. En deuxième lieu, il ressort de la fiche " TélémOfpra " produite par le préfet de police en défense que la demande d'asile de M. B a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, par une décision notifiée le 6 mai 2022. Par suite, M. B ne peut se prévaloir d'un droit au maintien sur le territoire en application des articles L.541-1 et L.541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, le requérant indique qu'il est entré en France en octobre 2021 pour y demander l'asile, demande qui a été rejetée. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il n'a aucune attache en France, où il ne fait pas preuve d'aucune intégration particulière. Par suite la décision d'éloignement attaquée n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En quatrième lieu, le requérant ne conteste pas qu'il a déclaré explicitement ne pas vouloir se conformer à la décision d'éloignement, ni qu'il ne dispose pas de garanties de représentation suffisantes. Par suite, et sans même qu'il soit nécessaire de prendre en considération la décision d'obligation de quitter le territoire français dont M. B a fait l'objet le 17 octobre 2021, le risque de fuite de M. B est caractérisé, si bien que le préfet de police pouvait légalement refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.

7. En cinquième lieu, le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de cet article.

8. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Lu en audience publique le 13 décembre 2022.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

Signé

C. A

La greffière,

Signé

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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