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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2215233

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215233

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantLEBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2022 ainsi qu'un mémoire enregistré le 5 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Leboul, demande au président du tribunal :

- de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire,

- d'annuler l'obligation de quitter le territoire français sans délai, la décision fixant le pays de destination et la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, prises par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 10 octobre 2022,

- d'enjoindre à toute autorité administrative compétente, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de M. C dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, injonction assortie d'une astreinte fixée à 50 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative,

- d'annuler le signalement dont fait l'objet M. C dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour,

- de condamner l'État au versement de frais irrépétibles d'un montant de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'Etat, et, en cas de rejet de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat au versement de frais irrépétibles d'un montant de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient :

- que la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée de défaut de motivation et d'absence d'examen de sa situation personnelle, d'erreur de fait, de méconnaissance du droit d'être entendu et du droit de la défense garantis par le droit de l'Union européenne, de méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation,

- que la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement, est insuffisamment motivée, méconnaît les articles L.612-2 et 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation,

- que la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement,

- que la décision d'interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement, est entachée de défaut de motivation et d'absence d'examen de sa situation personnelle, méconnaît l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, à qui la procédure a été communiqué, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Noël, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenue le 6 décembre 2022 à 11h, en présence de Mme Yen Pon, greffière :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Leboul, représentant M. C lui-même absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et ajoute que le préfet ne produit aucun élément sur la menace à l'ordre public que constituerait le requérant, ni sur la précédente obligation de quitter le territoire français dont il aurait fait l'objet,

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant marocain né le 19 février 1987, a fait l'objet d'une interpellation à la suite de laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris à son encontre un arrêté du 10 octobre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par cette requête, M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". L'article 80 dudit décret dispose que " () l'avocat ou l'officier public ou ministériel commis d'office, désigné d'office, ou désigné sur demande du prévenu ou de la victime est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. En premier lieu, la décision d'éloignement, ainsi que les autres décisions attaquées, comportent la mention des motifs de droit et de fait, relatifs notamment à la situation administrative, personnelle et professionnelle telle qu'elle ressort des déclarations du requérant, qui les fondent. Ces décisions sont donc suffisamment motivées, le préfet n'étant pas tenu de rappeler tous les éléments de fait dont il avait connaissance concernant l'intéressé. Il ne ressort en outre pas de ces décisions que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. C.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, le requérant, qui a nécessairement été entendu avant l'édiction de l'arrêté attaqué, ainsi que cela ressort de cet arrêté et n'est pas sérieusement contesté, ne fait pas état d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, doit être rejeté.

6. En troisième lieu, le requérant fait valoir qu'il est entré en France le 26 novembre 2013 sous couvert d'un visa de court séjour, qu'il y réside continuellement depuis, qu'il exerce un emploi dans le secteur de la restauration rapide depuis 2016 et qu'il est soutenu par son employeur qui a l'intention d'entreprendre une démarche de régularisation. Toutefois, en dépit de ces éléments de fait, qui en l'état de l'instruction, peuvent être regardés comme établis, étant toutefois précisé qu'aucune demande de titre de séjour n'a été déposé par le requérant, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait, sans méconnaître le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prendre la mesure d'éloignement contestée, compte tenu du fait que M. C est célibataire sans enfant à charge, et n'établit pas être dépourvu de liens dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs, la décision de refus de délai de départ volontaire ne méconnaît pas le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs il est constant que le requérant n'a pas déposé de demande de titre de séjour et ne dispose pas de garanties de représentation suffisante, si bien qu'il est présumé présenter un risque de fuite et pouvait ainsi faire l'objet d'un refus de délai de départ volontaire, en application des dispositions des articles L.612-2 et 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont dès lors pas été méconnues, sans qu'il soit nécessaire de tenir compte de l'éventuelle menace à l'ordre public que constituerait le requérant ni de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée.

8. En cinquième lieu, compte tenu de la situation personnelle et administrative du requérant telle qu'elle a été rappelée, le préfet pouvait, sur le fondement de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sans commettre d'erreur d'appréciation ni méconnaître l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, prendre une interdiction sur le territoire français pour une durée de deux ans à l'encontre de M. C, sans qu'il soit nécessaire de tenir compte de l'éventuelle menace à l'ordre public que constituerait ce dernier ni de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 13 décembre 2022.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

Signé

C. A

La greffière,

Signé

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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