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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2215545

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215545

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022, Mme E B épouse C, représenté par Me Bazin, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligée à quitter sans délai le territoire français en fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué ne lui est pas opposable dès lors qu'il mentionne à plusieurs reprises un autre nom que le sien ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 5 de l'article 6 de ce même accord et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2023.

Sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, une pièce a été demandée au préfet de la Seine-Saint-Denis, le 13 juillet 2023, pour compléter l'instruction. Le préfet a présenté cette pièce le 17 juillet 2023, qui a été communiquée à la requérante.

Mme B épouse C a produit une pièce complémentaire le 31 août 2023, qui n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Van Maele a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante algérienne, est entrée en France le 2 mars 2020 sous couvert d'un visa de court séjour et a épousé un ressortissant français le 1er septembre 2020. Elle a bénéficié d'un certificat de résidence en qualité de conjoint d'un ressortissant français valable du 26 février 2021 au 25 février 2022, dont elle a sollicité le renouvellement le 4 janvier 2022. Par un arrêté du 23 septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, en fixant le pays de destination, et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Mme B épouse C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la circonstance que l'arrêté mentionne à plusieurs reprises en page 2 " Mme D A épouse C " au lieu de " Mme B épouse C " n'est pas de nature, contrairement à ce que soutient la requérante, à lui rendre l'arrêté inopposable, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que les éléments de droit et de fait mentionnés dans l'arrêté concernent bien la requérante et que l'indication, en page 2 de l'arrêté, d'un nom erroné, résulte ainsi d'une simple erreur de plume.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ".

4. Pour rejeter la demande de premier renouvellement du certificat de résidence de Mme B épouse C en qualité de conjointe d'un ressortissant français sur le fondement du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que le mariage de l'intéressée avec M. C, ressortissant français, célébré le 1er septembre 2020, a été contracté à des fins frauduleuses, relevant à cet égard que ce mariage a été annulé par un jugement du tribunal judiciaire de Bobigny du 13 mai 2022 pour absence d'intention matrimoniale de la part de la requérante, que l'intéressée a quitté le domicile conjugal le 15 mai 2021 après avoir obtenu son premier titre de séjour et qu'elle a fourni une fausse attestation de vie commune.

5. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 25 mai 2021 adressé au Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bobigny, l'époux français de la requérante a sollicité l'annulation de ce mariage en le dénonçant comme frauduleux. Ce courrier est assorti de nombreuses précisions, relatives notamment à la rapidité du mariage après seulement quelques mois de relation, aux manœuvres de la requérante pour le séduire, à son changement de comportement envers lui après le mariage, à la circonstance qu'ils faisaient chambre à part, et au départ de la requérante du domicile conjugal le 15 mai 2021, peu de temps après l'obtention de son titre de séjour. Les accusations portées par l'époux de la requérante sont corroborées par les attestations, très circonstanciées, rédigées entre mai et juin 2021, des trois sœurs de M. C, d'une auxiliaire de vie ayant travaillé au domicile de la belle-mère de la requérante, chez laquelle le couple résidait, et d'un voisin. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'époux de la requérante est décrit par le Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bobigny comme une personne " particulièrement vulnérable souffrant d'un important handicap " et " facilement manipulable ". Il ressort en outre des pièces du dossier qu'à la suite de l'enquête menée par le ministère public, le tribunal judiciaire de Bobigny a conclu au caractère frauduleux du mariage, dont il a prononcé l'annulation par un jugement du 13 mai 2022. Si la requérante soutient que ce jugement ne lui est pas opposable, faute de retranscription sur les registres d'état civil, qu'il n'est pas devenu définitif, en l'absence de notification régulière, et si elle conteste le caractère frauduleux du mariage, les quelques attestations qu'elle verse au dossier, rédigées en des termes très généraux, ne convainquent pas, tandis qu'il ressort du procès-verbal de l'audition de la requérante par les services de police, le 27 septembre 2021, que l'intéressée a elle-même déclaré que sa belle-mère lui avait suggéré d'épouser son fils en échange de papiers. Si la requérante fait en outre valoir que le couple s'est remis ensemble, preuve en est pour elle de la sincérité de cette union, les pièces produites à l'appui de ces allégations ne permettent de justifier d'une reprise de la communauté de vie qu'à compter du mois de juillet 2022, soit plus d'un an après leur séparation et deux mois après le jugement du tribunal judiciaire annulant le mariage pour fraude. Si la requérante produit également une attestation de son époux, datée du 11 octobre 2022, rédigée pour les besoins de la cause, par laquelle ce dernier revient sur ses précédentes déclarations, cette attestation n'est pas de nature à démontrer la sincérité du mariage, compte tenu du caractère facilement manipulable de l'intéressé relevé par le juge judiciaire. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la question du caractère opposable du jugement du tribunal judiciaire de Bobigny du 13 mai 2022 évoquée par la requérante, le préfet a pu sans commettre d'erreur d'appréciation retenir le caractère frauduleux du mariage et refuser, pour ce motif, de renouveler le certificat de résidence de l'intéressée sur le fondement du 2 de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968.

6. En troisième lieu, aux termes du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : " au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée récemment en France, le 2 mars 2020, que son mariage avec un ressortissant français présente un caractère frauduleux, ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au point 5, et qu'elle est dépourvue d'attaches familiales en France, tandis qu'elle n'allègue pas être isolée en Algérie, où elle a vécu durant quarante-six ans. Si Mme B fait valoir qu'elle dispose d'un contrat à temps partiel à durée déterminée d'insertion en qualité d'ouvrière jardinière conclu le 1er mars 2022, prolongé jusqu'au 31 décembre 2022, cet élément n'est pas de nature à caractériser une insertion professionnelle stable et intense sur le territoire français. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, () au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / () ".

9. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a visé les articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indiqué le caractère frauduleux du mariage contracté par Mme B avec un ressortissant français comme motif du refus de délivrance du titre de séjour sollicité. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est nécessairement fondé sur le 2° de l'article L. 612-2 pour motiver sa décision de refus de délai de départ volontaire. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 7, Mme B ne justifie en France ni d'une présence longue, ni d'attaches familiales, ni d'une insertion socio-professionnelle particulière. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

11. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

12. En l'absence d'attaches privées et familiales particulières en France en dehors de son mariage reconnu comme frauduleux ainsi qu'il résulte du point 5, et à défaut pour la requérante de justifier de circonstances humanitaires, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 23 septembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, présentées par Mme B épouse C doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

La rapporteure,

S. Van Maele

La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

N°2215545

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