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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2215743

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215743

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSOURTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n° 2215743, enregistrée le 24 octobre 2022, M. D, représenté par Me Sourty, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur sa demande de titre de séjour présentée le 21 février 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour autorisant son titulaire à travailler ;

4°) de mettre à la charge du préfet de la Seine-Saint-Denis une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans le cas où il bénéficierait de l'aide juridictionnelle, de verser cette somme à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

M. C s'est vu refuser l'aide juridictionnelle par une décision du 20 décembre 2022.

Par ordonnance du 22 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 octobre 2023.

II - Par une requête n° 2309402, enregistrée le 2 août 2023, M. C, représenté par Me Sourty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de le mettre en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation, en se bornant à relever qu'il n'avait pas obtenu d'autorisation de travail conformément à l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, en reprenant l'ensemble des moyens exposés au soutien des conclusions à fin d'annulation de cette dernière décision ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête de M. C.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les conclusions de la requête n° 2309402 tendant à l'annulation de la décision du 30 juin 2023 portant refus de titre de séjour, ainsi que de celles aux fins d'injonction et d'astreinte et présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, en tant qu'elles s'y rattachent, ont été renvoyées en formation collégiale par la magistrate désignée.

Vu :

- le jugement n° 2309402 du tribunal administratif de Montreuil du 4 décembre 2023 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Israël, premier conseiller, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2215743 et n° 2309402, présentées par M. C ont le même objet. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement

2. M C, ressortissant serbe né le 27 février 1979, est entrée en France en 2016, selon ses déclarations. Il a sollicité, par courrier de son conseil déposé en préfecture le 21 février 2022, son admission exceptionnelle au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 30 juin 2023 le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par une première requête n° 2215743, M. C demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur sa demande de titre de séjour. Par une seconde requête n° 2309402, M. C demande au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par jugement de la magistrate désignée du tribunal administratif de Montreuil du 4 décembre 2023, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ont été annulées. En revanche, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 30 juin 2023 portant refus de titre de séjour ont été renvoyées en formation collégiale.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée dans la requête n° 2215743 :

3. La demande d'aide juridictionnelle ayant été rejetée le 20 décembre 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

5. En l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, par un arrêté du 30 juin 2023, pris une décision explicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. C. Il en résulte que les conclusions présentées contre la décision implicite de refus de séjour dans la requête n° 2215743 doivent être regardées comme étant dirigées contre cette décision, laquelle fait l'objet de la requête n° n° 2309402.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que, pour refuser à M. C la délivrance d'un titre de séjour " salarié " en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est exclusivement fondé sur la circonstance que le requérant n'avait pas obtenu d'autorisation de travail pour exercer son activité conformément à l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère émis le 3 février 2023. Toutefois, en procédant ainsi, sans examiner la qualification, l'expérience et les diplômes de l'intéressé, de même que sa situation personnelle et les caractéristiques de l'emploi qu'il entendait occuper, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas procédé à l'examen complet qu'il lui appartenait de faire de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. C doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 juin 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique que la demande de M. C soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans le cadre de l'instance n° 2309402, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 500 euros, à verser à M. C, à défaut au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. En revanche, dans le cadre de l'instance n° 2215743, Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) la somme demandée par M. C, au titre des frais exposés par lui/elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n° 2215743.

Article 2 : La décision du 30 juin 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de M. C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Dans l'instance n° 2309402, l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera une somme de 500 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de M C est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Sourty.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le rapporteur,

M. Israël

La présidente,

Mme DelamarreLe greffier,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2-230940

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