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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2215809

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215809

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 octobre 2022 et 14 décembre 2022, M. A B, représenté par le cabinet SAS Itra Consulting, demande au Tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 10 août 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger son permis de conduire algérien contre un permis français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de procéder à l'échange du permis de conduire étranger dont il est titulaire et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'établit pas le caractère frauduleux du permis de conduire ;

- il a droit à l'échange de son permis de conduire algérien dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions requises et qu'il a déposé un dossier complet dans le délai légal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Syndique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité le 19 décembre 2021 l'échange de son permis de conduire délivré le 16 septembre 2014 en Algérie contre un permis de conduire français. Par une décision du 10 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision en litige vise l'article R. 222-3 du code de la route ainsi que l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 visé ci-dessus, et précise que l'analyse menée par les services spécialisés a conclu, en raison des différences avec le document authentique, que le permis analysé est une contrefaçon. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit, dès lors, être écarté.

3. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères () ". Aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 visé ci-dessus : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. () E. -Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu () ". Il résulte de ces dispositions qu'en cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet fait procéder à son analyse avec l'aide d'un service spécialisé en fraude documentaire et, si le caractère frauduleux est confirmé par cet avis, peut refuser l'échange et saisir le procureur de la République, sans faire usage de la faculté qui lui est ouverte de saisir l'autorité étrangère qui a délivré le titre. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour absence d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de M. B au motif que le titre de conduite produit était une contrefaçon, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur l'examen d'authenticité effectué à sa demande le 15 juillet 2022 par la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité de la direction centrale de la police aux frontières, laquelle relève que les mentions pré-imprimées du document produit par l'intéressé ont été réalisées en impression jet d'encre au lieu d'être réalisées en impression offset et que la numérotation fiduciaire a été réalisée en impression jet d'encre au lieu d'être réalisée en impression typographique. Le préfet ayant demandé un second examen du permis de conduire de l'intéressé, il produit à l'instance un rapport d'examen technique détaillé complémentaire en date du 19 décembre 2022 qui établit les différences d'impression entre le modèle de permis de la base documentaire de la police nationale et le document remis par M. B tant en ce qui concerne les mentions pré-imprimées que la numérotation.

5. Si M. B produit la traduction d'un document daté du 12 octobre 2022 par lequel le service des documents d'identité biométrique et électronique à la Daïra de Relizane atteste de la délivrance d'un permis de conduire à l'intéressé le 16 septembre 2014, ce document, qui ne présente pas de garantie suffisante d'authenticité, n'est pas de nature à infirmer les conclusions du rapport de la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité de la direction centrale de la police aux frontières. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que son permis de conduire est d'un modèle antérieur à la mise en place du permis biométrique en Algérie, cette circonstance est sans lien avec le motif du refus opposé à sa demande d'échange.

6. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique a pu légalement estimer que le permis de conduire présenté par M. B était falsifié et refuser, pour ce motif, de procéder à son échange contre un titre français équivalent, la circonstance que l'intéressé aurait déposé un dossier complet dans le délai légal et réunirait les autres conditions pour obtenir un échange de son permis de conduire étant sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La magistrate désignée,

N. Syndique La greffière,

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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