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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2215842

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215842

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 26 octobre 2022 et 27 avril 2023, Mme D A, représentée par Me Haik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa demande, dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 435-1 du même code ;

- le préfet ne justifie pas de l'existence d'une décision de refus d'autorisation de travail et n'établit pas qu'il aurait adressé à son employeur ou à elle-même une demande de pièces complémentaires ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que l'absence d'autorisation de travail ne peut justifier le refus d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 13 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2023.

Par un courrier du 6 novembre 2023, le tribunal a invité le préfet de la Seine-Saint-Denis, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.

Les pièces produites en réponse à cette demande ont été enregistrées le 7 novembre 2023 et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code du travail,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dupuy-Bardot,

- les observations de Me Boulestreau, substituant Me Haik, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 2 février 1994, déclare être entrée en France en 2011 et a été munie à compter de 2015 d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". À l'occasion de la demande de renouvellement de son titre de séjour présentée le 18 janvier 2019, postérieurement à l'issue de ses études, Mme A a demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 23 septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0873 du 7 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme C B, attachée d'administration de l'Etat, pour signer notamment les décisions de la nature de celles qui sont en litige en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque ces décisions ont été prises. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une stipulation d'un accord international, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou d'une autre stipulation de cette convention, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

5. Au cas d'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office sa situation au regard de ces dispositions. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit, du défaut d'examen, du vice de procédure et de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail / () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article R. 5221-15 du code du travail : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège () ". Aux termes du II de l'article R. 5221-1 de ce code : " La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur / () ".

8. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A, le préfet a considéré qu'elle n'avait pas obtenu d'autorisation de travail, après avoir relevé qu'elle n'avait pas répondu à la demande de pièces complémentaires qui lui avait été adressée les 8 avril et 27 juillet 2022. Si Mme A conteste que son employeur ou elle aurait reçu une quelconque demande, le préfet verse à l'instance le courriel du 8 avril 2022 par lequel il lui a indiqué qu'une autorisation de travail était nécessaire pour obtenir un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lui rappelant qu'il incombait à son employeur de présenter une telle demande sur le site internet dédié " administration-etrangers-en-France.interieur.gouv.fr ", ainsi que le courriel du 27 juillet 2022 par lequel il lui a une nouvelle fois demandé de lui fournir l'autorisation de travail qu'elle avait indiqué avoir précédemment obtenue au guichet. Mme A n'établit pas avoir répondu à cette demande de pièce, ne justifie pas avoir obtenu d'autorisation de travail et, surtout, n'établit pas que son employeur aurait même présenté une telle demande pour son compte, malgré l'invitation que lui avait adressée le préfet. Dans ces conditions, le préfet pouvait refuser de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " au motif qu'elle n'était pas titulaire d'une autorisation de travail.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. La requérante se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2011, régulière depuis l'année 2015, de ce qu'elle a donné naissance en France à un enfant dont le père est titulaire d'une carte de résident, et de son insertion professionnelle. Toutefois, la requérante, qui produit des certificats de scolarité en lycée pour les années scolaires 2011/2012 à 2015/2016, puis 2017/2018, n'établit pas sa présence en France au cours de l'année scolaire 2016-2017, ni ne justifie de l'obtention d'un diplôme à l'issue de sa scolarité. Si elle a donné naissance à un enfant le 24 mai 2022, dont le père est titulaire d'une carte de résident, elle n'établit pas être en couple avec ce dernier, ni ne justifie de la contribution de celui-ci à l'entretien et à l'éducation de son enfant. S'agissant de sa situation professionnelle, la requérante justifie avoir travaillé comme agent d'entretien et femme de chambre à temps partiel de septembre 2018 à août 2020, au mois de novembre 2020, et de mars 2021 à août 2022. Toutefois, son insertion professionnelle n'est ni stable, ni significative. Dans ces circonstances, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de Mme A de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard de l'objectif poursuivi, en sorte que les stipulations précitées n'ont pas été méconnues. De la même façon, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

11. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de l'enfant de Mme A réside avec la mère et l'enfant, ni qu'il contribuerait à son entretien et à son éducation. Dès lors, la requérante pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions présentées par l'intéressée aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

M. Romnicianu

La greffière,

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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