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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2215962

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215962

vendredi 5 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 octobre 2022 et le 4 janvier 2023, Mme B C A, représentée par Me Semak, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'UE/EEE/Suisse " ou, à titre subsidiaire, le mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros HT à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les articles L. 233-1, L. 234-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas suffisamment motivée.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guiral,

- et les observations de Me Ben Gadi substituant Me Semak, représentant Mme C A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante capverdienne née le 15 avril 1960, demande l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. La décision attaquée comporte l'énoncé des motifs de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme C A. Par suite, et quel que soit le bien-fondé de ces motifs, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée en fait et en droit.

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.

4. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ". L'article L. 200-4 du même code dispose : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : () / 4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ".

5. Il résulte de ces dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant les dispositions précitées de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, notamment par ses arrêts du 9 janvier 2007, Jia c/ Migrationsverkert, (C-1/05) et du 16 janvier 2014, Flora May Reyes c/ Migrationsverket (C-423/12), que, pour qu'un ascendant direct d'un citoyen de l'Union ou de son conjoint puisse être considéré comme étant " à charge " de celui-ci au sens de l'article 2, point 2, sous c), de cette directive 2004/38, l'existence d'une situation de dépendance réelle doit être établie. Cette dépendance résulte d'une situation de fait caractérisée par la circonstance que le soutien matériel du membre de la famille est assuré par le citoyen de l'Union ayant fait usage de la liberté de circulation ou par son conjoint. Afin de déterminer l'existence d'une telle dépendance, l'Etat membre d'accueil doit apprécier si, eu égard à ses conditions économiques et sociales, l'ascendant direct d'un citoyen de l'Union ou de son conjoint ne subvient pas à ses besoins essentiels. La nécessité du soutien matériel doit exister dans l'Etat d'origine ou de provenance d'un tel ascendant au moment où il demande à rejoindre ce citoyen. En revanche, il n'est pas nécessaire de déterminer les raisons de cette dépendance, et donc du recours à ce soutien. La preuve de la nécessité d'un soutien matériel peut être faite par tout moyen approprié, alors que le seul engagement de prendre en charge ce même membre de la famille, émanant du citoyen de l'Union ou de son conjoint, peut ne pas être regardé comme établissant l'existence d'une situation de dépendance réelle de celui-ci. Le fait qu'un citoyen de l'Union procède régulièrement, pendant une période considérable, au versement d'une somme d'argent à cet ascendant, nécessaire à ce dernier pour subvenir à ses besoins essentiels dans l'Etat d'origine, est de nature à démontrer qu'une situation de dépendance réelle de cet ascendant par rapport audit citoyen existe.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C A est entrée en France le 12 février 2017 pour y rejoindre sa fille, ressortissante capverdienne qui s'est mariée le 19 septembre 2014 à un ressortissant portugais ayant fait usage de la liberté de circulation en s'installant en France où il exerce une activité salariée. Si la requérante soutient qu'elle est à la charge de son beau-fils, elle n'apporte aucune précision sur ses conditions d'existence au Cap Vert où elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-cinq ans, notamment sur les ressources dont elle disposerait pour subvenir à ses besoins, ni ne produit aucun élément de nature à établir la situation de dépendance dont elle se prévaut à l'égard de son beau-fils. La seule circonstance alléguée à cet égard que l'intéressée soit hébergée par sa fille et son beau-fils ne saurait suffire à établir l'existence d'une situation de dépendance réelle. Dans ces conditions, Mme C A n'apporte pas la preuve qui lui incombe qu'elle serait à la charge de son beau-fils au sens de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la circonstance que son beau-fils satisferait aux conditions prévues à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence. Par suite, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 4.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il ressort des pièces du dossier que Mme C A est entrée pour la première fois en France le 12 février 2017 à l'âge de cinquante-sept ans. Si la requérante soutient que sa fille et son beau-fils séjournent régulièrement sur le territoire français, cette seule circonstance ne saurait, par elle-même, ouvrir au bénéfice de l'intéressée un droit au séjour en France. Elle n'est pas davantage de nature à faire obstacle à ce que la requérante, qui n'allègue pas être démunie d'attaches personnelles au Cap Vert, retourne vivre dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, en refusant à Mme C A la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. L'arrêté attaqué a été signé par M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, qui disposait, en vertu de l'arrêté n° 2022-0220 du 7 février 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis régulièrement publié le même jour au bulletin d'informations administratives de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous les actes en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que Mme C A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

11. Aux termes de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Les ressortissants de pays tiers, membres de famille, acquièrent également un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français à condition qu'ils aient résidé en France de manière légale et ininterrompue pendant les cinq années précédentes avec le citoyen de l'Union européenne mentionné au premier alinéa. Une carte de séjour d'une durée de validité de dix ans renouvelable de plein droit leur est délivrée ". Aux termes de l'article

L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 233-6 du même code : " Sauf application des mesures transitoires prévues par le traité d'adhésion du pays dont ils sont ressortissants, les ressortissants de pays tiers mentionnés aux articles L. 200-4 ou L. 200-5 âgés de plus de dix-huit ans ou, lorsqu'ils souhaitent exercer une activité professionnelle, d'au moins seize ans, doivent être munis d'un titre de séjour. Ce titre, dont la durée de validité correspond à la durée de séjour envisagée du citoyen de l'Union européenne qu'il accompagne ou rejoint dans la limite de cinq années, porte la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " et donne à son titulaire le droit d'exercer une activité professionnelle ". Mme C A ne produit, hormis un courrier du 6 avril 2020 de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis, aucun élément de nature à établir la réalité de sa présence en France entre juillet 2019 et octobre 2020. Elle ne peut être regardée, dès lors, comme justifiant d'une résidence interrompue en France depuis cinq ans. En tout état de cause, la requérante ne démontre pas avoir séjourné de manière légale sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme C A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. La décision fixant le pays à destination duquel Mme C A sera éloignée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée.

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 13 que Mme C A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, à Me Semak et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

- M. Guiral, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2024.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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