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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216079

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216079

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBECHIEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022, M. B, représenté par Me Bechieau, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 juin 2022 par lesquelles le préfet de

la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation sans délai et dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Bechieau, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour : elle est insuffisamment motivée et présente un défaut d'examen sérieux ; elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de motivation et d'examen sérieux de la commission du titre de séjour saisie préalablement à la décision attaquée ; elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi : elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Monsieur B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2022.

Par une ordonnance du 18 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée

au 18 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Puechbroussou ;

- les observations de Me Bechieau, pour M. B ;

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 31 décembre 1986 et déclarant être entré en France en 2009, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté

du 24 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée, qui est par conséquent suffisamment motivée. Il ne ressort ni de la motivation de cet arrêté, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B. La circonstance que l'arrêté mentionne que le requérant " ne justifie d'aucune activité professionnelle récente ", alors qu'il établit, par les pièces versées, exercer une activité limitée aux mois de juin, juillet et septembre 2021, n'est pas de nature à entacher la décision d'un défaut de motivation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation ainsi que du défaut d'examen doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la commission du titre de séjour, saisie par l'autorité préfectorale le 27 avril 2022, a auditionné le requérant et a rendu un avis défavorable sur sa demande. L'avis de la commission explicite les éléments sur lesquels il se fonde, notamment l'absence de maîtrise suffisante de la langue française, la circonstance qu'il ne fasse pas mention de l'insertion professionnelle du requérant, ponctuelle et à temps partiel, étant sans incidence. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délivrance de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. D'une part, M. B, célibataire et sans charge de famille, a vécu au Mali jusqu'à l'âge de 23 ans et ne sera pas isolé en cas de retour dans son pays d'origine dès lors que ses parents et trois frères y résident. La circonstance, pour regrettable qu'elle soit, que le requérant souffre d'une hépatite B, pathologie qui nécessite une prise en charge au long cours selon un certificat médical établi le 16 novembre 2022, est sans incidence dès lors qu'aucune pièce n'indique notamment qu'un tel suivi serait indisponible dans son pays d'origine, alors même qu'il est constant que l'intéressé n'a pas déposé de demande de titre sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a exercé aux mois de juin, juillet et août 2021 l'emploi de balayeur ripeur pour la société Somonet lui ayant procuré des revenus mensuels inférieurs à 500 euros. Cette activité professionnelle, ponctuelle et à temps partiel, ne saurait manifestement caractériser des motifs exceptionnels, au sens et pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors, au demeurant, que la commission du titre de séjour, consultée le 27 avril 2022, a émis un avis défavorable à la demande de l'intéressé. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision contestée ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la vie personnelle du requérant.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, qui sert de base légale à celle, ici contestée, portant obligation de quitter le territoire, ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, qui sert de base légale à celle, ici contestée, fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées du 24 juin 2022. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions présentées par l'intéressé aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Monsieur A B, à Me Bechieau et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Doyelle, premier conseiller,

M. Puechbroussou, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le rapporteur,

C. Puechbroussou

Le président,

E. Toutain

La greffière,

S. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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