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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216106

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216106

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre (J.U)
Avocat requérantBRAUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2222412 du 2 novembre 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête présentée par M. F C.

Par cette requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 26 octobre, 1er et 6 décembre 2022, M. C, représenté, en dernier lieu, par Me Braun, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois et l'a informé de son inscription dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait les articles L. 612 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de notification préalable d'une mesure d'éloignement et, à titre subsidiaire, les articles L. 612-6 et L. 612-7 du même code en présence de circonstances humanitaires, l'article L. 612-10 du même code, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de l'inscription au système d'information Schengen :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale lui interdisant le retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2022, le préfet de police, représenté par Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Ribeiro-Mengoli, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 décembre 2022 à 14h30 :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Hervieux pour M. C, présent, assisté de M. A, interprète en bengali, qui confirme avoir pris connaissance du mémoire et des pièces produites en défense, reprend ses écritures et produit de nouvelles pièces à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 octobre 2022, le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois à l'encontre de M. C, ressortissant bangladais, et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2022-707 du 3 octobre 2022, le préfet de police, a donné à M. B D, adjoint au chef de la division des reconduites à la frontière, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui fait état d'éléments de fait propres à la situation de M. C, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de l'intéressé. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.

6. Si le requérant soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient pu faire aboutir la procédure administrative à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

8. La décision en litige, qui vise les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement édictée le 11 mai 2022 par le préfet de la Seine-Saint-Denis, énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui a été accordé, il appartient au préfet d'édicter une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où l'étranger fait état de circonstances humanitaires qui y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet, à la suite du rejet de sa demande d'asile par une décision de l'Office français de protection de réfugiés et apatrides du 20 janvier 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 14 octobre 2021, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par un arrêté du 11 mai 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il ressort également des pièces du dossier que cet arrêté lui a été notifié, à l'adresse de domiciliation que l'intéressé avait donnée correspondant à l'association Coallia à Aubervilliers, par un courrier recommandé n° 1A 199 134 7872 1, dont l'avis de réception qui y est attaché, produit en défense, indique qu'il a été avisé le 12 mai 2022 mais que le pli n'a pas été réclamé. Le requérant, qui n'allègue pas avoir informé l'administration d'un changement d'adresse à la suite du rejet de sa demande d'asile, se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Le requérant, s'il fait valoir demeurer en France depuis 2019, où il a un emploi depuis juin 2021 et où il vit avec son épouse et ses deux enfants nés en 2014 et 2016 et scolarisés en classe de CP et de CE2, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisant obstacle à ce qu'une telle mesure soit prise à en encontre. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C ne résidait en France que depuis moins de trois ans à la date de l'arrêté attaqué, avec son épouse, de même nationalité et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait en situation régulière, et ses deux enfants mineurs. Dans ces conditions, en fixant à douze mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte par ailleurs de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 612 et suivants et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent être qu'écartés.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Si M. C soutient résider en France avec son épouse et leurs deux enfants scolarisés en classe de CP et CE2, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale, composée du couple et de leurs deux enfants, âgés de huit et six ans à la date de la décision attaquée, ne puisse être reconstituée au Bangladesh, pays dont les deux parents possèdent la nationalité. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué que l'épouse du requérant serait en situation régulière en France, la décision en litige n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

13. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. Compte tenu des éléments décrits au point 12, notamment à l'absence d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine de M. C, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses enfants et, par suite, des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.

15. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points précédents, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

16. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet de police lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de 12 mois et l'a informé de son signalement dans le système d'information Schengen. Par suite, sa requête ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Me Braun et au préfet de police.

Copie en sera transmise au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

N. ELa greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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