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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216113

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216113

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 3 novembre 2022 et le 4 mai 2023, M. C A, représenté par Me Langlois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail durant la fabrication du titre ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail durant ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté litigieux ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée, révélant un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- cette décision a été prise en violation des articles L. 432-13 et L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à défaut de la production de l'avis de la commission du titre de séjour et de l'arrêté de désignation de ses membres ;

- elle est entachée d'erreur de fait, au regard de son expérience professionnelle et d'erreur de droit, car le préfet aurait pu user de son pouvoir discrétionnaire ;

- cette décision a été prise en violation des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est illégale, en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui accordant un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre et d'obligation de quitter le territoire français qui la fondent ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre et d'obligation de quitter le territoire français qui la fondent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 5 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jasmin-Sverdlin, rapporteure et les observations de Me Maillard, représentant M. A, ont été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais, né le 20 novembre 1969, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté litigieux :

2. Par un arrêté n°2022-0979 du 25 avril 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. D, chef du bureau du contentieux, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ et le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour attaquée, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. A avant de prendre à son encontre la décision contestée. Par conséquent, la décision litigieuse est suffisamment motivée et ne révèle pas que le préfet se serait abstenu de se livrer à un examen de la situation particulière du requérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. " Aux termes de l'article L. 432-14 de ce code : " La commission du titre de séjour est composée : 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci et, à Paris, du maire, d'un maire d'arrondissement ou d'un conseiller d'arrondissement ou de leur suppléant désigné par le Conseil de Paris ; 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police.

Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. / Dans les départements de plus de 500 000 habitants, une commission peut être instituée dans un ou plusieurs arrondissements. "

5. Dès lors que le requérant se borne à faire valoir que l'absence de production de l'avis émis par la commission du titre de séjour le 9 décembre 2021 et de l'arrêté de désignation de ses membres entache d'illégalité la décision litigieuse, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

6. En troisième lieu, si M. A fait valoir qu'il exerce une activité professionnelle depuis 2010, les pièces qu'il produit, consistant en un contrat de travail à durée indéterminée en date du 14 juin 2017 et en bulletins de paie de juin 2017 à octobre 2018, en une demande d'autorisation de travail en date du 8 décembre 2021 et en bulletins de paie de juillet 2021 à février 2022 ainsi qu'en des relevés bancaires sur lesquels figurent occasionnellement des versements par chèque, ne suffisent pas à corroborer cette affirmation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans charge de famille sur le territoire français, où il ne justifie pas d'une intégration sociale particulière. En outre, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. D'autre part, si le requérant soutient qu'il exerce une activité professionnelle depuis l'année 2010, il n'en justifie pas comme il a été dit au point 6. Enfin, s'il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que M. A réside sur le territoire français depuis 21 ans à la date de la décision attaquée, cette circonstance ne constitue pas, par elle-même, un motif exceptionnel de séjour au sens des dispositions précitées. Compte tenu de ce qui précède, et alors même que l'absence de maîtrise suffisante de la langue française par le requérant n'est pas établie, c'est sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que le requérant ne justifiait pas d'une insertion professionnelle d'une qualité et d'une intensité telles qu'il puisse prétendre à une régularisation exceptionnelle au titre du travail. Le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doit ainsi être écarté.

9. En cinquième lieu, dans le cadre de l'examen d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet étudie nécessairement l'opportunité de la régularisation du demandeur, pouvoir discrétionnaire désormais codifié par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit quant à la mise en œuvre du pouvoir de régularisation du préfet manque en droit et doit être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Ainsi qu'indiqué au point 8, le requérant n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, de nature à établir qu'il a en France le centre de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Le préfet n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A sera écarté.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

13. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que l'autorité administrative se serait crue en situation de compétence liée pour prendre la décision l'obligeant à quitter le territoire français, mais plutôt qu'elle a usé de la faculté offerte par l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En dernier lieu et pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 8 et 11, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En conséquence, le moyen tiré du défaut de motivation sera écarté.

17. En dernier lieu et pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 8 et 11, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 10 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Langlois et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Katia Weidenfeld, présidente,

- Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Marjorie Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La rapporteure,

I. Jasmin-Sverdlin

La présidente,

K. Weidenfeld

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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