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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216121

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216121

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 3, 9 et 16 novembre 2022 ainsi que le 27 décembre 2022, Mme C B D, représentée par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant immédiatement une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 250 euros HT, au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été prise en méconnaissance de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de production du rapport médical ;

- cette décision est entachée d'illégalité, en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- cette décision a été prise en violation de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'en l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'OFII, le médecin rapporteur ne peut être identifié, la preuve de la désignation des médecins ayant siégé au sein du collège ne peut être rapportée et il n'est pas justifié que l'avis a été rendu au terme d'une délibération collégiale de ces médecins ;

- elle méconnaît l'article R. 425-11 de ce code, faute de production par le préfet des documents ayant permis de conclure à la possibilité d'une prise en charge effective de sa pathologie dans son pays d'origine ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation ;

- elle a été prise en violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour qui la fonde ;

- cette décision a été prise en violation des articles L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un mémoire enregistré le 17 février 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a présenté des observations.

La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 26 septembre 2022.

Vu :

- les pièces produites par l'OFII le 5 janvier 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jasmin-Sverdlin, rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo), née le 13 mars 1960, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme B D avant de prendre à son encontre la décision contestée. Par conséquent, la décision litigieuse ne révèle pas que le préfet se serait abstenu de se livrer à un examen de la situation particulière de la requérante.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. " Enfin, selon le premier alinéa de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. "

4. D'une part, Mme B D fait valoir que la décision susvisée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il n'est pas possible d'en identifier les auteurs et de vérifier que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein de ce collège. Toutefois, le préfet a produit à l'instance l'avis du 14 décembre 2021 par lequel le collège mentionné ci-dessus s'est prononcé sur l'état de santé de l'intéressée. Cet avis a été communiqué à la requérante qui n'a pas produit d'observations en réplique. Par suite, en l'absence de précisions circonstanciées apportées sur les vices dont serait réellement entaché l'avis du 14 décembre 2021, le moyen doit être écarté.

5. D'autre part, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 14 décembre 2021, dont les conclusions ont été adoptées par le préfet de la Seine-Saint-Denis, considère que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner, pour elle, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si Mme B D fait valoir que ce dernier constat est erroné, les documents médicaux qu'elle produit ne sont pas de nature à contredire l'avis du collège des médecins sur lequel se fonde le préfet de la Seine-Saint-Denis, alors que le rapport médical du 8 octobre 2021, transmis dans le cadre de la présente instance, précise que la pathologie dont elle souffre est stabilisée, qu'un substitut de son traitement est disponible dans son pays d'origine et qu'elle pourra y bénéficier d'un suivi médical approprié. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant la décision contestée.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si Mme B D soutient qu'elle réside en France depuis 2019, et depuis septembre 2020 auprès de son époux qui est en situation régulière et qui, souffrant d'une pathologie grave invalidante, a besoin de sa présence à ses côtés pour l'assister dans sa vie quotidienne, la requérante n'établit, par les pièces qu'elle produit, ni l'intensité de ces relations familiales, alors que les époux ont vécu séparés pendant plusieurs années, ni la nécessité de demeurer auprès de son époux. Dans ces conditions, la décision attaquée ne saurait être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées sera écarté. La décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme B D.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

11. Compte tenu de ce qui est exposé au point 6, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse a été prise en violation du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En dernier lieu et pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 8, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation et des libertés fondamentales doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme B D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B D, à Me Rochiccioli, au préfet de la Seine-Saint-Denis et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Katia Weidenfeld, présidente,

- Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Marjorie Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La rapporteure,

I. Jasmin-Sverdlin

La présidente,

K. Weidenfeld

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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