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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216295

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216295

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216295
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2221033/12-2 du 7 novembre 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête de Mme D A épouse C - enregistrée le 10 octobre 2022 - au tribunal administratif de Montreuil territorialement compétent.

Par une requête n° 2216295 et un mémoire, enregistrés respectivement les 8 novembre 2022 et le 20 janvier 2023, Mme A épouse C, représenté par Me Hervet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 8 octobre 2022 par lesquelles le préfet de police de Paris a prononcé la caducité de son droit au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, l'a interdite de retour pour une durée de deux ans et l'a informée de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à toute autorité compétente , à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

La décision de refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen ;

- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, le préfet de police, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A épouse C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Par ordonnance du 21 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 janvier 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Israël, premier conseiller, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C, ressortissante roumaine née le 8 mars 1988, est entrée en France en 2008 selon ses déclarations. Le 7 octobre 2022, elle a été interpellée puis placée en garde à vue pour des faits de vol en réunion. Par décisions du 8 octobre 2022, dont Mme A épouse C demande l'annulation, le préfet de police a prononcé la caducité de son droit au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision litigieuse du préfet de police comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est suffisamment motivée même si elle ne reprend pas l'ensemble des éléments dont Mme A épouse C entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant de prendre la décision contestée, le préfet de police s'est livré à un examen circonstancié de la situation de Mme A épouse C à l'aune des informations portées à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet de la situation de l'intéressée doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, si Mme A Épouse C déclare être entrée en France en 2008, elle ne justifie pas y résider de manière continue depuis 2008 dès lors qu'il est constant qu'elle s'est mariée en Roumanie le 20 février 2021, pays où par ailleurs elle a refait sa pièce d'identité le 5 avril 2021 en y mentionnant une adresse de domicile en Roumanie. De plus, si elle déclare avoir un enfant à charge de trois mois à la date de la décision, elle ne fait valoir aucune attache privée ou familiale en France, son époux étant également en situation irrégulière, et aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Roumanie. Enfin, il ressort des pièces du dossier et, notamment du rapport dactyloscopique daté du 7 octobre 2022 produit en défense par le préfet de police, que l'intéressée a été également signalée par les services de police pour des faits de vol. Ces éléments permettent d'établir que Mme A épouse C a adopté à de nombreuses reprises un comportement contraire à l'ordre public manifestant ainsi son absence d'intégration dans la société française nonobstant la circonstance qu'elle exerce un emploi d'assistante ménagère. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Il résulte de ces dispositions que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs.

9. D'une part, Mme A épouse C ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue par l'article L. 613-1 précité.

10. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, Mme A épouse C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inclus dans le livre II portant dispositions applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille : " les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

14. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 251-3, mentionne qu'eu égard à la nature des faits commis par l'intéressée, il y a urgence à l'éloigner du territoire français. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision n'est pas motivée au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant, dès lors que la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement de ces dispositions, applicables à un ressortissant étranger et non à un ressortissant européen, comme c'est le cas en l'espèce.

16. En dernier lieu, Mme A épouse C soutient que sa situation familiale ne permet pas de l'éloigner aussi rapidement, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 et 5 que son comportement représente une menace suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

18. La décision attaquée qui vise l'ensemble des textes dont le préfet de police de fait application et rappelle la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme A épouse C mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation atteste, en outre, de ce que le préfet a examiné les risques encourus par l'intéressée en cas de retour en Roumanie. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Pour fixer la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français, l'autorité administrative tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l'intéressé, notamment la durée de son séjour en France, son âge, son état de santé, sa situation familiale et économique, son intégration sociale et culturelle en France, ainsi que de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine.

20. Mme A épouse C ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, qui assortit la mesure d'éloignement prise à l'encontre d'un ressortissant d'un pays tiers. Le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.

21. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

22. Il résulte de ce qui a été dit au point 5, notamment de la possibilité pour la cellule familiale de se constituer dans le pays d'origine et du jeune âge de l'enfant, que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés

23. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doivent être rejetées.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A épouse C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A épouse C et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

M. Israël

La présidente,

Mme DelamarreLa greffière,

Mme B

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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