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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216496

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216496

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216496
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantRACCAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 novembre 2022, 17 mars 2023, 11 avril 2023 et 18 avril 2023, M. R B, représenté par Me Raccah, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet d'effacer son inscription au système d'information Schengen, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Raccah, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de cette dernière à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il viole les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions des 7° et 11° de l'article 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'arrêté ministériel du 18 janvier 2008 ;

- des documents prouvant qu'il est actuellement recherché par les forces de l'ordre en Turquie ne lui sont parvenus qu'après le rejet de sa demande d'asile par la cour nationale du droit d'asile ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'une violation du principe général du droit de l'Union relatif au respect des droits de la défense, notamment du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il avait le droit de se maintenir sur le territoire en l'absence de justification de la notification du rejet définitif de sa demande d'asile, conformément à l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant du refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'est admissible dans aucun pays tiers à son pays d'origine ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas procédé à l'examen des éventuelles circonstances humanitaires de nature à empêcher le prononcé de cette décision et dès lors que la durée de deux ans est manifestement excessive.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 18 janvier 2008 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gauchard pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauchard ;

- les observations de Me Raccah, pour M. B, présent et assisté de M. K M, interprète en langue turque, qui reprend les conclusions et moyens des écritures. M. B, lequel, interrogé à ce sujet, soutient qu'il a été informé du rejet de sa demande d'asile par son avocat mais que la décision de la Cour nationale du droit d'asile ne lui a pas été communiquée.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, régulièrement convoqué, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties présentes ont formulé leurs observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 1er septembre 2001 à Igdir (Turquie), qui serait entré en France le 16 octobre 2021, a présenté une demande d'asile rejetée par une décision du 15 avril 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 23 septembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). par un arrêté du 12 novembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a informé de son signalement au système d'information Schengen.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

4. par un arrêté n° 2022-0979 du 7 février 2022, régulièrement publié le 9 février 2022 au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de ce département a donné délégation à M. D Q, adjoint au chef du bureau du contentieux, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions contenues dans cet arrêté. par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

5. L'arrêté litigieux vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment celles des articles L. 611-1, L. 612-2 à L. 612-6, L. 612-10 et L. 721-4 de ce code. Il vise également les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, l'arrêté attaqué, qui mentionne la nationalité du requérant, précise que ce dernier ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 15 avril 2022, décision confirmée par la CNDA le 23 septembre 2022. S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire, l'arrêté souligne qu'il existe un risque que M. B se soustraie à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et que son comportement représente une menace pour l'ordre public. En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination, l'arrêté attaqué, qui mentionne la nationalité du requérant, relève que ce dernier n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement admissible. S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, l'arrêté souligne que M. B ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Enfin, l'arrêté attaqué souligne qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée aux droits de M. B et notamment à sa vie privée et familiale. L'arrêté attaqué comporte ainsi l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui le fondent. par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet, qui n'avait pas à rappeler l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. B, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de ce dernier. par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation du requérant doit être écarté.

7. Si le requérant fait valoir que l'arrêté litigieux méconnaît, d'une part, les dispositions des 7° et 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, l'arrêté ministériel du 18 janvier 2008, il n'apporte aucune précision ni aucune pièce de nature à apprécier le bien-fondé des moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions. En tout état de cause, s'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de dispositions, d'ailleurs abrogées, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B n'établit ni même n'allègue avoir déposé une demande de titre de séjour au titre de ces dispositions. Dans ces conditions, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant. Il en va de même, alors que l'arrêté du 18 janvier 2008 est relatif à la délivrance des autorisations de travail, du moyen tiré de la méconnaissance de cet arrêté.

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ", à l'article L. 541-2 de ce code, selon lequel : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent " et à l'article L. 542-1 de ce code, qui dispose : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article R. 532-57 du même code dispose : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté litigieux et de la fiche " TelemOfpra " produite en défense, que la décision de la CNDA du 23 septembre 2022 a été notifiée le 29 septembre 2022. Si le requérant soutient que la fiche " TelemOfpra " est dépourvue de valeur probante, il n'apporte aucun élément de contestation sérieux, alors qu'en vertu des dispositions précitées de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les informations contenues dans cette fiche font foi jusqu'à preuve du contraire. Au demeurant, dans sa requête introductive d'instance M. B indique notamment avoir obtenu notification de la décision de la CNDA le 29 septembre 2022. par suite, le moyen tiré de ce que M. B avait le droit de se maintenir sur le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. M. B soutient qu'il a des attaches familiales en France dès lors que plusieurs membres de sa famille et notamment sa sœur, son beau-frère et son oncle y résident régulièrement. Toutefois, s'il produit les titres de séjour de Mme O B, de M. F C, de M. J B, de M. G B, de M. S B, de M. E B ainsi que la carte nationale d'identité française de M. I B, il ne produit aucune pièce attestant de son lien de parenté avec ces personnes. En outre, si M. B fait valoir qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine dès lors que son père est décédé et que de nombreux membres de sa famille ont fui la Turquie, il ne justifie pas du décès de son père, ni d'un lien quelconque de parenté avec des personnes réfugiées en France dont il produit les titres de séjour. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans charge de famille en France. par ailleurs, compte tenu de la date, alléguée, à laquelle l'intéressé serait entré en France, le 16 octobre 2021, à la supposée établie, la présence en France de M. B serait limitée à une durée très légèrement supérieure à un an, seulement, à la date à laquelle les décisions litigieuses ont été prises. par suite, eu égard aux buts en vue desquels les décisions litigieuses ont été prises, ces décisions n'ont pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire dès lors que ces décisions n'ont pas pour effet, en elles-mêmes, de fixer le pays à destination duquel M. B sera éloigné.

13. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

14. M. B soutient que le préfet ne justifie pas l'avoir mis en mesure de présenter ses observations alors qu'il disposait d'éléments pertinents susceptibles d'influer la décision portant obligation de quitter le territoire français, notamment ses attaches familiales en France et ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 12 que de tels éléments n'étaient, en tout état de cause, pas susceptibles d'affecter le contenu de la décision portant obligation de quitter le territoire français. par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense et du droit d'être entendu, soulevé à l'encontre de cette décision, doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 14 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision qui lui fait obligation de quitter le territoire français, serait entachée d'illégalité. par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée au soutien des conclusions tendant à l'annulation des autres décisions litigieuses, doit être écartée.

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. Le requérant fait valoir qu'il est d'origine kurde et qu'il a des craintes en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son engagement et de celui de sa famille en faveur du mouvement kurde en Turquie. Il soutient qu'il refuse d'effectuer le service militaire, que des membres de sa famille ont subi l'oppression des autorités turques, que certains ont été condamnés à des peines d'emprisonnement et que d'autres se sont réfugiés dans différents pays européens. M. B produit notamment son formulaire d'adhérent du parti démocratique des peuples (HDR). Il fait également valoir qu'il est actuellement recherché par les forces de l'ordre turques et produit un mandat d'interpellation du 12 septembre 2022, délivré contre lui par la deuxième chambre de la cour d'assises d'Igdir pour des faits, selon la traduction qu'il produit, de : " Aider et receler de l'organisation terroriste armée dite le PKK tout en sachant la qualité et l'état de l'organisation ". M. B précise que, ce document ne lui ayant été adressé que le 16 novembre 2022, il n'a pu en faire état devant la CNDA. Il se prévaut encore des récits devant l'OFPRA de M. H N et de M. L A, ayant tous deux obtenu l'asile en France, qui le mentionnent comme étant l'un de leurs " amis patriotes ", l'une des " personnes qui ont une forte communication avec le PKK " et font état d'une arrestation de M. R B par les forces de police à la suite de sa participation à une activité de collage d'affiches en faveur du parti démocratique des peuples (HDP en kurde). Toutefois, en premier lieu, M. B, faute de justifier, comme il a été dit, du lien de parenté l'unissant à des personnes portant le même patronyme que lui, n'établit dès lors pas que des membres de sa famille ont subi l'oppression des autorités turques et ont obtenu le statut de réfugié. En deuxième lieu, M. B, qui, comme cela lui est loisible, ne produit pas dans la présente instance la décision de la CNDA le concernant et qui, interrogé sur ce point à l'audience, a indiqué avoir simplement été informé du rejet de sa demande par son conseil devant la Cour, alors que, comme il a été dit, il indique au contraire dans sa requête introductive d'instance avoir obtenu notification de la décision de la Cour le 29 septembre 2022, ne mets pas le juge de l'excès de pouvoir en situation de connaître les motifs en considération desquels la Cour a rejeté sa demande, à supposer que son récit devant elle ait présenté un lien quelconque avec les récits de M. H N et de M. L A. S'il indique avoir l'intention de se prévaloir du mandat d'interpellation le concernant en date du 12 septembre 2022 pour demander le réexamen de sa demande d'asile, il n'établit pas avoir, à la date du présent jugement, entamé une quelconque démarche pour demander le réexamen de sa demande d'asile depuis qu'il a reçu cette pièce, le 16 novembre 2022. Dans ces conditions, les circonstances que M. B soit d'origine kurde, qu'il soit adhérent du parti kurde HDR, qu'il refuse de faire son service militaire et qu'il fasse l'objet d'un mandat d'interpellation ne permettent pas de le regarder comme établissant qu'il court, personnellement, le risque de subir des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas d'éloignement vers la Turquie ou vers tout pays dans lequel il serait également admissible. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut, dès lors, qu'être écarté.

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

19. Il résulte de ces dispositions que le préfet doit prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre d'un étranger auquel est notifiée une obligation de quitter le territoire français sans délai, à moins que celui-ci ne fasse état de circonstances humanitaires avérées. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

20. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu refuser un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, il appartenait au préfet de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, quant à la durée de cette mesure, fixée à deux ans, l'arrêté litigieux se borne à souligner que M. B réside en France depuis le 16 octobre 2021, qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été interpelé pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. B est seulement titulaire d'un permis de conduire turc en cours de validité sans avoir demandé l'échange de ce permis contre un permis français, cette seule circonstance, qui n'est au demeurant assortie d'aucune précision quant à sa date dans l'arrêté litigieux, ne permet pas d'établir, à elle seule, que le comportement de M. B serait constitutif d'une menace à l'ordre public. par suite, le requérant est fondé à soutenir que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet est excessive.

21. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 12 novembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis doit être annulé en tant seulement qu'il fait interdiction au requérant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

22. L'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement que, conformément aux dispositions de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'effacer le signalement de M. B du système d'information Schengen. Il y a en conséquence lieu de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

23. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 12 novembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé en tant seulement qu'il interdit à M. B de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. R B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.

Le magistrat désigné,

L. Gauchard La greffière,

P. Znaor

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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