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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216542

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216542

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 novembre 2022 et 15 décembre 2022, M. C A, représenté par la société d'avocats Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 26 octobre 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle entachée d'une erreur de droit dès lors qu'en se fondant sur le seul avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est senti en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 20 octobre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 20 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Caldoncelli-Vidal a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 3 mars 1991, est entré sur le territoire français le 20 septembre 2014, selon ses déclarations. Le 27 avril 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé. Par un arrêté du 26 octobre 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'ensemble des textes dont le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait application et rappelle la situation personnelle, médicale et familiale de M. A, mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement permettant ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Le préfet n'étant pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments dont M. A entend se prévaloir, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'était pas tenu de faire mention de tous les éléments de la vie privée et familiale de M. A ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de ce dernier avant de prendre la décision attaquée. La circonstance que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne fasse pas mention de la naissance de son deuxième enfant ne caractérise pas, en l'espèce et à elle seule, un défaut d'examen et, en tout état de cause, n'a pas eu d'incidence sur le sens de la décision attaquée. Le moyen doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. / () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ".

5. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 20 juillet 2022, indiquant que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut de soins ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si M. A soutient souffrir de calculs rénaux dont le défaut de soins devrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et ne pas pouvoir bénéficier de la prise en charge effective de sa pathologie au Mali, les certificats et comptes-rendus médicaux produits au débat ne contiennent aucune précision sur les conséquences d'un arrêt des soins sur son état de santé, ni les motifs qui rendraient impossible de poursuivre sa surveillance et son traitement au Mali. En outre, les pièces à caractère général versées au dossier par le requérant, faisant état du manque de structures médicales publiques, de médecins et des dysfonctionnements du système de santé au Mali ne sont pas suffisamment précis et circonstanciés pour remettre en cause l'appréciation portée par le préfet de la Seine-Saint-Denis et le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur son état de santé. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée qui précise que M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut n'est pas susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il peut voyager sans risque vers le Mali et qu'il n'a pas allégué de circonstances exceptionnelles empêchant son accès aux soins dans son pays d'origine, que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait considéré en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si M. A se prévaut d'une part, de son mariage en France avec une ressortissante sénégalaise, d'autre part, de la naissance sur le territoire de leurs deux enfants les 3 juin 2020 et 14 octobre 2022 et enfin de sa durée de présence, ces circonstances ne sont pas à elles seules suffisantes, en l'absence de toute autre élément sur les liens d'ordre amical, social et culturel qu'il aurait tissés en France, pour établir qu'il y a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux et ainsi justifier d'une intégration particulière. En effet, il n'est pas contesté que son épouse séjourne sur le territoire en situation irrégulière et que leur mariage est récent. S'il établit, par les pièces versées au dossier, avoir exercer une activité professionnelle du 11 juillet 2018 au 31 octobre 2022 pour le compte de diverses sociétés, les emplois occupés sont pour la plupart à durée déterminée. Ces éléments ne sont pas suffisants pour justifier l'existence d'une insertion professionnelle stable et pérenne en France à la date de la décision attaquée. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside toujours sa mère et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dès lors, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, par suite, être écartés.

9. En sixième lieu, il ressort des propres écritures de M. A qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, il ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît ces dispositions. Ce moyen ne peut qu'être écarté.

10. En septième lieu, les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constituent pas des lignes directrices mais seulement des orientations générales. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de cette circulaire.

11. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

12. Si M. A soutient que l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs revêt un caractère primordial, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers, compte-tenu de leur jeune âge auraient l'ensemble de leurs repères en France ou qu'ils ne pourraient pas vivre au Mali. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision attaquée qui ne fixe pas le pays de destination mais se borne à refuser la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 13 que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision faisant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour.

15. En deuxième lieu, M. A soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis était tenu d'examiner sa demande de délivrance de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il répond aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur ce fondement. Un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision attaquée qui ne se prononce pas sur la délivrance d'un titre de séjour mais se borne à prononcer l'éloignement du territoire français de M. A. Le moyen doit être écarté.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé à un risque ou une menace personnelle en cas de retour au Mali, notamment en raison de ses problèmes de santé compte tenu de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement. En tout état de cause, la décision attaquée qui ne fixe pas le pays de destination mais se borne à prononcer l'éloignement du territoire français de M. A ne peut qu'être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- M. Israël, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

M. Caldoncelli-Vidal La présidente,

A-L. Delamarre

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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