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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216756

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216756

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 novembre 2022 et le 2 décembre 2022, M. A C, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 4 novembre 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de leur cessation, dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une absence de motivation,

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis en capacité de formuler des observations à l'encontre de celle-ci, en l'absence de prise en compte de son état de vulnérabilité et de formation de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité dont il a bénéficié, et en raison de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015,

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de son respect des exigences des autorités chargées de l'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'a pas produit d'observations en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 février 2023.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit un mémoire, enregistré le 6 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été régulièrement entendus au cours de l'audience publique du 10 mars 2023 :

- le rapport de Mme D ;

- et les conclusions de M. Cozic, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan ayant présenté une demande d'asile, a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 21 avril 2021. Par une décision du 4 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration y a cependant mis fin. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ". Tel est le cas notamment si l'intéressé se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un examen de dépistage RT-PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'État membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test.

4. Pour prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. C, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé s'est abstenu de se présenter aux autorités chargées de l'asile et qu'il a dès lors été déclaré en fuite par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 1er février 2022. La matérialité des faits ainsi reprochés, contestée par le requérant, n'est pas établie par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a produit aucune observation en défense à la date de la clôture de l'instruction. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée, en ce qu'elle se fonde sur son absence de respect des exigences des autorités de l'asile, est entachée d'illégalité. A supposer que, ainsi que le précise le requérant, la déclaration de fuite en cause, serait imputable à son refus de se soumettre à un test RT-PCR, ce qui aurait fait obstacle à son embarquement pour un vol à destination de la Roumanie, responsable de l'examen de sa demande d'asile où il devait être transféré sur le fondement d'un arrêté du 1er juin 2021, il n'est pas établi, ainsi que le soutient le requérant, qu'à la date à laquelle le vol de M. C était organisé en vue de son transfert vers Bucarest, les autorités roumaines exigeaient un test RT-PCR pour entrer sur leur territoire et qu'en conséquence le refus de M. C de s'y soumettre constituerait une absence de respect des exigences des autorités chargées de l'asile au sens des dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. C à compter du 4 novembre 2022 et jusqu'à expiration de ses droits selon les règles applicables, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 4 novembre 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. C est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. C dans les conditions mentionnées au point 6.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me De Seze et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

N. D

La greffière,

P. Demol

L'assesseure la plus ancienne,

dans l'ordre du tableau

M. B

La greffiè

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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