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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216951

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216951

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires complémentaires et des pièces complémentaires enregistrés les 23 novembre 2022 et 19, 28 et 29 janvier et 20 avril 2023, M. A F demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure et méconnait les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en méconnaissance de son droit d'être entendu avant son édiction ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle, dès lors que sa motivation est stéréotypée et qu'elle ne comporte aucun élément relatif à sa situation personnelle et familiale, qu'elle ne vise pas le fondement légal du motif selon lequel il ne justifie d'aucunes activité professionnelle ou ressources suffisantes et qu'il constitue une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale français, qu'il n'est fait état d'aucune condamnation pénale s'agissant des infractions qui lui sont reprochées, ni d'aucune information s'agissant des modalités de notification de la première obligation de quitter le territoire français qu'il a exécutée le 4 février 2021, qui ne lui ont pas permis de la contester utilement devant le tribunal administratif ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors, d'une part, qu'en sa qualité de ressortissant de l'Union européenne, les dispositions de l'article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables, et, d'autre part, que le préfet ne justifie pas de la réalité de ses condamnations pénales et qu'il ne saurait, par conséquent, représenter une menace pour un intérêt fondamental de la société ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside en France depuis 1999 ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales au regard de sa situation personnelle et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation, dès lors qu'elle ne précise pas en quoi son éloignement répond à des considérations d'urgence ;

- elle est entachée d'illégalité, dès lors qu'il n'est pas justifié d'une quelconque urgence à procéder à son éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trois ans est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales au regard de sa situation personnelle et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit des pièces les 12 et 17 janvier 2023 et les 20 et 21 avril 2023.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F, ressortissant portugais né le 10 juin 1998 à Lisbonne, est incarcéré à la maison d'arrêt de Villepinte depuis le 7 juin 2022. Il demande l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 2 mai 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle déposée par M. F. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à cette aide.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

4. Par un arrêté n° 2022-2867 en date du 17 octobre 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D E, cheffe de la mission ordre public du bureau de l'éloignement, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet, notamment, de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire, celles accordant ou refusant un délai de départ volontaire, celles fixant le pays de destination, ainsi que celles prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C, chef du bureau de l'éloignement. Il n'est pas même allégué que ce dernier n'était pas absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressée à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. En l'espèce, d'une part, si le requérant invoque la méconnaissance du droit d'être entendu, dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'un entretien approfondi, il ressort toutefois des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas sérieusement contesté, qu'il a été entendu par le service du greffe de la maison d'arrêt de Villepinte, qui a recueilli ses déclarations s'agissant de sa situation personnelle et familiale. D'autre part, l'intéressé n'établit pas qu'il aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que cette décision ne soit prise et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et des stipulations précitées de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment, son article L. 233-1, et qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, rappelle que le requérant, né le 10 juin 1998 à Lisbonne, n'a pu justifier d'aucun élément relatif à sa présence sur le territoire français, ni d'aucune activité professionnelle ou recherche d'emploi, de ressources ou moyens d'existence suffisants, qu'il se trouve en situation de dépendance vis-à-vis du système d'assistante sociale français, qu'il ne justifie d'aucune assurance maladie personnelle et qu'il ne dispose d'aucun droit au séjour en France. Il mentionne également, contrairement à ce qui est soutenu, qu'il a fait l'objet, les 5 janvier et 11 juillet 2022, de deux condamnations à une peine d'emprisonnement par le tribunal judiciaire de Bobigny, respectivement, d'une durée d'un an et d'une durée de trois ans, pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants, récidive et détention non autorisée de stupéfiants, récidive, acquisition non autorisée de stupéfiants et de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité supérieure à huit jours et récidive. Enfin, la circonstance que le préfet n'indique pas les modalités de notification de la première obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 30 juin 2020 et qu'il a exécutée le 4 février 2021 n'est pas de nature à entacher d'un défaut de motivation la décision attaquée. Par suite, cette dernière comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. F.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

9. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

10. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que pour prononcer l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. F, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé, d'une part, sur les dispositions de l'article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, sur les dispositions des articles L. 251-1 1° et L. 251-1 2° de ce même code. S'il est constant que l'intéressé est de nationalité portugaise et que les dispositions de l'article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur les dispositions des articles L. 251-1 1° et 2° de ce même code. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

11. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

12. En l'espèce, le requérant a été condamné, les 5 janvier et 11 juillet 2022, à une peine d'emprisonnement par le tribunal judiciaire de Bobigny, respectivement, d'une durée d'un an et d'une durée de trois ans, pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants, récidive et détention non autorisée de stupéfiants, récidive, acquisition non autorisée de stupéfiants et de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité supérieure à huit jours et récidive, qu'il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Villepinte le 7 juin 2022, et que sa sortie est prévue le 20 juin 2025. Il ressort également des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, qu'il a été mis en cause dans de nombreuses infractions entre 2014 et 2021 pour des faits de refus d'obtempérer, recels, détention de produits stupéfiants, infraction à la législation sur les stupéfiants, cession ou offre de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle, vol en bande organisée, vol à main armée avec arme à feu au préjudice des particuliers à leur domicile, conduite sous l'influence de produits stupéfiants, mise en danger de la vie d'autrui, délit de fuite, rébellion, destructions et dégradations de biens privés, violences aggravées sur dépositaire de l'autorité publique, et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. S'il soutient qu'il réside en France depuis 1999, il ne l'établit pas. En outre, la circonstance qu'il a exécuté, le 4 février 2021, une précédente obligation de quitter le territoire français, a été de nature à interrompre sa durée de présence sur le territoire français. Enfin, s'il soutient que toute sa famille et sa compagne résident également sur le territoire français, il ne l'établit pas. Il est ainsi sans charge de famille sur le territoire national, n'exerce aucune activité professionnelle, et ne fait état d'aucune intégration sociale et culturelle particulière. Dans ces conditions, au regard de la réitération et de la gravité des infractions commises, M. F n'est pas fondé à soutenir que son comportement personnel ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 253-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Outre les dispositions du présent titre, sont également applicables aux étrangers dont la situation est régie par le présent livre les dispositions de l'article L. 611-3, du second alinéa de l'article L. 613-3, de la première phrase de l'article L. 613-6, du chapitre IV du titre I du livre VI à l'exception de celles de l'article L. 614-5, et des articles L. 631-1 à L. 631-4, L. 632-1 à L. 632-7 et L. 641-1 à L. 641-3 ". Aux termes de l'article L. 611-3 de ce même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ".

14. Si M. F soutient qu'il réside habituellement en France depuis 1999, il ne l'établit pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

15. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. Comme il a été dit au point 14, M. F n'établit pas qu'il réside en France depuis 1999 et que toute sa famille et sa compagne y résident également. Il est ainsi sans charge de famille sur le territoire national, n'exerce aucune activité professionnelle, et ne fait état d'aucune intégration sociale et culturelle particulière. Par ailleurs, il représente, au regard de son comportement personnel, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que le comportement de M. F constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, qu'il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français le 30 juin 2020, assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans, qu'il a exécutée le 4 février 2021, et qu'il n'a pas respecté l'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trois ans, dès lors qu'il a été interpelé par les services de police le 7 novembre 2021. Elle comporte les considérations de droit et de fait qui la fonde et est, par suite, suffisamment motivée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation du requérant.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

19. Eu égard à ce qui a été exposé au point 12, le comportement de M. F représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Le préfet justifie ainsi l'urgence à l'éloigner. Par suite, le moyen tiré de ce que l'urgence à l'éloigner n'est pas justifiée doit être écartée.

20. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 16, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. F doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans :

21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

22. La décision attaquée, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que M. F constitue, au regard de son comportement personnel, une menace à un intérêt fondamental de la société, qu'il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français le 30 juin 2020, assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans, qu'il a exécutée le 4 février 2021, et qu'il n'a pas respecté l'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trois ans, dès lors qu'il a été interpelé par les services de police le 7 novembre 2021. Elle comporte les considérations de droit et de fait qui la fonde et est, par suite, suffisamment motivée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation du requérant.

23. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 16, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. F.

Article 2 : La requête de M. F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La rapporteure,

M. Hardy

La présidente,

K. WeidenfeldLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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