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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217292

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217292

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSOURTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2022, M. A B, représenté par Me Sourty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour retard, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et professionnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 25 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 octobre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Nour a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant serbe né en 1974, a sollicité le 8 octobre 2020 la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 6 janvier 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par un jugement n°2102712 du 28 septembre 2021, le tribunal administratif de Montreuil a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, de procéder, après saisine de la commission du titre de séjour, au réexamen de la situation administrative de M. B. Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Par un arrêté n°2022-0220 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Mame Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, en cas d'absence ou d'empêchement du sous-préfet du Raincy, pour ce qui concerne les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas sérieusement examiné la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que si M. B est présent en France depuis au moins l'année 2009, il est célibataire et sans charge de famille. En outre, si ce dernier se prévaut de l'exercice d'une activité professionnelle depuis 2009 et justifie d'être titulaire d'un contrat à durée indéterminée à temps plein depuis février 2022, il n'établit pas l'ancienneté et la stabilité de celle-ci, se bornant à produire, au titre des années 2017 à 2019, ses avis d'imposition sur l'impôt sur le revenu. Dans ces conditions, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en n'exerçant pas son pouvoir de régularisation pour l'admettre exceptionnellement au séjour et en prononçant l'obligation de quitter le territoire français en litige.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. Il résulte des motifs exposés au point 4 qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. B au regard des buts poursuivis, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le requérant ne disposerait pas des qualifications nécessaires pour exercer le métier de plombier alors que celui-ci produit notamment une attestation du ministère de l'éducation de la République de Serbie indiquant qu'il a obtenu un baccalauréat le préparant notamment à ce métier. Le préfet n'a pas produit d'observation en défense, de sorte qu'il ne remet pas en cause la qualification du requérant au métier de plombier. Toutefois, eu égard aux motifs exposés au point 4, cette erreur de fait est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué, de sorte qu'elle doit être écartée.

8. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, l'illégalité de cette décision invoquée par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

C. Nour

La présidente,

J. Jimenez

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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