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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217310

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217310

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Dos Santos Cagarelho, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Villemomble l'a placée, à titre provisoire, en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 16 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Villemomble de saisir le comité médical afin qu'il émette un avis sur son aptitude physique aux fonctions dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 2 000 euros par jour de retard ;

3°) et de mettre à la charge de la commune de Villemomble le versement d'une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de forme, la mention des voies et délais de recours étant erronée ;

- la décision ne comporte pas les mentions obligatoires prévues par l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, faute de saisine et d'avis du comité médical ;

- aucune procédure de reclassement n'a été mise en œuvre, alors qu'elle en a formulé la demande.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 mars et 22 septembre 2023, la commune de Villemomble, représentée par Me Kaczmarczyk, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 2 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Elle soutient que :

- la requête, tardive, est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 9 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984,

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986,

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- les observations de Me Dos Santos Cagarelho, représentant Mme B,

- et les observations de Me Marie Goutal, substituant Me Kaczmarczyk et représentant la commune de Villemomble.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe technique principale de seconde classe, exerce les fonctions d'agent de restauration et d'entretien pour la ville de Villemomble. Le 22 juin 2018, la ville de Villemomble a reconnu l'imputabilité au service, à compter du 26 décembre 2016, de la maladie professionnelle développée par Mme B, à savoir un syndrome du canal carpien bilatéral. Le 6 août 2019, Mme B a sollicité auprès de la commune de Villemomble, la reconnaissance, d'une part, d'une rechute s'agissant du syndrome du canal carpien bilatéral dont elle souffre et, d'autre part, du caractère professionnel de la gonarthrose fémoro-tibiale et de la tendinite de la patte d'oie qu'elle a développées. A la suite d'une expertise médicale réalisée par le docteur C, rhumatologue agréé, le 15 décembre 2019, le maire de la commune de Villemomble a adressé une lettre à Mme B en date du 20 janvier 2021 par laquelle il procède à son placement rétroactif en congé de maladie ordinaire à compter du 15 décembre 2020, ladite maladie et la rechute ne pouvant être regardées comme imputables au service. Par ailleurs, par des arrêtés successifs, Mme B a été placée en congé de maladie ordinaire à demi-traitement pour les périodes afférentes à des arrêts de travail. Par une lettre du 24 juin 2021, Mme B a sollicité, auprès du comité médical, un aménagement de son poste de travail ainsi qu'un reclassement. Le 19 juillet 2021, ledit comité a transmis sa demande à la commune de Villemomble. Le 9 août suivant, ladite commune a saisi le comité médical afin que celui-ci émette un avis sur l'aptitude de Mme B à ses fonctions ainsi que sur l'éventualité d'un reclassement. L'intéressée ayant épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire à compter du 16 décembre 2021, la commune de Villemomble, par un arrêté du 13 janvier 2021, l'a placée rétroactivement en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 16 décembre 2021. Il s'agit de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction alors en vigueur, dispose : " () La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. () ". Aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatifs aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration, dans sa rédaction alors applicable : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du

26 janvier 1984. () ". D'autre part, l'article 17 de ce même décret prévoit également : " Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical ". Enfin, l'article 4 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, dans sa rédaction en vigueur, prévoit : " Le comité médical () est consulté obligatoirement pour : / () f) La mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement ; () ".

3. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'employeur, dans l'attente de l'avis du comité départemental, et à titre provisoire, de placer le fonctionnaire qui a épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire, et sous réserve de régularisation ultérieure, en disponibilité d'office.

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient Mme B, il ressort des pièces du dossier que la commune de Villemomble a saisi le 9 août 2021 le comité médical afin que celui-ci se prononce sur son aptitude aux fonctions et sur la possibilité d'un reclassement. Le moyen manque donc en fait.

5. En second lieu, en l'espèce le maire de la commune de Villemomble, qui a l'obligation de placer les fonctionnaires soumis à son autorité dans une position statutaire régulière, était tenu de prendre, à titre provisoire, une décision plaçant Mme B dans l'une des positions prévues par son statut à l'expiration de ses droits à congé maladie ordinaire, circonstance qui n'est pas contestée en l'espèce. Par ailleurs, la perspective du reclassement de la requérante ne pouvait être étudiée avant que le comité médical ait statué sur sa demande. Ce faisant, l'autorité territoriale n'avait d'autre choix que de placer provisoirement l'intéressée en disponibilité d'office et se trouvait donc en situation de compétence liée lorsqu'elle a pris l'arrêté contesté du 13 janvier 2022. Il s'ensuit que l'ensemble des moyens soulevés contre cet arrêté sont inopérants.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Villemomble l'a placée d'office en disponibilité pour raison de santé à compter du 16 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions susvisées doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villemomble, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par la commune de Villemomble et tendant à ce que ce qu'il soit mis à la charge de Mme B la somme sollicitée par la commune de Villemomble euros au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Villemomble et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Villemomble.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Ghazi, première conseillère,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le président,La première conseillère,SignéSigné J-C. TruilhéA. GhaziLa greffière,

SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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