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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217411

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217411

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantHAIDARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 29 novembre 2022, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête de Mme B C, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2022 et le 15 mai 2023, Mme B C, représentée par Me Haidara, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

L'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen ;

- méconnaît le droit d'être entendu garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant refus de l'octroi d'un délai de départ volontaire :

-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'existence d'un risque de fuite ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

-méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Nour, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au I bis de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nour,

- et les observations de Me Haidara, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée au terme de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante tunisienne, demande l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de douze mois.

Sur l'arrêté attaqué dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-2867 du 17 octobre 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture le 18 octobre 2022, M. A D, chef du pôle " instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement " de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation de signature, à l'effet de signer les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné la situation de Mme C. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen doivent être écartés.

4. En troisième lieu, la requérante, qui se borne à soutenir que le préfet a méconnu le droit d'être entendu, ne précise pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait son droit d'être entendu doit être écarté.

5. En quatrième lieu, Mme C n'assortit pas le moyen tiré de l'erreur de droit des précisions nécessaires à l'appréciation de son bien-fondé, de sorte qu'il ne peut qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".

7. Mme C se borne à se prévaloir de sa présence en France depuis février 2022, de son emploi dans une boulangerie depuis le 1er septembre 2022 et de la présence de son frère, sans établir la nécessité de sa présence auprès de celui-ci. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en prenant l'arrêté attaqué, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

8. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Mme C ne produit aucune pièce de nature à établir la réalité des menaces auxquelles elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant refus de l'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (). ".

11. Mme C soutient que le risque de fuite n'est pas établi dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, qu'elle justifie de circonstances particulières faisant obstacle au prononcé d'une décision portant refus d'un délai de départ volontaire, qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et dispose d'une résidence stable et effective.

12. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, non contestés, que Mme C ne justifie pas être entrée régulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Mme C et se trouve ainsi dans le cas le cas où, en application du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le risque de fuite n'est pas établi au regard de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Mme C soutient qu'elle a fui la Tunisie en raison de violences qu'elle y subissait, est venue en France rejoindre son frère afin d'y solliciter l'asile et est salariée auprès d'une boulangerie en qualité de vendeuse. Toutefois, les pièces qu'elle produit à l'appui de ses allégations présentent un caractère insuffisant, de sorte qu'elle ne démontre pas que des circonstances particulières font obstacle à ce que le risque de fuite mentionné à l'article L. 612-3 précité ne puisse être regardé comme étant établi.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que le risque de fuite n'est pas établi au regard de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour :

15. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

16. Ainsi qu'il a été dit, aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à Mme C. Cette dernière figure donc, pour ce seul motif, au nombre des ressortissants étrangers pouvant faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la requérante ne justifie d'aucune circonstance humanitaire susceptible de conduire l'autorité administrative à ne pas prononcer une telle mesure. Dans ces conditions, eu égard aux conditions du séjour de la requérante en France, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La magistrate désignée,

C. Nour Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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