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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217426

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217426

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantARROM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 décembre 2022 et 11 mai 2023, M. A C, représenté par Me Arrom, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de 12 mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- son droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne justifie pas que les agents qui ont consulté le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) bénéficiaient d'une habilitation textuelle et régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 233-1 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses effets sur sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant du refus de délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par la voie de l'exception d'illégalité ;

S'agissant de l'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de 12 mois :

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 87-249 du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales géré par le ministère de l'intérieur

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Arrom, pour M. A C, présent, qui reprend les conclusions et moyens des écritures. M. A C déclare travailler en tant que plaquiste avec son frère qui réside en France.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, régulièrement convoqué, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties présentes ont formulé leurs observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant portugais né le 27 avril 1997 au Cap-Vert, déclare être entré en France le 28 février 2018. Par un arrêté du 3 décembre 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de 12 mois.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

4. L'arrêté litigieux vise les dispositions des articles L. 233-1, L. 235-1, L. 251-1 à L. 251-6, L. 261-1 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, l'arrêté attaqué, qui mentionne la nationalité du requérant, précise que M. A C ne dispose d'aucun droit au séjour en France dès lors qu'il risque de devenir une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale français et que son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. La décision portant refus de délai de départ volontaire relève qu'il y a urgence à éloigner M. A C dès lors que son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de douze mois est fondée sur cette même circonstance. En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination, l'arrêté contesté souligne que M. A C n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, l'arrêté attaqué souligne qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et familiale de M. A C. L'arrêté attaqué comporte ainsi l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Si M. A C soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal établi par les services de police le 2 décembre 2022, qu'il a été auditionné sur sa situation administrative et personnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. Aux termes des dispositions du II de l'article 1er du décret du 8 avril 1987 susvisé : " Est également autorisée, dans les conditions prévues au présent décret, la consultation du traitement automatisé des empreintes digitales : / - en vue de permettre l'identification d'un étranger dans les conditions prévues à l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; () ". Aux termes de l'article 8 du même décret : " Les fonctionnaires et militaires individuellement désignés et habilités des services d'identité judiciaire de la police nationale, du service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale ainsi que des unités de recherche de la gendarmerie nationale peuvent seuls avoir accès aux données à caractère personnel et aux informations contenues dans le traitement : () 3° Pour procéder aux opérations d'identification à la demande des officiers de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale en vertu des dispositions des articles L. 611-1-1, L. 611-3 et L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Aux termes de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions de l'article L. 611-4 de ce code, en vigueur jusqu'au 1er mai 2021 : " En vue de l'identification d'un étranger qui n'a pas justifié des pièces ou documents mentionnés à l'article L. 812-1 () les données des traitements automatisés des empreintes digitales mis en œuvre par le ministère de l'intérieur peuvent être consultées par les agents expressément habilités des services de ce ministère dans les conditions prévues par le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données et par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ".

8. M. A C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne justifie pas que les agents qui ont consulté le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) bénéficiaient d'une habilitation pour ce faire. S'il ressort des pièces du dossier que le FAED a été consulté le 3 décembre 2022, à la date de l'arrêté attaqué, sans toutefois que le préfet ne prenne en compte, dans l'arrêté attaqué, un fait, apparaissant audit fichier et antérieur à celui qu'il a retenu pour estimer que la présence en France du requérant constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française, le préfet produit également le procès-verbal d'audition du requérant du 2 décembre 2022, dont il ressort qu'il a été interpellé en flagrant délit de détention, transport, offre et cession de stupéfiants, de sorte que ce fait était connu sans consultation du FAED. Au surplus, dès lors que les dispositions précitées du 3° de l'article 8 du décret du 8 avril 1987 prévoient la possibilité pour les fonctionnaires individuellement désignés et habilités d'avoir accès au traitement automatisé des empreintes digitales et palmaires au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, et à la supposer établie, de nature à entacher d'irrégularité la décision contestée. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de consultation du FAED doit donc être écarté.

9. M. A C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait quant à sa situation professionnelle en ce qu'elle indique qu'il ne justifie d'aucune activité professionnelle. Toutefois, entendu sur procès-verbal le 2 décembre 2022, M. A C a déclaré n'exercer aucune activité professionnelle en France. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé de carrière de l'intéressé et des termes mêmes de son mémoire complémentaire que ce dernier a travaillé jusqu'au 23 novembre 2022 et qu'il ne justifiait donc plus d'une activité professionnelle à la date de l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen, dirigé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ". L'article L. 233-1 du même code dispose : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour les membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 233-7 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié dans les situations suivantes : / 1° Ils ont été frappés d'une incapacité de travail temporaire résultant d'une maladie ou d'un accident ; / 2° Ils se trouvent en chômage involontaire dûment constaté après avoir exercé leur activité professionnelle pendant plus d'un an et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ; / 3° Ils entreprennent une formation professionnelle devant être en lien avec l'activité professionnelle antérieure à moins d'avoir été mis involontairement au chômage. / Ils conservent au même titre leur droit de séjour pendant six mois s'ils sont involontairement privés d'emploi dans les douze premiers mois qui suivent le début de leur activité professionnelle et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi. ".

12. Pour obliger M. A C à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le double motif qu'il risque de devenir une charge pour le système d'assistance sociale dès lors qu'il ne justifie d'aucune activité professionnelle ni de ressources suffisantes et que son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française dès lors qu'il a fait l'objet d'un signalement par les services de police le 2 décembre 2022 pour des faits de détention, transport et offre non autorisée de stupéfiants. En se bornant à soutenir qu'il n'a pas fait l'objet de poursuites pénales pour ces faits, il n'en conteste pas la matérialité. Ainsi ces faits sont établis et le préfet a pu légalement considérer que le comportement de M. A C constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Les conditions posées par l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant alternatives, le préfet pouvait obliger M. A C à quitter le territoire français pour ce seul motif. Ainsi, s'il ressort des pièces du dossier et notamment du relevé de carrière du requérant que celui-ci a travaillé de manière discontinue auprès de plusieurs sociétés entre le 9 juillet 2018 et le 25 novembre 2022 et s'il établit, par la production d'une attestation du directeur de Pôle emploi, être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi pour la période du 17 février 2020 au 31 mars 2023, cette circonstance est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français. Il en va de même de l'attestation de droits à l'assurance maladie produite par le requérant, qui correspond à une période postérieure à l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 251-1 et L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Le requérant soutient qu'il réside en France depuis 2018 et que de nombreux membres de sa famille résident en France, dont son frère et sa sœur. Toutefois, il n'apporte aucune pièce ni aucune précision relative à ces derniers. S'il ressort du relevé de carrière qu'il produit qu'il a travaillé pour différentes sociétés depuis le 9 juillet 2018, notamment dans le cadre de contrats de mission temporaire et s'il produit un contrat de travail à durée indéterminée en date du 5 novembre 2021 et un contrat de travail à durée déterminée pour la période du 19 novembre 2022 au 22 janvier 2023, il ressort des termes mêmes de la requête qu'il a cessé de travailler le 23 novembre 2022 et qu'il ne justifiait plus, ainsi qu'il a été dit, d'une activité professionnelle à la date de l'arrêté attaqué. S'il soutient qu'il recherche un emploi et s'il ressort des pièces du dossier qu'il est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi, il ne justifie d'aucune démarche précise. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas d'une intégration professionnelle suffisamment stable en France. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'a pas, au regard des buts en vue desquels elle a été prise, porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

15. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

16. Pour refuser à M. A C un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public et que dès lors la condition d'urgence, de nature à permettre, en vertu de l'article L. 251-3 précité, de l'éloigner sans délai du territoire français, est satisfaite. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le préfet pouvait légalement considérer que le comportement de M. A C représente une menace pour l'ordre public et donc qu'il y a urgence à l'éloigner du territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

17. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 13 que la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui sert de base légale à la décision fixant le pays de destination, n'est pas illégale. Par suite, l'exception d'illégalité de la mesure d'éloignement, soulevée au soutien des conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination du requérant, doit être écarté.

18. Aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " 1. Sous réserve des dispositions du présent chapitre, les États membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union ou d'un membre de sa famille, quelle que soit sa nationalité, pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique. Ces raisons ne peuvent être invoquées à des fins économiques. () ". Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1o Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

19. Il résulte des termes de l'arrêté litigieux que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de douze mois est fondée sur le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant se prévaut du droit à la libre circulation des citoyens européens, il résulte des dispositions précitées au point 18 que ce droit peut connaître des restrictions, notamment pour des raisons d'ordre public. Or il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le préfet a pu légalement considérer que le comportement de M. A C constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 doivent être écartés.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. A C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le magistrat désigné,

L. D La greffière,

I. Dad

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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