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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217464

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217464

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAMUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 5 et 19 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Camus, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, la mention " salarié " dans un délai d'un mois compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, dans le même délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'avis de la plateforme interrégionale de la main-d'œuvre étrangère du 28 avril 2022, qui ne lui a pas été notifié, et qui est lui-même entaché d'une erreur de fait relative au montant de sa rémunération brute mensuelle, qui a toujours été égale au salaire minimum de croissance ;

- est entachée d'une erreur de fait relative au montant de sa rémunération brute mensuelle, qui a toujours été égale au salaire minimum de croissance ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales au regard de sa situation personnelle et professionnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales au regard de sa situation personnelle et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 novembre 2022.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure,

- les observations de Me Camus, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sri-lankais né le 16 décembre 1982 à Chankanai, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ou au titre d'une activité salariée. Par un arrêté du 9 mai 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un jugement n° 1906220 du 2 avril 2020, le tribunal administratif de Montreuil a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la situation de M. B après avoir soumis sa demande à l'avis de la commission du titre de séjour. Par un arrêté du 21 juillet 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée, qui vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qui ne doit pas nécessairement faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée, et il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet se serait abstenu de se livrer à un examen complet de la situation du requérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Il est constant que M. B réside en France depuis plus de dix ans, et que la commission du titre de séjour a émis, le 25 novembre 2021, un avis favorable à l'obtention d'un titre de séjour en qualité de salarié, sous réserve de la présentation d'une autorisation de travail, que son employeur a sollicitée le 9 novembre 2021. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que si M. B travaillait, à la date de la décision attaquée, de manière continue depuis le 1er avril 2019, en vertu d'un contrat à durée indéterminée et en qualité de cuisinier à temps partiel, activité professionnelle au titre de laquelle il produit l'intégralité de ses bulletins de salaire pour la période du 1er avril 2019 au 31 août 2022, il justifie d'une durée de travail de 3 ans et 3 mois à la date de la décision attaquée, relativement faible, et au titre d'un emploi exercé exclusivement à temps partiel. Par suite, M. B ne peut être regardé comme justifiant de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu ces dispositions ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. En faisant valoir l'ancienneté de sa présence en France, qu'il est inséré professionnellement, que son épouse et ses deux filles résident en France, et que ces dernières, nées sur le territoire français en 2013 et en 2019, y sont scolarisées, M. B n'établit pas l'existence de liens personnels et familiaux tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, dans la mesure où son insertion professionnelle est relativement récente, où son épouse et ses deux filles sont en situation irrégulière. Par suite, la décision contestée ne méconnaît pas les stipulations et dispositions précitées.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. En se bornant à se prévaloir de la circonstance que ses deux filles, âgées respectivement de 9 et 3 ans à la date de la décision attaquée, vivent en France depuis leur naissance et y sont scolarisées, le requérant n'établit pas que la décision attaquée porte atteinte à l'intérêt supérieur de ces dernières, dans la mesure où la décision contestée n'a pas pour effet de le séparer d'elles, et eu égard à l'absence d'obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue au Sri-Lanka, pays dont ses membres ont la nationalité, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En cinquième et dernier lieu, il ressort des motifs de la décision attaquée que le préfet, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. B au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, s'est notamment fondé sur la circonstance que la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère (PMOE), qu'il a saisie pour avis le 27 avril 2022, a émis, le 28 avril 2022, un avis défavorable à la demande d'autorisation de travail sollicitée par son employeur, au motif que ce dernier ne respectait pas les exigences liées à la rémunération du requérant, inférieure au salaire minimum de croissance.

10. D'une part, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que le préfet aurait dû notifier au requérant l'avis de la PMOE du 28 avril 2022, dès lors qu'il constitue un avis consultatif préparatoire insusceptible de recours. Dans ces conditions, M. B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un avis illégal de la PMOE relatif à la demande d'autorisation de travail formulée à son bénéfice et que cet avis est entaché d'une erreur de fait relative au montant de sa rémunération, dès lors que cet avis, dont le préfet s'est approprié le contenu, ne peut être regardé comme constituant la base légale de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'avis de la PMOE, doit être écarté.

11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant, contrairement à ce qu'ont indiqué la PMOE dans son avis du 28 avril 2022 et le préfet dans les motifs de la décision attaquée en s'appropriant le contenu de cet avis, a bénéficié, depuis qu'il a été embauché en contrat à durée indéterminée à temps partiel le 1er avril 2019, d'une rémunération égale au salaire minimum de croissance. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette erreur demeure sans incidence sur la légalité de cette décision, dès lors que, comme exposé au point 4, le requérant ne justifie pas d'une insertion professionnelle suffisante, et que le préfet aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur ce motif au regard de son pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, à supposer-même que M. B ait entendu soulever ce moyen, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen soulevé par la voie de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 6 et 8 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation, et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Camus et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Albert Myara, président,

- M. Emmanuel Laforêt, premier conseiller,

- Mme Marjorie Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La rapporteure,

M. Hardy

Le président,

A. MyaraLa greffière,

S.Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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