mercredi 28 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2217702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BRAUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 décembre 2022, M. H C, Mme D G, Mme I F et M. E F, représentés par Me Braun, demandent au tribunal :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel le maire de Saint-Denis a mis en demeure les occupants d'un terrain, situé rue du Fort de l'Est sur le territoire de cette commune, de quitter les lieux dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'arrêté et a décidé qu'à défaut d'avoir libérer les lieux, il serait procédé à l'évacuation de tous les occupants, si nécessaire avec le concours de la force publique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à leur conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que l'arrêté attaqué :
- est insuffisamment motivé en droit ;
- méconnaît les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le principe général du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de toute décision individuelle défavorable ;
- méconnaît l'article L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il n'est pas établi que le maire ait informé préalablement l'autorité préfectorale ;
- est entaché d'une erreur de fait sur les risques invoqués et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entaché d'un détournement de procédure ;
- méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2023, la commune de Saint-Denis, représentée par M. A, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les requérants, qui n'ont pas confirmé le maintien de leur requête, sont réputés s'être désistés conformément à l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les requérants ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 14 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Guiral,
- les conclusions de M. B.
Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 7 décembre 2022, le maire de Saint-Denis a mis en demeure les occupants d'un terrain situé rue du Fort de l'Est sur le territoire de cette commune de quitter les lieux dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'arrêté et a décidé qu'à défaut d'avoir libérer les lieux, il serait procédé à l'évacuation de tous les occupants, si nécessaire avec le concours de la force publique. M. H C, Mme D G, Mme I F et M. E F en demandent l'annulation.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par des décisions du 14 février 2023, les requérants ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a donc pas lieu de les admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le désistement d'office :
3. Aux termes de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative : " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. / Dans le cas prévu au premier alinéa, la notification de l'ordonnance de rejet mentionne qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête dans le délai d'un mois, le requérant est réputé s'être désisté ".
4. Par une ordonnance du 19 décembre 2022, le juge des référés du tribunal a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 17 mai 2019 présentée par les requérants sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative au motif qu'aucun des moyens n'était propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté. Il ressort des pièces du dossier que les requérants ont confirmé le 22 décembre 2022 le maintien de leur requête à fin d'annulation, dans le délai d'un mois prévu à l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative. Ils ne peuvent dès lors, et contrairement à ce qui est soutenu en défense par la commune, être réputés s'être désistés de leurs conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté litigieux. Il n'y a pas lieu de donner acte du désistement de leur requête.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". L'arrêté attaqué concerne un ensemble de personnes, non nominativement désignées et prises en leur seule qualité d'occupants du terrain mentionné au point 1. Il n'est donc pas au nombre des décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit dès lors être écarté comme inopérant.
6. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'arrêté litigieux qui, ainsi qu'il a été dit au point précédent, ne constitue pas une mesure individuelle devant être motivée en application de l'article L. 211-2, n'a pas été pris en considération de la personne des requérants. Un tel acte ne devait donc pas être précédé de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant.
7. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Ces stipulations s'adressent non aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur méconnaissance par l'arrêté attaqué, pris par une autorité d'un Etat membre, est inopérant. Par ailleurs, s'il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, les requérants ne peuvent utilement invoquer la violation d'un tel droit pour contester la légalité de l'arrêté attaqué qui ne constitue ni une mesure individuelle ni une décision mettant en œuvre le droit de l'Union.
8. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, () les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties () ". En outre, aux termes de l'article L. 2212-4 de ce code : " En cas de danger grave ou imminent () le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. / Il informe d'urgence le représentant de l'Etat dans le département et lui fait connaître les mesures qu'il a prescrites ". Le maire peut, sur le fondement de ces dispositions, mettre en demeure les habitants d'un terrain situé dans la commune de le quitter lorsque cette mesure est nécessitée par le danger grave ou imminent que cette occupation fait peser sur eux-mêmes ou sur des tiers.
9. D'une part, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales que le maire soit tenu d'informer préalablement le représentant de l'Etat dans le département des mesures de sûreté qu'il entend prescrire. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier en date du 17 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a lui-même alerté le maire de Saint-Denis de l'occupation illégale du terrain en cause et lui a demandé de faire usage de ses pouvoirs de police. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'information préalable du préfet ne peut qu'être écarté.
10. D'autre part, pour prendre l'arrêté attaqué, le maire s'est fondé, en premier lieu, sur un risque d'incendie, compte tenu notamment de l'utilisation de matériaux de construction particulièrement inflammables, de la présence, au sein des cabanons, de poêles à bois artisanaux, d'appareils à gaz et de fils électriques volants, en deuxième lieu, sur un risque pour la sécurité des usagers de l'autoroute, en troisième lieu, sur la difficulté d'accès au terrain par les services de secours en cas de sinistre, en quatrième lieu, sur le risque d'électrocution et d'intoxication au monoxyde de carbone pour les occupants, et, enfin, sur la présence de nuisibles et le risque de prolifération de maladies transmissibles.
11. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de visite établi par les inspecteurs de salubrité auquel sont annexées de nombreuses photographies, que le campement, composé de six cabanons construits à l'aide de matériaux précaires et inflammables où vivent douze adultes et quatorze enfants, est situé en contre-bas de l'autoroute A1. Le rapport de visite fait état d'un risque d'incendie, d'électrocution et d'intoxication au monoxyde de carbone en raison de la nature des matériaux de construction utilisés, de la présence de poêles à bois dans les cabanons, de branchements électriques dangereux et de l'accumulation de déchets et de matériaux combustibles. Il ressort en outre des pièces du dossier que le risque d'incendie est susceptible, compte tenu de la proximité de l'autoroute, de causer un danger immédiat pour la sécurité des usagers de cette voie rapide. Le rapport de visite mentionne également que le campement est dépourvu d'installations sanitaires, ce qui, outre les odeurs nauséabondes, peut entraîner le développement de maladies infectieuses et relève aussi la présence de nombreux nuisibles. Dans ces conditions, eu égard aux conditions d'occupation du terrain en cause et au danger grave et imminent qui en résulte pour ses occupants ainsi que les usagers de l'autoroute, et en l'absence de mesures autres que l'évacuation des occupants susceptibles de prévenir efficacement ces risques, l'arrêté litigieux, qui ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, est nécessaire, adapté et proportionné aux buts de sécurité et de salubrité publiques qu'il poursuit.
12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, eu égard à la nécessité de sécurité publique justifiant la mesure litigieuse, laquelle a pour objet de soustraire les occupants du terrain à une situation de danger, le maire n'a pas porté à la vie privée et familiale des intéressés une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. La circonstance que le terrain mentionné au point 1 appartient au domaine public de l'Etat ne faisait pas obstacle à ce que le maire fît, en cas de danger grave ou imminent, usage des pouvoirs de police que lui confèrent les dispositions des articles L. 2212-1 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.
14. Aux termes de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " la jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. " Il résulte des termes mêmes de cet article que le principe de non-discrimination qu'il édicte ne concerne que la jouissance des droits et libertés reconnus par cette convention et par les protocoles additionnels à celle-ci. Il ne peut dès lors être invoqué qu'à l'appui d'un droit ou d'une liberté dont la jouissance serait affectée par la discrimination alléguée. A défaut pour les requérants de préciser le droit ou la liberté dont la jouissance serait affectée par la discrimination alléguée, ils peuvent utilement se prévaloir de ces stipulations.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2022 du maire de Saint-Denis doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C et les autres requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H C, premier dénommé en qualité de représentant unique des requérants, à Me Braun et à la commune de Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 7 février 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gauchard, président,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Lamlih, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2024.
Le rapporteur,
S. Guiral
Le président,
L. Gauchard
La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026