jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2217704 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | PIERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 5 décembre 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a renvoyé au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête présentée par M. C.
Par cette requête et un nouveau mémoire, respectivement enregistrés les 15 novembre 2022 et 31 janvier 2024, M. C, représenté par Me Pierre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.
3°) d'enjoindre au préfet de faire procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Pierre, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à son profit, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'incompétence du signataire du mémoire en défense produit par l'administration ;
- ce mémoire en défense, ainsi que ses pièces jointes et notamment la fiche TelemOfpra, devant être écartés des débats en raison de cette même incompétence, il n'est pas établi qu'il aurait effectivement demandé l'asile ou que sa demande d'asile aurait été définitivement rejetée, de sorte que le préfet ne pouvait légalement l'éloigner du territoire sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision d'éloignement méconnaît son droit d'être entendu ;
- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement, méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire doit être annulée en conséquence de l'illégalité du refus de délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Toutain, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 776-1 et L. 776-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Toutain, magistrat désigné, les parties ayant, en outre, été informées, en vue de recueillir leurs observations, de ce que, si le mémoire en défense et ses pièces jointes, notamment la fiche TelemOfpra, doivent être écartés des débats, de sorte qu'il n'est pas établi que M. C ne pouvait plus légalement se maintenir sur le territoire français à la date de l'arrêté attaqué du 14 novembre 2022, comme le soutient le requérant dans le dernier état de ses écritures, le tribunal est alors susceptible de substituer d'office aux dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles le préfet s'est fondé pour édicter la mesure d'éloignement contestée, celles du 1° ou du 2° du même article dès lors que M. C n'établit ni être entré régulièrement en France ni s'être ensuite maintenu régulièrement sur le territoire ;
- et les observations de Me Pierre, pour M. C, qui persiste dans les conclusions de sa requête, par les mêmes moyens, et indique ne pas avoir d'observations à formuler sur la substitution de base légale ainsi envisagée ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Une note en délibéré, enregistrée le 1er février 2024, a été présentée pour M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant bangladais né le 25 décembre 1982 et déclarant être entré en France en 2013, a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rendue le 18 septembre 2013, laquelle a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 avril 2014. L'intéressé a présenté une demande de réexamen, qui a été rejetée par une décision d'irrecevabilité rendue par cet Office le 28 février 2018, laquelle a été confirmée par la même Cour le 13 septembre 2018. Par un arrêté du 14 novembre 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a notamment fait à M. C obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
4. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " () les mémoires en défense () présentés au nom de l'Etat sont signés par le ministre intéressé. / Les ministres peuvent déléguer leur signature dans les conditions prévues par la réglementation en vigueur. / En outre, la compétence des ministres peut être déléguée par décret : () 2° () au préfet () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'Etat est représenté en défense par le préfet ou le préfet de région lorsque le litige, quelle que soit sa nature, est né de l'activité des administrations civiles de l'Etat dans le département ou la région () ".
5. En l'espèce, le mémoire en défense du préfet des Hauts-de-Seine, enregistré au greffe le 25 janvier 2024, a été signé par Mme A B, cheffe du pôle juridique et du centre documentaire au sein de cette préfecture. Mme B bénéficiait, pour ce faire, d'une délégation de signature lui ayant été consentie par un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine SGAD n° 2023-075 du 15 novembre 2023, régulièrement publié au numéro spécial du recueil des actes administratifs de cette préfecture (secrétariat général aux affaires départementales) du 17 novembre 2023. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'à défaut que la qualité de son signataire soit justifiée, ce mémoire en défense et ses pièces jointes, dont la copie de la fiche TelemOfpra, devraient être écartés des débats.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il découle de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, ainsi que de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui concerne non les Etats membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
7. En l'espèce, si M. C soutient qu'il n'aurait pas eu la possibilité de faire valoir ses observations préalables et, en particulier, qu'il résidait en France depuis 2013 et y travaillait depuis deux ans environ à la date de l'arrêté attaqué, le requérant ne justifie pas, à l'occasion de la présente instance, avoir disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration, laquelle a d'ailleurs rappelé l'ancienneté de séjour de l'intéressé dans les motifs de cet arrêté, avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment, de la fiche TelemOfpra produite par l'administration, que la demande d'asile de M. C avait été définitivement rejetée, dans les conditions rappelées au point 1, et que l'intéressée n'avait plus le droit de se maintenir sur le territoire, en application des articles L. 532-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de ce que le requérant ne pouvait légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du même code doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, pour les motifs précédemment exposés, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement contestée à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
10. En second lieu, si M. C soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le requérant n'apporte, à l'occasion de la présente instance, aucun élément circonstancié ni aucune pièce justificative de nature à permettre de tenir pour établis les risques qu'il prétend encourir en cas de retour dans son pays d'origine, alors que sa demande d'asile a, d'ailleurs, été définitivement rejetée dans les conditions déjà rappelées au point 1 du présent jugement. Dans ces conditions, le moyen ainsi soulevé ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité du refus de délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, pour les motifs précédemment exposés, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement contestée à l'encontre de la décision par laquelle l'administration a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
12. En deuxième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué du 14 novembre 2022 que, pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas être entré régulièrement en France et s'était maintenu sur le territoire sans être titulaire d'un premier titre de séjour. Or ce motif, dont le requérant ne conteste pas le bien-fondé à l'occasion de la présente instance, suffisait à justifier le refus de délai contesté, par application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la circonstance que le préfet se serait également fondé, à tort, sur le motif surabondant tiré de ce que M. C avait explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement est sans incidence sur la légalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
13. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet des Hauts-de-Seine aurait omis de procéder à l'examen particulier de la situation personnelle M. C avant de refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.
14. En dernier lieu, si M. C soutient que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ce moyen n'est assorti d'aucune précision de nature à en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire :
15. Pour les motifs précédemment exposés, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
Le magistrat désigné,
E. Toutain
La greffière,
C. Denis
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026