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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217743

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217743

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantESTEVENY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 et 20 décembre 2022, M. E D, représenté par Me Berbagui, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2022 par lequel le préfet de police a décidé son maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le préfet de police l'a expulsé du territoire français et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder sans délai et sous astreinte à la délivrance d'une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile et de lui fournir les droits prévus par la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et un lieu susceptible de l'accueillir, ainsi qu'une allocation journalière ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant le mention " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pour la durée nécessaire à ce réexamen.

M. D soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant maintien en rétention administrative :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- le préfet de police a méconnu le principe du contradictoire ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'arrêté d'expulsion en date du 21 janvier 2022 :

- la décision est irrégulière dès lors que le préfet de police n'a pas tenu compte de l'avis défavorable de la commission d'expulsion ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet de police aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de se prononcer sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- la décision porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 13 décembre 2022,

- et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mathieu, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 décembre 2022 :

- le rapport de Mme C, qui a informé les parties, conformément aux articles R. 611-7 et R. 776-25 du code justice administrative, que la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du magistrat désigné pour statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté d'expulsion en date du 21 janvier 2022, lesquelles relèvent de la compétence d'une formation collégiale, et alors que le tribunal administratif de Paris est déjà saisi d'une telle demande ;

- les observations de Me Berbagui, représentant M. D, présent, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures ;

- et les observations de Me Termeau, qui conclut au rejet de la requête, et fait valoir que seule la décision portant maintien en rétention peut être discutée, et que les moyens présentés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant palestinien né le 8 septembre 1982 à Naplouse, a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion prononcé par le préfet de police le 21 janvier 2022. Par un arrêté du 8 décembre 2022, le préfet de police a décidé de le placer en rétention administrative. Le 10 décembre 2022, le requérant a présenté une demande d'asile en rétention, rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 13 décembre 2022, notifiée le 16 décembre suivant. M. D demande l'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2022 prononçant son expulsion, ainsi que de l'arrêté du 10 décembre 2022 par lequel le préfet de police a décidé de son maintien en rétention pour la durée de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ". Aux termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont instruites et jugées dans les mêmes conditions les conclusions tendant à l'annulation d'une autre décision d'éloignement prévue au livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'exception des décisions d'expulsions, présentées en cas de placement en rétention administration, en cas de détention ou dans le cadre d'une requête dirigée contre la décision d'assignation à résidence prise au titre de cette mesure. " Et aux termes de l'article L. 614-9 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction () statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence () intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. "

3. Il en résulte que, alors même que l'intéressé est placé en rétention administrative, le magistrat désigné en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre une décision d'expulsion, dès lors que de telles conclusions relèvent de la compétence des formations collégiales des tribunaux administratifs. En l'espèce, M. D a présenté, devant le juge des référés du tribunal administratif de Paris, une requête tendant à la suspension de l'arrêté d'expulsion, laquelle vise le recours pour excès de pouvoir formé par l'intéressé contre cet arrêté, et enregistré au greffe sous le numéro 2206433. Dans ces conditions, il y a lieu de renvoyer à la formation collégiale du tribunal administratif de Paris, déjà saisi, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police en date du 21 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 décembre 2022 portant maintien en rétention administrative :

4. Aux termes de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6. () ". Aux termes de l'article L. 754- 2 du même code : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Et les dispositions de l'article L. 754-3 prévoient que : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. "

5. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0119 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de police a donné délégation à Mme A B, cheffe du 8ème bureau, à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'étaient pas absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision en litige vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, en particulier les articles L. 754-1 et suivants de ce code. Elle mentionne également que le requérant a déjà présenté une demande d'asile, que sa demande de réexamen a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 juin 2012, qu'il n'a présenté de nouvelle demande de réexamen qu'après son placement en rétention administrative, et que cette demande doit être regardée comme n'ayant été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement. La décision attaquée satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé à l'examen particulier de sa situation.

8. En quatrième lieu, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu consacré par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, au cas particulier, le requérant ne justifie pas d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé de son droit d'être entendu doit être écarté.

9. En cinquième lieu, le préfet de police a retenu que M. D, qui fait valoir être présent sur le territoire français depuis 2009, que sa dernière demande de réexamen a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 juin 2012, et que l'intéressé n'a pas déposé de nouvelle demande de réexamen avant son placement en rétention le 8 décembre 2022. En se fondant sur cette circonstance pour estimer que sa demande d'asile présentée en rétention n'avait pour objet que de faire échec à son éloignement, le préfet de police n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être utilement soulevé à l'encontre d'un arrêté dont le seul objet est de maintenir en rétention M. D en conséquence du caractère estimé dilatoire par le préfet de sa demande d'asile.

11. Enfin, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier la portée et doit donc être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la décision du 10 décembre 2022 par laquelle le préfet de police a décidé son maintien en rétention ne peuvent qu'être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E

Article 1er : Les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le préfet de police a expulsé M. D du territoire français et a fixé le pays de destination sont renvoyées à la formation collégiale du tribunal administratif de Paris.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, au préfet de police et au président du tribunal administratif de Paris.

Jugement rendu en audience publique le 20 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

J. CLa greffière,

Signé

N. BAALI

La République mande et ordonne au préfet de Police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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