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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2217841

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2217841

jeudi 4 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2217841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 14 décembre 2022 et 3 et 25 octobre 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Langlois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de lui délivrer une carte pluriannuelle portant la même mention, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail durant la durée de fabrication du titre ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail durant ce réexamen ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 800 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que, d'une part, le préfet ne fait pas état de violences conjugales dont elle a été victime, ni de la circonstance qu'elle a trouvé un emploi et, d'autre part, qu'il n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle remplit les conditions prévues à l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, circonstance faisant obstacle à son éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, qui la fonde.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 novembre 2022 du bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dupuy-Bardot,

- les observations de Me Langlois, représentant Mme B épouse C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante marocaine née le 7 novembre 1985, est entrée en France le 21 juin 2021, sous couvert d'un visa de long séjour délivré en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Le 11 mars 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour délivré en application de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B épouse C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 423-3 de ce code : " Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales () ".

3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme B épouse C, le préfet lui a opposé qu'elle ne justifiait pas de la continuité d'une communauté de vie affective et matérielle en France avec son époux de nationalité française.

4. Toutefois, Mme B épouse C soutient, sans être contredite par le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'elle avait informé ce dernier que la rupture de la vie commune avec son époux était imputable aux violences qu'il avait commises à son encontre, entendant ainsi se prévaloir du bénéfice de l'article L. 423-5. Elle produit à l'appui de ses dire un courrier de " demande de renouvellement d'une carte de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-5 du CESEDA " qu'elle indique avoir remis aux services préfectoraux lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, dans lequel elle précise la nature de ces violences et auquel était joint une déclaration de main courante dans laquelle elle a fait état de viols dont elle aurait été victime. Toutefois, bien qu'informé de la situation dont se prévalait Mme B épouse C, le préfet n'en a pas fait état dans la décision attaquée, ne serait-ce que pour en contester la matérialité, ni n'a visé l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle se prévalait. Par suite, le préfet ne peut être regardé comme ayant procédé à un examen complet de la situation particulière de l'intéressée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B épouse C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique uniquement que soit réexaminée la situation administrative de Mme B épouse C. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'intervalle et sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B épouse C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Langlois, avocate de Mme B épouse C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Langlois de la somme de 1 000 euros au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 juin 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme B épouse C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'intervalle et sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Langlois une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2024.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

M. Romnicianu

La greffière,

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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