mercredi 29 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2218168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | WEINBERG |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 13 décembre 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête de M. C au tribunal administratif de Montreuil.
Par cette requête, et un mémoire, enregistrés les 8 décembre 2022 et 28 février 2023, M. C, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, à défaut, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son
signataire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales ;
- dès lors qu'il est titulaire d'un récépissé de sa demande de renouvellement d'un titre
de séjour, le préfet devait statuer sur sa demande de titre de séjour avant de prendre une obligation de quitter le territoire français ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article L. 611-3 du code de
l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est déloyale ;
- elle méconnait l'article L. 611-3 alinéa 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile ;
- elle méconnait le 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile ;
- il remplit les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le
fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits
de l'enfant ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale pour être
fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des
étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de
l'enfant ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale pour être fondée sur une
obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du
droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de
l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale pour être fondée sur une obligation
de quitter le territoire français elle-même illégale.
Par un mémoire enregistré le 23 février 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. B ;
- les observations de Me Weinberg, pour le requérant.
Le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 5 décembre 2022, dont l'annulation est demandée, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. C, ressortissant serbe, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français de trois ans.
Sur les conclusions de la requête :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées
2. Par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 126 de la préfecture de l'Essonne du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D E, chef du bureau de l'éloignement du territoire, à l'effet de signer notamment les décisions figurant dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire français, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet de l'Essonne n'était pas tenu de faire état, dans l'arrêté en litige, de l'ensemble des éléments allégués par le requérant. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de ces décisions et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen préalable de la situation particulière de M. C doit également être écarté. S'agissant en particulier de l'interdiction de retour sur le territoire français, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet a examiné la situation de l'intéressé au regard des critères de la durée de présence en France de M. C, de la nature de ses liens avec la France et de la circonstance qu'il représente une menace pour l'ordre public. Il n'avait pas à mentionner le défaut de soustraction à une précédente mesure d'éloignement, inexistante en l'espèce.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
4. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement de M. C l'exposerait à un défaut de soins dont les conséquences seraient d'une exceptionnelle gravité, le moyen tiré du défaut de saisine du collège des médecins de l'OFII et de la méconnaissance de l'article L. 611-3 alinéa 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. Aux termes du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C résiderait habituellement sur le territoire français depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Pour obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet a relevé que M. C a été condamné le 31 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Versailles à cinq ans d'emprisonnement pour viol avec violences ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas 8 jours, aggravé par une autre circonstance, récidive et vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours, récidive, violence commise en réunion sans incapacité, détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie 8, qu'il avait déjà été condamné par le tribunal correctionnel de Pontoise le 29 mai 2019 pour des faits relatifs à des troubles à l'ordre public, qu'il a fait l'objet de cinq signalements, le 22 février 2017 pour évasion, le 5 juin 2012 pour vol sur personne vulnérable en réunion avec violence, le 13 juin 2012 pour vols avec violences en réunion avec usage d'une arme de 6e catégorie, le 3 novembre 2010 pour recels, le 17 juillet 2009 pour autres vols à main armée avec arme à feu. Par suite, le préfet a exactement qualifié les faits en estimant, compte tenu de la nature, de la gravité et de la réitération des faits commis par M. C ou pour lesquels il a été signalé, que son comportement constituait une menace suffisamment réelle, grave et actuelle pour l'ordre public et a décidé de l'éloigner, nonobstant l'existence d'une vie privée et familiale sur le territoire national, alors en outre que le préfet fait valoir, sans être contredit, que M. C - qui d'ailleurs est sans ressources- n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis au moins deux ans. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ont été méconnues. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Enfin, M. C ne peut utilement soutenir qu'il était en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour dès lors que, pour le seul motif tiré de l'existence d'une menace pour l'ordre public, le préfet a pu légalement prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
9. Si le préfet a relevé par erreur que M. C s'était vu refuser le renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour, et s'il n'a mentionné ni l'état civil de ses enfants ni la résidence régulière en France de sa compagne, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une autre décision s'il avait relevé ces circonstances, compte tenu de la gravité et de l'actualité de la menace que représente le comportement de M. C pour l'ordre public.
10. M. C ne peut utilement se fonder sur " l'analyse croisée de l'arrêté litigieux, du mémoire en défense et des pièces produites " pour invoquer, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, un " défaut de loyauté ".
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire
11. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 dudit code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".
13.Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C, le préfet a considéré, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'eu égard à la nature et à la gravité des faits commis, il y avait urgence à éloigner l'intéressé. Ainsi qu'il a été dit au point 8, le préfet de l'Essonne n'a pas commis d'erreur d'appréciation sur ce point. Dès lors, il était fondé, sans méconnaître les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, à faire application à M. C des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à supposer même non établi le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, condition prévue par l'article L. 612-3 du même code.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination
14. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français
15. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3, 6 et 8, la décision querellée n'a méconnu ni l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.
Le magistrat désigné par le président du tribunal,
Signé
H. B La greffière,
Signé
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026