jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2218247 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | GUILLOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2022, Mme A D épouse C, représentée par Me Guillou, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 24 novembre 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public, le préfet ne pouvait, dès lors, lui opposer un tel motif ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu l'étendue de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ne rentre dans aucune des hypothèses énumérées à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu l'étendue de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Des pièces complémentaires, présentées pour Mme D épouse C, ont été enregistrées le 8 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi, signé à Rabat le 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caldoncelli-Vidal,
- et les observations de Me Hadidane substituant Me Guillou, avocate de Mme D épouse C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D épouse C, ressortissante marocaine née le 1er juin 1985, est entrée sur le territoire français le 14 mars 2014 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Elle a été mise en possession d'un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant de l'Union européenne régulièrement renouvelé jusqu'au 22 juin 2021. Le 17 juin 2021, elle a sollicité, en premier lieu, le renouvellement de son titre de séjour et en second lieu, la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 24 novembre 2022, dont Mme D épouse C demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 7 février 2022, régulièrement publié le même jour au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Mame Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise l'ensemble des textes dont le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait application et rappelle la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme D épouse C, mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement permettant ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Le préfet n'étant pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments dont Mme D épouse C entend se prévaloir, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
5. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
6. D'une part, la motivation de l'arrêté attaqué atteste que le préfet de la Seine-Saint-Denis a apprécié si la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme D épouse C justifiait qu'il utilise son pouvoir de régularisation pour l'admettre au séjour à titre exceptionnel. D'autre part, Mme D épouse C soutient qu'elle a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en se prévalant de sa durée de présence en France, de la présence de son époux, de la naissance sur le sol français de leurs deux enfants les 24 octobre 2017 et le 28 juin 2021 et de leur scolarisation, de même que de l'exercice d'une activité salariée. Toutefois, la requérante qui n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie, n'établit pas, par les pièces versées au dossier, les liens d'ordre amical, culturel et social qu'elle aurait noués en France en dehors de sa cellule familiale et de nature à attester d'une intégration particulière. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que son époux, dont elle ne conteste pas qu'il a fait usage d'un faux passeport bulgare afin que lui soit conféré un droit au séjour, résiderait en France en situation régulière. Par conséquent, rien ne fait obstacle à ce que sa cellule familiale, compte-tenu, du jeune âge de ses enfants puisse se reconstituer au Maroc. Si elle justifie avoir exercé une activité professionnelle en tant qu'employée familiale à domicile et occuper actuellement un emploi en qualité d'employée polyvalente, son premier contrat ne l'employait que 14 heures par semaine et son second contrat demeure encore récent à la date de la décision attaquée. Ainsi, Mme D épouse C ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et pérenne en France. Enfin, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet ne s'est pas fondé, pour refuser de la régulariser, sur le motif tiré de l'absence du formulaire CERFA, de visa du contrat de travail par les services de la main d'œuvre étrangère et de certificat médical obligatoire émanant d'un médecin agréé au Maroc. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a ni méconnu l'étendue de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, ni commis d'erreur de droit, ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de ce pouvoir.
7. En quatrième lieu, si en vertu des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance d'une carte de séjour temporaire peut être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne s'est pas fondé sur ce motif pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par Mme D épouse C. La mention, par le préfet de la Seine-Saint-Denis, de l'usage d'un faux passeport bulgare par son mari en vue de se voir délivrer un titre de séjour et de la circonstance que Mme D épouse C ne pouvait ignorer cet usage frauduleux, avait pour seul but d'illustrer une intention de ne pas se conformer aux règles régissant la société française et, en conséquence, contester les souhaits d'intégration de la requérante. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de droit doivent, par suite, être écartés.
8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.
10. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11. Si Mme D épouse C soutient qu'il est de l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs qu'elle se voie délivrer un titre de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers auraient l'ensemble de leurs repères en France ou qu'ils ne pourraient pas vivre au Maroc avec leur mère et y poursuivre leur scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
12. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D épouse C avant de prendre la décision attaquée. L'erreur de fait que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commise en indiquant que l'intéressée présentait une promesse d'embauche et non un contrat à durée indéterminée n'a pas eu, compte-tenu de ce qui a été dit aux points 6 et 7, d'incidence sur le sens de la décision attaquée et ne caractérise pas un défaut d'examen. Les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de Mme D épouse C doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne les décisions faisant obligation de quitter le territoire français refusant un délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de Mme D épouse C vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorise l'autorité administrative à prendre une mesure d'éloignement lorsque l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. La décision faisant obligation de quitter le territoire n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Il s'ensuit que la décision faisant obligation de quitter le territoire qui est fondée sur ce refus de délivrance mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 que Mme D épouse C n'est pas fondée à soutenir que les décisions faisant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire sont privées de base légale en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour.
15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 et 11, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance par le préfet de l'étendue de son pouvoir discrétionnaire de régularisation doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. La décision attaquée, qui vise l'ensemble des textes dont le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait application et rappelle la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme D épouse C, mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement permettant ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
18. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
19. Si la décision attaquée cite les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en revanche elle ne vise pas celles de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet de la Seine-Saint-Denis se borne à préciser " que l'examen d'ensemble de la situation de Mme D épouse C a été effectué, qu'elle ne justifie pas de circonstances humanitaires empêchant l'édiction d'une interdiction ". Cette motivation qui ne vise pas l'article L. 612-10 et ne fait pas état, de manière suffisamment circonstanciée, des éléments de la situation de l'intéressée ne permet pas d'attester que l'ensemble des critères énoncés par cet article ont été pris en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à deux ans. La requérante est fondée à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est insuffisamment motivée.
20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D épouse C est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Seine-Saint-Denis, ou tout autre préfet territorialement compétent, procède à l'effacement du signalement de Mme D épouse C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) le versement à Mme D épouse C d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 24 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a interdit à Mme D épouse C le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de faire procéder à l'effacement du signalement de Mme D épouse C aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Mme D épouse C une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D épouse C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Delamarre, présidente,
- M. Israël, premier conseiller,
- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La rapporteure,
M. Caldoncelli-Vidal La présidente,
A-L. Delamarre
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026