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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2218520

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2218520

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2218520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantCOMPIN NYEMB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2022, Mme C A, représentée par Me Compin Nyemb, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Compin Nyemb, avocat de Mme A, de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire dès lors celle-ci n'existe pas.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023.

Par ordonnance du 19 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mars 2024.

Par une lettre, enregistrée le 10 avril 2024 et non communiquée, Mme A a maintenu sa requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du juge des référés n° 2402251 en date du 20 mars 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Israël ;

- les observations de Me Compin Nyemb, représentant Mme A.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 28 janvier 1991, est entrée sur le territoire français le 10 janvier 2013, selon ses déclarations. Par arrêté du 11 mai 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refus de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 4 avril 2022, elle a sollicité le la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par arrêté du 12 décembre 2022, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, mère de deux enfants nés en 2014 et 2020, a été titulaire de plusieurs titres de séjour et de récépissés en qualité de parent d'enfant français entre 2014 et 2020. Elle produit également à l'instance la décision du 3 décembre 2020 du juge aux affaires familiales qui lui confère la garde exclusive et statue sur la contribution du père de son enfant français à l'éducation et à l'entretien. A cet égard, la circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est sans incidence. Par ailleurs, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que la requérante était susceptible de constituer une menace pour l'ordre public eu égard à son interpellation le 15 janvier 2013 pour faux ou usage de faux document administratif ainsi que pour des faits de vol avec destruction ou dégradation intervenus le 29 janvier 2020. Or il ne ressort pas des pièces du dossiers que les premiers faits, au demeurant anciens, aient fait l'objet d'une condamnation. D'autre part, les seconds ont uniquement donné lieu le 30 janvier 2020 à un rappel à la loi par l'officier de police judiciaire. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier, qu'à la date de l'arrêté attaqué, la menace à l'ordre public serait caractérisée. Par suite, l'arrêté attaqué a porté au droit au respect de la vie familiale de Mme A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a, ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 12 décembre 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, et en l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à Mme A. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

6. D'une part, Mme A n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, son avocate n'a pas demandé que lui soit versée par le préfet de la Seine-Saint-Denis la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les dépens :

7. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées sur ce fondement par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 12 décembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Compin Nyemb.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

M. Israël

La présidente,

Mme DelamarreLa greffière,

Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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