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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2218537

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2218537

mercredi 6 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2218537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 décembre 2022, M. A, représenté par Me Masilu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, notifié le 29 novembre 2022, par lequel le préfet du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant le prononcé du jugement ; à défaut, dans le même délai, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure est irrégulière en raison du délai d'examen anormalement long entre la demande de titre de séjour et la décision du préfet ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les articles L. 435-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire enregistré le 13 janvier 2024, le préfet du Loiret, représenté par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique,

- le rapport de M. Marias ;

- les observations de Me Masilu, représentant M. A.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 23 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 12 octobre 2001, a sollicité le 14 novembre 2019 un titre de séjour mention " étudiant " ou son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 29 novembre 2022, le préfet du Loiret a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour comporte les motifs de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, régulièrement motivée. Dès lors que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est motivée, l'obligation de quitter le territoire français, qui en est l'accessoire, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation particulière.

3. Le délai anormalement long entre la demande de titre de séjour et le refus opposé n'est pas, par lui-même, de nature à établir l'existence d'un vice de procédure.

4. L'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord ou qu'elles sont nécessaires à sa mise en œuvre.

5. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative peut accorder une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " sans que la condition de visa de long séjour soit exigée, en cas de nécessité liée au déroulement des études, ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français avec un visa de court séjour et a été scolarisé en classes de seconde, première et terminale " scientifiques ". M. A ayant sollicité le 14 novembre 2019 la délivrance d'un titre de séjour, le préfet du Loiret lui a délivré, le 11 mars 2020, une autorisation provisoire de séjour à seule fin de lui permettre de poursuivre sa scolarité jusqu'aux épreuves du baccalauréat, l'intéressé étant invité, s'il souhaitait poursuivre ses études en France, à regagner son pays d'origine afin de solliciter un visa " long séjour ". Toutefois, après l'obtention de son baccalauréat en juillet 2020, M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et s'est inscrit en première année de licence au sein de l'université de Clermont-Ferrand, cursus qu'il n'a pas suivi jusqu'au bout. M. A, qui n'a pas présenté d'inscription universitaire pour l'année scolaire 2021-2022, fait seulement valoir que son échec en 2020-2021 était dû à son isolement et que les démarches qu'il aurait engagées pour une formation en alternance en 2021-2022 auraient échoué en raison de sa situation administrative précaire. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a estimé que M. A, inscrit en septembre 2022 en licence de mathématiques appliquées aux sciences sociales à l'université de Paris-Saclay, ne justifiait pas d'une nécessité liée au déroulement de ses études et lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour mention " étudiant ".

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. Les dispositions citées au point précédent ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un ressortissant étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'autorité administrative n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur sa situation. En l'espèce, les éléments dont fait état M. A, âgé de 21 ans, s'agissant de son parcours d'études ainsi que de sa vie privée et familiales - notamment une entrée sur le territoire français à 15 ans et une résidence chez sa tante maternelle avec ses parents et son frère - ne permettent pas d'établir que sa situation relèverait des " considérations humanitaires " ou des " motifs exceptionnels " permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Loiret aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation au titre de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, l'arrêté entrepris n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A.

10. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Loiret.

Délibéré après l'audience du 14 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2024.

Le rapporteur,

H. Marias

Le président,

J.-F. Baffray

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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