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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300064

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300064

mercredi 6 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre (J.U)
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 janvier et le 5 février 2023, M. D A, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er janvier 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation en le munissant, dans l'attente du réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui enjoindre de procéder, sans délai, à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le fichier du système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Namigohar sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Dans le dernier état de ses écritures, il soutient que :

­ la décision d'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour et elle entachée d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen réel et sérieux, d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et d'une méconnaissance de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et elle est entachée d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et elle est entachée d'incompétence de son signataire et d'une méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle est entachée d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation, d'un vice de procédure quant à la notification des modalités de son exécution et elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

­ le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Doyelle pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 1er janvier 2023, le préfet de police a obligé M. A, ressortissant tunisien né en 1993, à quitter le territoire français sans délai et lui a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Le requérant demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. "

3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2022-707 du même jour, le préfet de police a donné délégation à M. B C, attaché d'administration de l'État, adjoint au chef de la division des reconduites à la frontière, pour signer tous les actes au nombre desquelles figurent les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de leur signataire doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

6. En l'espèce, le requérant ne saurait utilement critiquer la motivation des décisions attaquées sur le fondement du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, il ressort des décisions attaquées qu'elles comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent leur fondement. Il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, qui font état de nombreux éléments de fait propres à la situation de M. A, notamment qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il a été interpellé pour des faits d'exhibition sexuelle, que le préfet de police n'aurait pas procédé à l'examen de sa situation. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et de refus d'un délai de départ volontaire et le moyen tiré d'un défaut d'examen sérieux et particulier à l'encontre de la première décision doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens invoqués à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, en l'absence de décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le requérant ne saurait utilement invoquer le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, de tels moyens qui sont inopérants doivent être écartés.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Le requérant soutient, sans en justifier, qu'il est entré sur le territoire français en juillet 2019, qu'il dispose de ressources et que ses cousins résident en France. Alors que M. A est célibataire et sans enfant à charge, ces éléments ne sont en tout état de cause pas de nature à considérer que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionné au regard des buts en vue desquels elle a été prise. De même, le préfet de police n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. A. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision préfectorale d'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne les moyens invoqués à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte du point précédent que le requérant n'est pas fondé à contester la décision lui refusant un délai de départ volontaire en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

13. Il ressort de la décision attaquée que le préfet de police a refusé à M. A le bénéfice d'un délai de départ volontaire aux motifs qu'il représente une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dans la mesure où, d'une part, il ne peut pas justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour, d'autre part, qu'il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Si le requérant soutient qu'il dispose d'attaches familiales sur le territoire français et qu'il a une adresse stable et certaine, il n'en justifie cependant pas, étant précisé qu'il avait déclaré être sans domicile fixe lors de son audition du 1er janvier 2023. Même si les faits constatés le 31 décembre 2022 d'exhibition sexuelle ne caractérisent pas, seuls, une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police aurait pris la même décision de refus de délai de départ volontaire en se fondant sur l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Pour les mêmes motifs, le préfet de police n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision préfectorale refusant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens invoqués à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, il résulte du point 10 que le requérant n'est pas fondé à contester la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

17. Le requérant soutient qu'en cas de renvoi dans son pays d'origine, il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants. Il n'apporte cependant aucune explication et aucun document de nature à préciser et à étayer les risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Tunisie, étant précisé qu'il avait déclaré, lors de son audition du 1er janvier 2023, être venu en France pour des motifs économiques. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et des dispositions précitées doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens invoqués à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

18. En l'absence de décision d'interdiction de retour sur le territoire français, le requérant ne saurait utilement invoquer qu'elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement, qu'elle est entachée d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation et d'un vice de procédure et qu'elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, de tels moyens qui sont inopérants doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 1er janvier 2023. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais du litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Namigohar et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

G. DoyelleLa greffière,

S. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

3

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