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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300110

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300110

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSOURTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête n° 2300110, enregistrée le 4 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Sourty, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de la mettre en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail dans l'attente, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de le mettre en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail dans l'attente de ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête, et à titre subsidiaire au rejet de la demande présentée au titre de l'article L.761-1 du Code de justice administrative.

Il fait valoir que la demande de titre de séjour est actuellement à l'étude à la sous-préfecture du Raincy et que le requérant s'est vu remettre trois autorisations provisoires de séjour.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2023.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés n° 2303407 du 31 mars 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Israël, premier conseiller, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant serbe né le 9 mai 2003 est entré en France le 1er août 2012 selon ses déclarations. Le 23 avril 2021, il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions désormais codifiées à l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le préfet de la Seine-Saint-Denis avait classé sa demande sans suite par décision du 27 avril 2021, le juge des référés du Tribunal a prononcé la suspension de cette décision par une ordonnance du 20 mai 2021 et enjoint au préfet de remettre une autorisation provisoire de séjour au requérant. Par jugement du 15 octobre 2021, le Tribunal a finalement annulé cette décision et enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant. En exécution de ce jugement, M. C s'est vu remettre une autorisation provisoire de séjour à compter du 5 octobre 2021, renouvelée jusqu'au 12 décembre 2022. En prolongeant l'autorisation provisoire de séjour de M. C au-delà des effets de l'ordonnance du juge des référés du Tribunal, le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être regardé comme l'ayant admis à souscrire une demande de délivrance de titre de séjour dont il lui a remis récépissé. Dans ces conditions, une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. C est née du silence gardé par le préfet pendant quatre mois suivant la remise du document du 5 octobre 2021. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 14 mars 2023. Par suite les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".

5. Pour établir sa présence en France depuis l'âge de neuf ans, M. C produit des certificats de scolarité aux termes desquels il a été scolarisé à l'école élémentaire Jean Jaurès à Pierrefitte entre 2012 et 2015, au collège Gustave Courbet de cette même ville entre 2015 et 2017 et au collège Anatole France de Drancy entre 2017 et 2019. Il a ensuite effectué une seconde professionnelle équipements technologiques énergie au lycée des métiers de l'énergie Eugène Henaff à Bagnolet en 2019. A compter de 2020, il a préparé un CAP de monteur en installations au pôle de formation professionnelle de la Chambre des métiers et de l'artisanat de la Seine-Saint-Denis sur le campus des métiers et de l'entreprise à Bobigny. Enfin, dans le cadre de sa formation, il a signé un contrat d'apprentissage avec la SARL SBR en tant que plombier-chauffagiste-électricien. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a toujours résidé avec ses parents. Il s'ensuit que la condition de présence en France est remplie. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de faire droit à sa demande, le préfet a méconnu l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, et en l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. C. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Sourty renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) le versement d'une somme de 1 100 euros en application des dispositions de des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision implicite du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Me Sourty une somme de 1 100 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Sourty renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Sourty.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

M. Israël

La présidente,

Mme DelamarreLa greffière,

Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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