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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300150

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300150

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantZANATTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 4 janvier 2023 et 17 mai 2023, Mme C, représentée par Me Zanatta, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle porte atteinte au principe d'égalité devant la loi et la prive de l'accès à un service public ;

- elle porte atteinte à la liberté d'aller et venir ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est disproportionnée ;

- son dossier de demande de titre de séjour est complet au regard de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête de Mme B est dirigée contre une décision ne faisant pas grief et est par suite irrecevable ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 7 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Vienne du 18 avril 1861 ;

- la convention de Vienne du 24 avril 1963 sur les relations consulaires ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante brésilienne née le 6 juillet 1962, est entrée sur le territoire français le 20 février 2001 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa " employé de diplomate ". Elle a été mise en possession d'un titre de séjour spécial régulièrement renouvelé jusqu'au 17 juillet 2004. Le 25 novembre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision verbale en date du 7 décembre 2022, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de procéder à l'enregistrement de sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / ().". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". La rubrique 66 de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précisant la liste des pièces justificatives à produire pour la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 mentionne : " 1. Pièces à fournir dans tous les cas : / - justificatif d'état civil () ; / - justificatif de nationalité () ; / - justificatif de domicile datant de moins de six mois ; () / - 3 photographies d'identité () ; / - justificatif d'acquittement de la taxe sur le titre de séjour et du droit de timbre () ; / - déclaration sur l'honneur de non polygamie () ; 2. Pour la délivrance de la CST prévue à l'article L. 435-1 : / 2.1 Pour la délivrance de la CST portant la mention " vie privée et familiale " : / - justificatifs permettant d'apprécier les " considérations humanitaires " ou les " motifs exceptionnels ". () / 2.2 Pour la délivrance de la CST portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " : - dossier de demande d'autorisation de travail soumis par l'employeur (formulaire CERFA n° 15186*03, de demande d'autorisation de travail pour un salarié étranger avec les pièces justificatives précisées en annexe du formulaire correspondant à la situation du salarié) ; / - tout document justifiant votre résidence habituelle depuis votre entrée en France (ex. : avis d'imposition, attestation AME, etc.) ; - preuves d'exercice antérieur d'activité salariée (par exemple : bulletins de salaire ou à défaut relevés ou virements bancaires, certificat de travail, attestation Pôle Emploi, avis d'imposition sur le revenu correspondant aux périodes de travail ) ; / - justificatifs de votre insertion dans la société française (attestations de cercles amicaux, adhésion à des associations, activité bénévole, participation aux activités scolaires des enfants, etc.) ".

3. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

4. Pour refuser de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de Mme B sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le motif tiré de ce que le dossier était incomplet dès lors que l'intéressée n'avait pas remis l'attestation de restitution du titre de séjour spécial délivrée par le ministère des affaires étrangères dont elle était en possession. D'une part, il résulte des stipulations de la convention de Vienne du 18 avril 1861 relative aux relations diplomatiques et de celle du 24 avril 1963 relative aux relations consulaires, qu'un agent diplomatique ou consulaire ne peut se voir délivrer un titre de séjour de droit commun tant qu'il n'apporte pas la preuve qu'il a cessé d'exercer la mission qui lui avait été confiée par son État d'appartenance. L'attestation de restitution du titre de séjour spécial peut constituer cette preuve. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est vu délivrer un titre de séjour spécial en qualité d'employée privée du Premier secrétaire de l'Ambassade du Brésil en France. Elle ne peut donc être considérée comme ayant détenu la qualité d'agent diplomatique ou consulaire au sens des stipulations des conventions précitées. D'autre part, il ne résulte ni des dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni de la rubrique 66 de l'annexe 10 à ce code que la délivrance d'un titre de séjour demandé sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour soit subordonnée à la production d'une attestation de restitution du titre de séjour spécial délivré à un employé privé d'un agent diplomatique. Il s'ensuit que Mme B, qui verse au débat l'ensemble des pièces requises à l'appui de son dossier de demande de titre de séjour, doit être regardée comme apportant la preuve que son dossier est complet. Elle est, par suite fondée, à soutenir que la décision verbale du 7 décembre 2022 refusant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, qui fait grief, est entachée d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision verbale du 7 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 7 décembre 2022 implique seulement que cette autorité, ou tout autre préfet territorialement compétent, procède à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) le versement à Mme B d'une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 7 décembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Mme B une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Israël, président,

- M. Dumas, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Mme Caldoncelli-Vidal Le président,

M. Israël

La greffière,

Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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