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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300200

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300200

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, M. A D, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas pris en compte les conditions posées par l'article L.435-1 du même code ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire à la directive 2008/115/CE qui impose aux Etats membres le principe de proportionnalité dans la prise des mesures d'éloignement et leur adaptation aux situations particulières des intéressés ;

- le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'interdiction de retour.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que l'information que donne l'autorité administrative à un ressortissant étranger concernant son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, lorsqu'elle prend une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Guiral a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant ivoirien né le 6 mars 1993, demande l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

2. Lorsqu'elle prend à l'égard d'un ressortissant étranger une interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de l'information relative à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables et doivent, comme telles, être rejetées.

Sur les décisions contestées :

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. C B, chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, qui bénéficiait, en vertu de l'arrêté n° 2022-3175 du 22 novembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis régulièrement publié le 24 novembre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer toutes décisions relevant du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, au nombre desquelles figurent les décisions relatives au séjour, les mesures d'éloignement et les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles chacune des décisions attaquées a été prise et expose, de manière suffisamment précise, les éléments de la situation personnelle du requérant, notamment la nature de l'emploi qu'il soutient exercer depuis mars 2019 sous une identité d'emprunt ainsi que les attaches familiales dont il dispose en Côte d'Ivoire. Il mentionne que l'intéressé ne se prévaut d'aucun motif exceptionnel ou humanitaire et indique en outre que l'intensité et l'ancienneté de ses liens personnels en France ne sont pas telles que l'arrêté porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, la décision qui fait interdiction au requérant de retourner en France rappelle que, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, il se trouve dans le cas, prévu à l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel un étranger peut faire l'objet d'une interdiction de retour. Elle indique, après avoir mentionné que le requérant s'était déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise le 30 avril 2019 par le préfet de police, que " l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué relativement à la durée de l'interdiction de retour, au regard notamment de l'article L. 612-10 du code précité ". L'arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur le fondement desquelles les décisions litigieuses ont été prises et satisfait, dès lors, à l'obligation de motivation. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit dès lors être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". M. D soutient qu'il est entré en France le 25 juillet 2017 et qu'il y travaille, sous une identité d'emprunt, en qualité d'aide menuisier pour la société Menuiserie-R-Agencement depuis le 7 mars 2019. Toutefois, s'il produit des bulletins de paie au nom de " M. E " pour la période considérée, l'attestation de concordance qu'il fournit est sommairement rédigée et n'est pas corroborée par les autres pièces du dossier, notamment les relevés de compte bancaire sur lesquels ne figure aucun versement d'argent. Cette seule pièce ne saurait ainsi justifier l'insertion professionnelle du requérant. Il est également constant que M. D est célibataire et n'a pas de charge de famille. Enfin, s'il se prévaut de la présence en France de ses frères, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations. Dans ces conditions, compte tenu des conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que le préfet aurait examiné d'office la demande d'admission au séjour du requérant au regard de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-1 de ce code est inopérant.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" est envisageable. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité figurant dans la liste annexée à l'arrêté interministériel du 18 janvier 2008, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement et recensés comme tels dans l'arrêté du 18 janvier 2008 - de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France - peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Le dispositif de régularisation institué à l'article L. 435-1 ne peut être regardé comme dispensant d'obtenir l'autorisation de travail, exigée par le 2° de l'article

L. 5221-2 du code du travail, avant que ne soit exercée une activité professionnelle.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu d'examiner la qualification, l'expérience et les diplômes du requérant, les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, ainsi que les éléments de sa situation personnelle tels que l'ancienneté de son séjour en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Si M. D se prévaut de l'emploi d'aide menuisier qu'il exercerait depuis mars 2019, il n'établit pas, comme il a été dit au point 6, la réalité de son insertion professionnelle. En tout état de cause, le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille, ne justifie pas, quand bien même cette activité salariée serait avérée, de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en refusant de lui délivrer à titre exceptionnel un titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur les motifs de nature à justifier l'interdiction de retour, tant dans son principe que dans sa durée. En revanche, Lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences d'une mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés à l'article L. 612-10 du même code, il lui incombe seulement de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il est constant que M. D s'est soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement prise le 30 avril 2019 par le préfet de police. Par ailleurs, comme il a été dit au point 6, il ne justifie pas de la présence de ses frères en France. Il n'établit pas non plus avoir noué des relations personnelles sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors même que la présence de M. D ne constituerait pas une mesure pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant deux ans.

13. M. D ne peut utilement se prévaloir de la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008, dès lors qu'elle a fait l'objet d'une transposition en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Lamlih, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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