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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300332

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300332

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantLARBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 janvier et 15 juin 2023, Mme C, représentée par Me Larbi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont elle est originaire ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement sous astreinte de 100 euros et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a méconnu son droit d'être entendue faisant partie du principe général du droit de bonne administration ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en décidant de l'éloigner alors qu'elle a déposé pour sa fille une demande de réexamen de sa demande d'asile, le préfet a méconnu l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au Préfet de la Seine Saint Denis qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. B pour statuer sur les requêtes pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Larbi.

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 décembre 2022 dont l'annulation est demandée, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé Mme C, ressortissante togolaise née le 30 août 1988, à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

I. -Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de cette loi : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

II. -Sur le surplus des conclusions :

3. Par un arrêté n° 2022-3175 du 22 novembre 2022, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 24 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à M. A D, attaché d'administration de l'Etat, adjoint au chef du bureau de l'asile, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer les obligations de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté est entaché d'incompétence doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.

5. Néanmoins, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. La requérante soutient que son droit d'être entendu a été méconnu. Cependant, elle ne fait état d'aucune circonstance tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elle avait pu être communiquée à temps, aurait pu faire aboutir la procédure administrative à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

8. En l'espèce, il est constant que la demande d'asile de Mme C a été définitivement rejetée par une décision du 29 septembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile, dont la requérante reconnait elle-même dans sa requête introductive qu'elle lui a été notifiée le 14 octobre 2022, de même qu'elle indique que sa demande de réexamen a également été rejetée par une décision de l'OFPRA notifiée le 23 novembre 2022. Ainsi, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son droit à se maintenir sur le territoire français avait cessé à la date de l'arrêté attaqué, de sorte qu'elle se trouvait dans le cas visé au 4°de l'article L. 611-1 dans lequel le préfet pouvait légalement édicter à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. D'une part, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées est inopérant à l'encontre des mesures d'éloignement, lesquelles ne fixent pas, par elles-mêmes, le pays à destination duquel la requérante pourra faire l'objet d'un éloignement d'office. D'autre part, si Mme C soutient qu'il existe des risques en cas de retour contraint au Togo, en raison du mariage forcé dont elle aurait fait l'objet et de sa crainte que son enfant subisse une excision, l'intéressée, dont la demande d'asile a été rejetée par la cour nationale du droit d'asile, n'apporte pas, dans le cadre de la présente instance, d'éléments nouveaux de nature à établir l'actualité et la réalité des risques encourus. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

12. En alléguant seulement, sans davantage de précisions, qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant sénégalais dépourvu de titre de séjour, qu'elle réside en France depuis plusieurs années et que son enfant, reconnu par le père, est né sur le territoire français, Mme C, née le 30 août 1988 et dont les parents et plusieurs membres de sa fratrie résident au Togo, n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des stipulations précitées ou qu'elel serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C aux fins d'annulation, d'injonction et au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1 : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Larbi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

Signé

H. B La greffière,

Signé

D. Coulibaly

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

.

N° 230033

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