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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300407

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300407

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP LACOURTE RAQUIN TATAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 12 janvier et 17 novembre 2023, M. F E, Mme A E, Mme D E, Mme C E et M. B E, représentés par Me Peyronne, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté PC 09301022B0016 du 11 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Bondy a délivré à la société civile de construction vente (SCCV) Bondy rues Borel et Laug un permis de construire portant sur la réalisation d'un programme de 79 logements, ensemble la décision implicite de refus de retrait de cet arrêté à la suite du recours gracieux du 12 septembre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bondy la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt pour agir ;

- le permis de construire attaqué méconnaît l'article R.431-4 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les points a, c et d de l'article R. 431-10 du même code ;

- il méconnaît l'article III-1 b du PLUi relatif à l'aspect extérieur des constructions ;

- il méconnaît l'article III-1 d du PLUi relatif aux bornes de recharge de véhicule électrique ;

- il méconnaît l'article IV.3.b. du PLUi relatif à la distance entre construction non contiguës ;

- il méconnaît l'article III.1.e. du PLUi relatif aux locaux de vélos ;

- il méconnaît l'article IV.3.a du PLUi relatif à l'alignement et au retrait du bâtiment ;

- il méconnaît l'article IV.3.b du PLUi relatif à l'implantation des bâtiments par rapport aux limites séparatives ;

- il méconnaît l'article IV.3.a du PLUi relatif à l'emprise au sol ;

- il ne respecte pas l'orientation d'aménagement et de programmation applicable au secteur Canal/avenue Gallieni ;

- il méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023, la commune de Bondy, représentée par Me Abbe, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la demande présentée par M. B E est irrecevable et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 octobre et 6 décembre 2023, la SCCV Bondy rues Borel et Laug, représentée par Me Guinot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable, que les moyens de la requête ne sont pas fondés et à titre subsidiaire à ce qu'il soit mis en œuvre les dispositions de l'articles L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

L'instruction a été close le 5 janvier 2024 en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Le tribunal a informé les parties, le 6 février 2024, de ce qu'il était susceptible de surseoir à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme sur les moyens tirés de la méconnaissance des c) et d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, de l'article IV.3.b. du PLUi relatif à la distance entre constructions non contiguës, de l'article III.1.e. du PLUi relatif aux locaux de vélos et de l'article IV.3.a du PLUi relatif à l'emprise au sol au regard du calcul de la surface d'emprise des bâtiments.

Un mémoire, enregistré le 9 février 2024, a été présenté pour la SCCV Bondy rues Borel et Laug.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Laforêt, rapporteur,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,

- et les observations de Me Peyronne, représentant les consorts E, de Me Abbe représentant la commune de Bondy et de Me Derro, représentant la SCCV Bondy Rues Borel et Laug.

Une note en délibéré présentée pour les consorts E a été enregistrée le 16 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 juillet 2022, le maire de la commune de Bondy a délivré à la SCCV Bondy rues Borel et Laug un permis de construire d'un ensemble immobilier de 79 logements sur un terrain situé au 20 rue Borel à Bondy. M. F E, Mme A E, Mme D E, Mme C E et M. B E ont introduit un recours gracieux le 12 septembre 2022 qui a été rejeté implicitement. Par leur requête, ils demandent l'annulation de ces décisions.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ". Il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision relative à l'occupation du sol régie par le code de l'urbanisme, en particulier lorsqu'une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir est soulevée en défense, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état d'éléments suffisamment précis et étayés. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. M. B E, ne justifie ni de sa qualité pour agir, ni de son intérêt pour agir. M. F E n'est pas voisin immédiat et ne démontre pas davantage son intérêt pour agir. Toutefois, Mmes A, D et C E démontrent avoir la qualité de voisins immédiats du terrain d'assiette du projet en cause et justifient d'un intérêt à agir en faisant valoir que le projet de construction litigieux concerne un bâtiment d'habitation collectif sur lequel ils auront une vue directe depuis leur parcelle, susceptible en conséquence d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien. Par suite, la requête est recevable et la fin de non-recevoir tiré du défaut d'intérêt pour agir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le dossier de demande du permis de construire :

4. D'une part, l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme dispose : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; () ". L'article R. 431-5 du même code dispose : " la demande de permis de construire précise : () ; / c) La localisation et la superficie du ou des terrains ".

5. Les requérants soutiennent qu'il existe une incohérence entre le formulaire de demande qui indique que la superficie de la parcelle cadastrale est de 2 568 m² alors que la notice indique une superficie de 2 574 m². Il ressort toutefois de la notice architecturale que le projet prévoit des constructions sur plusieurs parcelles représentant un " total de 2 568 m² et plus précisément 2 574 m² arpentés (cf relevé géomètre) " alors que le dossier contient ce relevé de géomètre qui est suffisamment détaillé. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que cette différence serait de nature à fausser l'appréciation du service instructeur quant à la superficie totale de l'emprise du projet, à savoir 2 574 m².

6. D'autre part, l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dispose que : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ". La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet procède à la démolition des habitations existantes. Il n'a pas pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant et, par suite, ne devait pas faire apparaître l'état initial et l'état futur en application du a) de l'article R. 431-10 précité. Le moyen doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet de 79 logements en R+4 s'insère dans un quartier pavillonnaire composé de maisons en RDC + comble et R+1+comble. Or, ni le projet architectural, ni aucune autre pièce du dossier, ne comprend de document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes en méconnaissance du c) de l'article R. 431-10 précité. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que les services instructeurs étaient dans l'impossibilité d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes.

9. En troisième lieu, le dossier de permis de construire contient, contrairement à ce que soutiennent les requérants des photographies suffisantes de l'environnement proche et lointain tant dans la notice architecturale (PC 4.4) que dans les autres documents de la demande (PC 7 et PC 8). Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du d) de l'article R. 431-10 précité doit être écarté.

En ce qui concerne l'insertion du projet :

10. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes du III - 1 b) du règlement du plan local d'urbanisme (PLUi) d'Est Ensemble-Grand Paris, relatif à l'aspect extérieur des constructions : " Par leur volume, leur architecture, les matériaux employés, les couleurs, les constructions doivent être intégrées de manière harmonieuse dans le paysage urbain dans lequel elles sont situées./Tout projet peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de prescriptions particulières si les constructions ou utilisations du sol concernées, par leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales./ ".

11. Compte tenu des insuffisances du dossier de demande exposées au point 8, le tribunal n'est pas en mesure d'apprécier pleinement l'insertion du projet dans son environnement. Dès lors, il y a lieu pour le tribunal de réserver la réponse à ce moyen, lequel demeure susceptible d'être accueilli ou écarté après la régularisation éventuelle de ces insuffisances.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article III-1 d du PLUi relatif aux bornes de recharge de véhicule électrique :

12. Aux termes de l'article III.1.d du PLUi d'Est Ensemble " Conformément au code de la construction et de l'habitation, une part des places à réaliser doit être pré-équipée pour faciliter l'accueil d'une borne de recharge de véhicule électrique, dotée d'un système individuel de comptage des consommateurs. / Le pétitionnaire doit pré-équiper une part des places à réaliser pour faciliter l'accueil d'une borne de recharge pour les véhicules électriques ". Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire est assorti, à son article 9, d'une prescription selon laquelle " le projet devra respecter l'arrêté du 13 juillet 2016 relatif à l'application des articles R. 111-14-2 à R. 111-14-8 du code de la construction et de l'habitation imposant que soit équipée d'une installation dédiée à la recharge électrique 75% des emplacements exigés par le document d'urbanisme. / Ces places doivent être conçues de manière à pouvoir accueillir ultérieurement un point de recharge pour véhicule électrique ou hybride rechargeable, disposant d'un système de mesure permettant une facture individuelle des consommations ".

13. Dès lors que les dispositions précitées, qui relèvent du code de la construction et de l'habitation, ont une valeur informative au sein du règlement du PLUi, les requérants ne sont pas fondés à invoquer leur méconnaissance, alors, en outre, que le permis contient une prescription et que le pétitionnaire s'est engagé, dans le formulaire de demande de permis de construire, à respecter les règles générales de construction prévues par le code de la construction et de l'habitation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article III-1 e du PLUi relatif aux locaux de vélos :

14. En application de l'article III.1.e du PLUi, le projet requiert une surface dédiée aux vélos équivalente à 1,5 m² par logement créé avec a minima la réalisation d'un local d'une superficie minimale de 3 m². Le règlement du PLUi précise à cet égard que " ces locaux doivent être facilement accessibles, sécurisés et abrités. Au moins la moitié de la superficie minimale imposée pour ces locaux doit se situer au rez-de-chaussée de la construction et à l'intérieur des constructions. Les locaux implantés à l'extérieur des constructions devront être couverts ".

15. Il ressort des pièces du dossier que le projet précise " au RDC : un emplacement vélo de 50,2m² extérieur et couvert, un local intérieur de 5,79 m² ainsi qu'une annexe de 9m² fermée soit 64,96m² cumulés. Au R-1 trois locaux clos et couverts de 76,73 m² cumulés ". Le projet prévoit ainsi 141,69 m² d'emplacement vélos soit au-dessus de la surface minimale fixée par le règlement pour 79 logements. Toutefois, seuls 14,79 m² sont situés au rez-de-chaussée et à l'intérieur des constructions soit en deçà de la surface minimale de 59,25m². Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions du III.1.e du PLUi.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article IV.3.a du PLUI relatif à l'alignement et au retrait du bâtiment :

16. Aux termes de l'article IV. 3. a. du PLUi d'Est Ensemble, pour l'indice 0 applicable en l'espèce : " Les constructions doivent être implantées à l'alignement. () Sur la commune de Bondy : * Le long des voies parallèles à l'avenue Gallieni et le long du canal, les constructions sont implantées en retrait de 4 mètres minimum de l'alignement. / * Le long des voies perpendiculaires à l'avenue Gallieni, les constructions sont implantées à l'alignement sur 50 mètres à compter de l'alignement sur l'avenue Gallieni, puis en retrait d'au minimum 4 mètres au-delà ".

17. Le projet est situé à l'angle de la rue des écoles et de la rue Borel ainsi qu'à l'angle de la rue des écoles et de la rue Laug avec un retrait de 4 mètres. Les requérants soutiennent que le projet aurait dû être implanté à l'alignement dès lors que la rue des écoles n'est pas parfaitement perpendiculaire à l'avenue Gallieni. Toutefois, il ressort de la configuration des lieux, et pour l'application de l'économie générale des dispositions spécifiques précitées du PLUi pour la commune de Bondy, en particulier le tracé de l'avenue Gallieni, sans qu'une mesure trigonométrique exacte soit requise, que d'une part, les rues Borel et Laug doivent être considérées comme parallèles à l'avenue Gallieni et au long du canal. D'autre part, la rue des Ecoles doit être considérée comme perpendiculaire à l'avenue Gallieni et le projet en litige implanté plus de 50 mètres au-delà de cette avenue. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les règles d'implantation à l'alignement fixées par les dispositions du PLU précitées.

En ce qui concerne la " méconnaissance " de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) applicable au secteur Canal/avenue Gallieni :

18. Si les OAP peuvent, en vertu de l'article L. 123-1-4 du code de l'urbanisme, prendre la forme de schémas d'aménagement, ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de permettre aux auteurs du PLU, qui peuvent préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics, de fixer précisément, au sein de telles orientations, les caractéristiques des constructions susceptibles d'être réalisées, dont la définition relève du règlement.

19. Les requérants soutiennent que le projet méconnaît l'OAP sectorielle qui à la date du permis de construire, matérialiserait sur la cartographie de l'OAP, par une ligne marron, l'obligation de " respecter un alignement par rapport aux autres voies " sur la rue des Ecoles. Toutefois, il résulte de ce qui est dit aux points 16 et 17 que le PLUi applicable prescrit pour l'assiette du projet, par des dispositions qui ne sont pas incompatibles avec cette OAP, une construction avec un retrait de 4 mètres. Il s'ensuit que le projet n'emporte pas en tout état de cause d'incompatibilité avec l'OAP précitée.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article IV.3.a du PLUI relatif à l'emprise au sol :

20. D'une part, pour contester la décision attaquée, les requérants font état de ce que le cadastre retient une superficie du terrain d'assiette de seulement 2 568 m², si bien que le projet de construction prévoyant, dans la notice, une emprise au sol de 1 542 m² est supérieur à la limite d'emprise au sol de 60% de la superficie du terrain d'assiette fixée par les dispositions du règlement du PLUi, soit1 544,4 m². Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, la société pétitionnaire a indiqué dans la notice que si la surface du terrain d'assiette était de 2 568 m² selon les mentions du cadastre, elle est de 2 574 m² selon les relevés de l'expert-géomètre, ces relevés étant joint au dossier de demande. Dans ces conditions, compte tenu, d'une part, du caractère déclaratif de la demande de permis de construire se référant aux relevés précités du géomètre et, d'autre part, des indications apportées par ledit expert de nature à remettre en cause les données du cadastre, les requérants, qui se prévalent uniquement de la contenance cadastrale, n'apportent pas d'éléments suffisants de nature à établir que la surface retenue par la société pétitionnaire serait entachée d'erreur de fait.

21. D'autre part, les requérants soutiennent que la surface des bâtiments serait de 1 560 m² et non 1 542 m². Toutefois, ils se bornent à produire des calculs non étayés par un expert de l'art qui ne sauraient remettre en cause la surface des constructions retenue par l'architecte dans la notice de présentation du projet, aucune fraude n'étant alléguée par les requérants. Par suite, le moyen tiré de ce que l'emprise au sol du projet qui est inférieure à 1 544,4 m² méconnaît les règles relatives à l'emprise au sol du PLUi, doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance l'article IV.3.b du PLUI relatif à l'implantation des bâtiments par rapport aux limites séparatives :

22. Aux termes de l'article IV. 3. b. du PLUi d'Est Ensemble : " L'implantation des constructions est possible sur les limites séparatives ou en retrait. En cas de retrait : / • Lorsque la façade ou partie de façade comporte un ou plusieurs éléments créant des vues, la distance comptée horizontalement de tout point de la construction au point le plus proche de la limite séparative, doit être au moins égale à la moitié de la hauteur de la façade ou partie de façade, avec un minimum de 6 mètres. / • Lorsque la façade ou partie de façade ne comporte pas d'éléments créant des vues, la distance comptée horizontalement de tout point de la construction au point le plus proche de la limite séparative, doit être au moins égale au quart de la hauteur de façade ou partie de façade, avec un minimum de 3 mètres ".

23. Les requérants soutiennent que la hauteur de l'un des bâtiments est de 14,05 mètres alors que le retrait est d'uniquement 6,34 mètres. Toutefois, ainsi que le fait valoir en défense la commune de Bondy, le retrait minimum par rapport aux limites séparatives est fonction de la hauteur de la façade et non de la hauteur de la construction. Il n'est pas soutenu que la hauteur des façades méconnaîtrait les règles précitées. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article IV.3.b. du PLUI relatif à la distance entre construction non contiguës :

24. Aux termes de l'article IV. 3. b. du PLUi d'Est Ensemble: " La distance séparant deux constructions non contiguës doit être au moins égale : à la moitié de la hauteur de la construction la plus haute avec un minimum de 8 mètres lorsqu'une des façades ou partie de la façade comporte un ou plusieurs éléments créant des vues. Au quart de la hauteur de la construction la plus haute avec un minimum de 6 mètres, lorsque les façades ou partie de façade ne comportent pas d'éléments créant des vues ". Le dictionnaire du PLUI, applicable en l'espèce, précise qu' " une construction est considérée comme contiguë lorsqu'il existe une liaison architecturale et fonctionnelle par un volume clos et couvert (à l'exclusion d'un simple auvent, appentis, coursive).

25. Le projet en litige comprend 79 logements répartis en deux bâtiments implantés en forme de " L ", séparé par un escalier. Il ressort des pièces du dossier que les deux bâtiments sont desservis par trois accès différents indépendants. La notice descriptive du projet précise qu'une " faille venant séparer les deux bâtiments sur la rue des Ecoles apportera une richesse architecturale volumétrique ainsi qu'un accès piéton au cœur d'îlot. Des escaliers extérieurs viendront habiller cette faille et desservir une cage de logements et l'accès à la toiture partagée ". Il ressort des pièces du dossier que si cet escalier assure une liaison architecturale il ne saurait constituer toutefois une liaison fonctionnelle entre les deux bâtiments dès lors qu'il n'est pas clos et couvert et ne permet l'accès qu'à la toiture collective du bâtiment situé au nord du projet, celle du bâtiment situé au sud du projet étant inaccessible. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que cet escalier dessert l'ensemble des étages entre les deux bâtiments et l'existence d'un sous-sol commun est sans incidence sur l'absence de lien fonctionnel de l'escalier. Par suite, les deux constructions n'étant pas contiguës, le projet ne respecte pas la distance d'implantation. Par suite, les requérants sont fondés soutenir qu'il méconnaît les dispositions précitées.

En ce qui concerne la méconnaissance des règles de sécurité publique :

26. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". L'article R. 111-5 du même code dispose : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ". Aux termes de l'article III.1.f. du PLUi Est ensemble : " Les accès doivent être adaptés à l'opération. La construction peut être refusée si les accès sont insuffisamment dimensionnés compte tenu du nombre de logements ou du nombre de m² de surface de plancher projetés, ou si les accès présentent un risque pour la sécurité des personnes. / Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la disposition des accès, de leur configuration /ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. / () Les voies publiques ou privées desservant le terrain doivent présenter des caractéristiques répondant à leur importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés ".

27. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne ressort pas des pièces du dossier que la configuration de la rue Borel, qui est en sens unique et suffisamment large, ou d'autres éléments relatifs à la voirie et la desserte du terrain d'implantation poseraient des problèmes de sécurité, ainsi qu'il ressort d'ailleurs de l'avis favorable du 3 mai 2022 de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Enfin, il ressort du plan de masse que les entrées et sorties du parking sont prévues sur les rues Borel et Laug, de sorte qu'il n'existe pas de risque particulier sur la rue des Ecoles et la sortie des élèves. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées ne peuvent qu'être rejetées.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les consorts E sont seulement fondés à soutenir que l'arrêté du 11 juillet 2022 du maire de Bondy a méconnu, le c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, l'article III-1 e du PLUi relatif aux locaux de vélos et l'article IV.3.b. du PLUI relatif à la distance entre construction non contiguës. Il y a également lieu de réserver la question de l'insertion du projet dans son environnement.

Sur la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

29. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ". Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

30. En dépit des vices caractérisés aux points 8, 15 et 25 dont le permis de construire litigieux est atteint, une mesure de régularisation n'impliquerait pas d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Ce permis de construire est donc susceptible d'être régularisé. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et d'impartir à la commune de Bondy et à la SCCV Bondy rues Borel et Laug un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement afin de produire la mesure de régularisation nécessaire.

DECIDE :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité de l'arrêté du maire de Bondy du 11 juillet 2022 et du recours gracieux dirigé contre cet arrêté jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement imparti à la commune de Bondy et à la SCCV Bondy rues Borel et Laug pour notifier au tribunal une mesure de régularisation des vices mentionnés aux points 8, 15 et 25 du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Mme A E, à Mme D E, à Mme C E, à M. B E, à la société civile de construction vente (SCCV) Bondy rues Borel et Laug et à la commune de Bondy.

Délibéré après l'audience du 12 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Laforêt, premier conseiller,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le rapporteur,

E. Laforêt

Le président,

A. MyaraLa greffière,

I. Dad

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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