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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300507

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300507

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantMOUBERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 et 17 janvier 2023, M. D, représenté par Me Moubéri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays dont il a la nationalité comme pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle comporte une erreur de droit car le requérant ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les articles 3-1 et 9 de de la convention internationale des droits de l'enfant et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il offre des garanties de représentation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français. ;

En ce qui concerne le signalement dans le système d'information Schengen :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. Colera, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Colera,

- les observations de Me Tsika-Kaya, représentant M. Moussanda Samba, l'avocat reprenant les conclusions et moyens de ses écritures et ajoutant que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les articles 3-1 et 9 de de la convention internationale des droits de l'enfant et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les observations de Me El Assaad, représentant le préfet de l'Essonne qui conclut au rejet de la requête et demande, pour le cas où la juridiction estimerait que M. Moussanda Samba ne représenterait pas une menace à l'ordre public, soit substitué d'office le motif tiré de ** I de l'article L. 611-1.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 janvier 2023, le préfet de l'Essonne a obligé M. Moussanda Samba, ressortissant congolais né le 15 novembre 1989 à Brazzaville (Congo), à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays dont il a la nationalité comme pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. Moussanda Samba demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. La décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les motifs de droit et de fait sur lesquels elle est fondée et est, par suite, régulièrement motivée.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ; ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. Moussanda Samba séjourne en France sans visa ou titre de séjour. Cette seule circonstance pouvait justifier qu'il fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quand bien même le comportement du requérant ne représenterait pas une menace à l'ordre public. Dès lors le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

5. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 9 de la convention internationale sur les droits de l'enfant, qui ne crée des obligations qu'à l'encontre des Etats signataires, ne peut être utilement soulevé à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre une obligation de quitter le territoire français. Par suite, il ne peut qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Si le requérant, qui a déclaré dans son audition du 12 janvier 2023, être en France " depuis presque cinq ans ", se prévaut des liens personnels qu'il a tissés en France, à raison de sa communauté de vie avec Mme A B, de nationalité congolaise, titulaire d'une carte de résident, et de la contribution à l'entretien et à l'éducation de leur fille C, il ressort des pièces du dossier que sa compagne a porté plainte le 11 janvier 2023 contre le requérant pour violences conjugales et qu'elle a déclaré lors de son audition souhaiter arrêter leur relation et protéger leur enfant. En outre, il ne justifie pas, par la seule production de six factures et d'une attestation insuffisamment circonstanciée, contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en prenant les décisions en litige et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

9. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. Moussanda Samba, le préfet s'est fondé, par une décision qui présente une motivation suffisante, sur les dispositions précitées en relevant, d'une part, que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public en raison de la plainte pour viol conjugal et violences conjugales dont il fait l'objet et, d'autre part, en se fondant sur l'existence d'un risque de soustraction à la présente mesure d'éloignement en indiquant qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, et enfin qu'il ne dispose pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne peut présenter un document de voyage en cours de validité puisqu'il déclare avoir perdu son passeport. Si le requérant soutient que son comportement ne constitue pas une menace actuelle pour l'ordre public, au regard de la date de sa condamnation, pouvant justifier le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et qu'il peut être hébergé par sa mère, M. Moussanda Samba a toutefois fait l'objet de d'une précédente mesures d'éloignement, et il est constant qu'il s'est soustrait à leur exécution, en outre son hébergement récent par sa mère établie par une attestation établie pour les besoins de la cause ne saurait par lui-même constituer une garantie suffisante. Dès lors, M. Moussanda Samba relève des prévisions du 5° de l'article L. 612-3 précité et pour ce seul motif, le préfet a pu valablement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision en litige trouvant également son fondement sur les dispositions du 8° de ce même article dès lors que M. Moussanda Samba est dépourvu de passeport. Enfin, si le requérant fait état de ce qu'il est père d'une enfant résidant en France, cet élément ne constitue pas, à lui seul, une circonstance particulière au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devant conduire à l'octroi d'un délai de départ volontaire et, dans les circonstances de l'espèce exposées aux points 7 et 11, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaître les dispositions des articles L.612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de l'Essonne a pu refuser à M. Moussanda Samba l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le français :

11. Aux termes de l'article 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

12. En l'espèce, M. Moussanda Samba justifie être le père d'une enfant mineure domiciliée chez sa mère titulaire d'une carte de résident. Si l'obligation faite au requérant de quitter le territoire français n'est pas, à court terme, incompatible avec la nécessité de préserver la sérénité du cadre de vie de sa compagne et de sa fille, l'interdiction de retourner sur le territoire français, en ayant pour effet pratique de priver le requérant de toute possibilité de voir sa fille sur le territoire national pendant trois ans, ne saurait correspondre à l'intérêt supérieur de l'enfant, de sorte qu'elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant. En outre, dès lors que le requérant justifie par ailleurs de la présence en situation régulière de sa mère, veuve, sur le territoire français, et allègue, sans être contredit, de celle de trois de ses sœurs, la décision peut être regardé, du fait de la durée d'éloignement qu'elle implique, comme portant une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que cette mesure doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen soulevés à son encontre.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. Moussanda Samba est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 12 janvier 2023 en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. L'annulation de la seule décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique que le préfet procède à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen de M. Moussanda Samba dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. Moussanda Samba.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne en date du 12 janvier 2023 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent, de faire procéder à la suppression, par les services compétents, du signalement de M. Moussanda Samba aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. Moussanda Samba une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 18 janvier 2023.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

Signé

C. ColeraLa greffière,

Signé

S. Traore

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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