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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300530

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300530

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantDELIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2023, M. C, représenté par Me Delimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance en date du 14 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny en date du 31 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caldoncelli-Vidal,

- et les observations de Me Lantheaume, substituant Me Delimi, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais (République Démocratique du Congo) né le 1er août 1986, est entré sur le territoire dans le courant de l'année 2000, alors âgé de quatorze-ans ans. Le 15 juillet 2019, il a sollicité un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 3 janvier 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B en qualité de parent d'enfants français, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le motif tiré de ce que sa présence constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné les 14 janvier 2016 et 31 octobre 2016 par le tribunal correctionnel de Paris respectivement à deux mois d'emprisonnement pour récidive de détention non autorisée et usage illicite de stupéfiants et à six mois d'emprisonnement pour rébellion, outrage à agent d'un exploitant de réseau de transport public de personnes. Par ailleurs, il est connu défavorablement des services de police pour détention non autorisée de stupéfiants en date du 6 novembre 2017. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a purgé sa peine de deux mois d'emprisonnement et qu'eu égard à son encrage familial, social et professionnel, la peine de six mois d'emprisonnement prononcée le 31 octobre 2016 a été convertie par le juge de l'application des peines en travail d'intérêt général d'une durée de soixante-dix heures qu'il a effectué au sein d'une association. Ainsi, au regard de la nature, de l'ancienneté des faits pour lesquels M. B a été condamné, du quantum des peines et de l'absence de tout autre élément défavorable susceptible d'être retenu à l'encontre de l'intéressé, la présence de M. B ne peut être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public, en dépit de l'avis défavorable émis par la commission du titre de séjour le 28 octobre 2021.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré à l'âge de quatorze ans sur le territoire français et y réside habituellement depuis vingt-deux ans à la date de la décision attaquée. Il vit avec une ressortissante française depuis 2016 et deux enfants sont nés respectivement les 6 novembre 2017 et 13 décembre 2020 de cette relation. Il ressort également des très nombreuses pièces versées au dossier, en particulier des témoignages circonstanciés de proches, des directrices des crèches fréquentés par les enfants et du chef du service périscolaire, que l'intéressé entretien une vie commune avec sa compagne et qu'il est un père très investi dans l'entretien et l'éducation de ses enfants. Il enseigne la capoeira depuis plusieurs années au sein de différentes structures et est un artiste reconnu dans ce domaine appelé régulièrement à intervenir dans le cadre de festivals et de projets cinématographiques. Enfin, les pièces versées au débat révèlent l'existence de liens amicaux et sociaux particulièrement forts au sein de la société française. M. B, qui justifie contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis, en rejetant sa demande de titre de séjour, a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'annulation de l'arrêté en date du 3 janvier 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, que cette autorité, ou tout autre préfet territorialement compétent, délivre à M. B un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, lui délivre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1 100 euros, à verser à Me Delimi, avocate de M. B, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 janvier 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Me Delimi, avocate de M. B, une somme de 1 100 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Delimi et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Israël, président,

- M. Dumas, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Mme Caldoncelli-Vidal Le président,

M. Israël

La greffière,

Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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