jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2300681 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 9ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | ESTEVENY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 janvier 2023 et 11 mai 2023, M. C D, représenté par Me Esteveny, demande au président du tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis, rejetant sa demande d'admission au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce dernier renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; il n'a pas bénéficié du droit d'être entendu ; sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et complet ; elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- en ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; il n'a pas bénéficié du droit d'être entendu ; sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et complet ; elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ; l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Charageat, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Charageat,
- et les observations de Me Esteveny, représentant M. D, qui soutient que le requérant est inséré professionnellement, ce que le préfet n'a pas pris en compte, que les craintes du requérant de retourner au Sri-Lanka se sont accrues depuis la décision de la Cour nationale du droit d'asile et que celui-ci produit un certificat médical contenant des éléments qui n'ont pas été portés à la connaissance de la Cour concernant les traitements qu'il a subis dans ce pays, de sorte que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 27 décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. D, ressortissant sri-lankais né le 23 mars 1978 à Mallaitivu, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " () L'admission provisoire est accordée () d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Aux termes de l'article 80 du même décret : " () l'avocat ou l'officier public ou ministériel commis d'office, désigné d'office, () est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle () si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle
Sur certains moyens communs aux différentes conclusions :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-3175 du 22 novembre 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du 24 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. A B, adjoint au chef du bureau de l'asile, pour signer les décisions contestées, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des étrangers et des naturalisations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation du requérant avant d'édicter les décisions en litige.
5. En troisième lieu, si le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, le requérant invoque la méconnaissance de son droit d'être entendu en faisant valoir qu'il n'a pas été en mesure de présenter des observations relatives à son insertion professionnelle. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué celui-ci avait exercé une activité salariée au cours d'une période d'environ huit mois dans le cadre d'un contrat à durée déterminée conclu pour une saison, ces éléments ne constituent pas en l'espèce des informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qui, si elles avaient été communiquées à temps à l'administration, auraient été de nature à faire obstacle aux décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
Sur les autres moyens d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532 1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32 () ". Aux termes de l'article R. 532-57 de ce code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".
7. L'arrêté attaqué relève que la demande d'asile présentée par le requérant a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 25 avril 2022 puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 septembre 2022, notifiée le 13 octobre 2022 et que M. D a présenté une demande de réexamen qui a été rejetée pour irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par une décision de l'OFPRA en date du 15 novembre 2022 notifiée le 25 novembre 2022. Le requérant soutient qu'à la date de la décision d'éloignement il disposait du droit de se maintenir en France en l'absence de preuve apportée par le préfet du caractère définitif du rejet de sa demande d'asile. Le préfet de la Seine-Saint-Denis verse toutefois aux débats la fiche récapitulative dite " télémofpra " retraçant la procédure de demande d'asile du requérant, dont le conseil de ce dernier a pu prendre connaissance avant l'appel de l'affaire à l'audience et qui confirme les informations mentionnées dans l'arrêté en litige relatives aux décisions prises à la suite de la demande d'asile et de réexamen présentées par l'intéressé. Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué, le droit de M. D de se maintenir sur le territoire français avait pris fin, quand bien même la CNDA n'avait pas statué sur sa contestation de la décision de l'OFPRA en date du 15 novembre 2022. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D en entré en France au mois de novembre 2018, alors qu'il était âgé de quarante ans, que son épouse demeure au Sri-Lanka et qu'il n'allègue pas posséder d'attaches familiales en France. En outre, la période d'emploi dont se prévaut le requérant, laquelle, ainsi qu'il a été dit, est d'une durée d'environ huit mois à la date de l'arrêté attaqué, ne caractérise pas une insertion professionnelle significative. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée ne peut qu'être écarté.
10. En deuxième lieu, le requérant soutient qu'il a fui le Sri-Lanka, où il a été persécuté par les autorités militaires de ce pays compte tenu de son engagement auprès du mouvement " Liberation Tigers Of Tamil Ealam " (LTTE), de sorte que la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui énonce que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui énonce que " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ". Toutefois, il n'apporte aucun élément permettant d'étayer les faits qu'il expose dans ses écritures pour justifier ses craintes, hormis un certificat médical daté du 21 avril 2023, qui ne concorde d'ailleurs pas avec ses allégations en ce qui concerne la durée de la période de captivité dont il déclare avoir fait l'objet en 2016. Ainsi, le requérant n'apporte pas d'élément susceptible d'établir qu'il existerait des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de retour dans son pays d'origine il se trouverait personnellement exposé aux risques qu'il invoque, alors qu'au demeurant sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des textes précités ne peut qu'être écarté.
11. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, eu égard à la situation de M. D, et notamment à la nationalité de ce dernier, la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : M. D est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
Le magistrat désigné
par le président du tribunal,
D. CharageatLe greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026