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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300777

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300777

mardi 15 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPORCHERON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné la requête de Mme D, agent territoriale, contestant le refus du maire de Pierrefitte-sur-Seine de reconnaître l'imputabilité au service de son accident déclaré le 28 juin 2021. La requérante invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation et une erreur d'appréciation. Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses moyens, jugeant que l'arrêté était signé par un adjoint disposant d'une délégation régulière, qu'il était suffisamment motivé en droit et en fait, et que la présomption d'imputabilité au service ne pouvait être retenue car l'agent n'était pas en service le jour précédant l'accident. La solution retenue est le rejet de la requête, sur le fondement des articles L. 822-18 et suivants du code général de la fonction publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 janvier 2023, 27 février 2025, 7 avril 2025 et 23 avril 2025, Mme B D, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 novembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Pierrefitte-sur-Seine a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré

le 28 juin 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Pierrefitte-sur-Seine de retirer cette décision de son dossier administratif et de reconnaître l'imputabilité au service de son accident ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pierrefitte-sur-Seine la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle se trouvait sur son lieu et sur son temps de travail au moment de l'accident de service et que sa déclaration d'accident de travail a été transmise dans un délai de trente jours à son administration conformément aux dispositions de l'article 37-3 du décret du 30 juillet 1987 ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure dès lors que les faits qui ont déclenché son accident de travail sont constitutifs d'un harcèlement moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 décembre 2024 et le 14 mars 2025, la commune de Pierrefitte-sur-Seine, représentée par Me Porcheron conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 600 euros soit mise à la charge de Mme D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés ;

- elle demande, en tant que de besoin, une substitution de motifs dès lors qu'elle n'a pas été saisie de la déclaration d'accident de travail en date du 14 octobre 2021 et qu'aucun certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions ne lui a été transmis, en méconnaissance des articles 37-2 et 37-3 du décret du 30 juillet 1987.

Par une ordonnance du 28 avril 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- et les observations de Me Sanches, substituant Me Lerat, représentant Mme D.

Une note en délibéré produite par Mme D a été enregistrée le 10 juillet 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a été recrutée en 1998 par la commune de Pierrefitte-sur-Seine en qualité agent administratif puis a bénéficié de plusieurs avancements en qualité de rédactrice territoriale puis d'attachée territoriale. A compter du 1er mars 2012, l'intéressée a été détachée sur l'emploi fonctionnel de directrice générale adjointe des services et de directrice des ressources humaines. Ce détachement a été renouvelé pour cinq ans à compter du 24 octobre 2016. Le 28 juin 2021, Mme D a déclaré avoir été victime d'un accident de service. Par un avis du 17 octobre 2022, le conseil médical interdépartemental de la petite couronne, réuni en formation plénière, a émis un avis favorable à l'imputabilité au service de ses arrêts de travail du 28 juin 2021 au 22 août 2021 et du 3 février 2022 au 4 septembre 2022. Par un arrêté du 21 novembre 2022, le maire de la commune de Pierrefitte-sur-Seine a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré le 28 juin 2021. Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 21 novembre 2022 attaqué a été signé par M. C A, premier adjoint au maire, qui disposait d'une délégation de signature en application de l'arrêté n° 2020-1628 du 8 juillet 2020, régulièrement publié et transmis au contrôle de légalité le 10 juillet 2020, à l'effet de signer tous les courriers, actes administratifs et certification de services faits entrant dans la compétence de la délégation de fonctions qu'on lui a conférée en matière de logement, sports et ressources humaines. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 21 novembre 2022 a été pris par une autorité incompétente.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué du 21 novembre 2022 qu'il vise le code général de la fonction publique, en particulier les articles L. 822-18 à L. 822-25 et le décret du 30 juillet 1987, notamment ses articles 37-1 à 37-20 sur le fondement desquels il a été pris, la déclaration d'accident de travail de l'agent du 28 juin 2021, les certificats médicaux de prolongation au titre des soins et d'arrêt de travail et les résultats de l'enquête administrative. Il indique les raisons pour lesquelles l'agent n'était pas en service le 27 juin 2021. Il énonce ainsi les considérations de fait et de droit qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. ". Aux termes de l'article L. 822-21 du même code : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à :/ 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 ; () ". L'article L. 822-22 du même code dispose que : " Le fonctionnaire bénéficiaire d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite "

5. Constitue un accident de service, pour l'application de ces dispositions, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un courrier annonçant l'engagement d'une procédure disciplinaire à l'encontre d'un agent ne saurait être regardée comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'ils ont pu produire sur l'agent.

6. Pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme D et le lien entre ses arrêts de travail à compter du 28 juin 2022 et le malaise dont elle a été victime le 27 juin 2021, la commune de Pierrefitte-sur-Seine a estimé qu'à cette date, la requérante n'était pas en service, qu'elle n'effectuait pas d'astreinte et qu'elle se trouvait en dehors des horaires définis par son cycle de travail approuvé par le conseil municipal.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a déclaré qu'elle avait été victime d'un accident de travail, survenu le dimanche 27 juin 2021 à 14 heures 30, jour du second tour des élections départementales et régionales, alors qu'elle se trouvait dans son bureau à la mairie. Elle soutient que cet accident est survenu pendant son temps de travail dès lors que ses fonctions de directrice générale adjointe en charge des moyens et de directrice des ressources humaines justifiaient sa présence le jour de l'organisation d'opérations électorales. Elle produit à cet effet son bulletin de salaire qui indique que la commune lui a versé une indemnité forfaitaire " élection " au titre du mois de juin 2021. En outre, elle se prévaut de trois attestations d'agents de la commune indiquant que Mme D était présente sur son lieu de travail le 27 juin 2021. Or, la commune soutient qu'elle a seulement demandé à la requérante d'être présente pour le dépouillement à compter de 19 heures pour une durée de 4 heures et qu'elle a été payée d'un seul forfait de 4 heures. Mme D ne conteste pas avoir été présente sur son lieu de travail, lors du dépouillement du premier tour des élections régionales le 20 juin 2021. Si les attestations dont se prévaut la requérante font état de sa présence, elles ne démontrent pas qu'elle intervenait à la demande de la commune. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ses fonctions impliquaient sa présence toute la journée des élections alors que sa fiche de poste prévoit seulement au titre de " autres activités occasionnelles " la participation aux décomptes au sein du bureau centralisateur lors des élections politiques et que la directice générale adjointe en charge de la direction de la population est en charge de l'organisation des élections. Ainsi, la requérante se trouvait, lors de son accident, sur son lieu de travail en dehors des horaires définis par son cycle de travail approuvé par le conseil municipal et ne bénéficie dès lors pas de la présomption d'imputabilité. Il suit de là qu'elle n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de reconnaitre l'imputabilité au service de son accident du 27 mai 2021 au motif qu'il n'est pas survenu pendant son temps de travail, le maire de la commune de Pierrefitte-sur-Seine a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. En quatrième lieu, Mme D soutient que, dans l'exercice de ses fonctions au sein de la commune de Pierrefitte-sur-Seine, elle a subi des agissements constitutifs de harcèlement moral ayant affecté son état de santé à l'origine de son accident survenu le 27 juin 2021. A cet effet, elle fait valoir qu'elle a fait volontairement l'objet de comportements hostiles, vexatoires ainsi que de remarques infondées concernant sa vie personnelle de la part des agents mais également de la part de ses supérieurs hiérarchiques et qu'elle a été accusée sans fondement de harcèlement moral, de favoritisme, de violence verbale et symbolique et de diffamation. Toutefois, le détournement de pouvoir et de procédure allégué n'est pas établi.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de procéder à la substitution de motifs sollicitée en défense, que les conclusions de Mme D dirigées contre la décision du 21 novembre 2022 du maire de Pierrefitte-sur-Seine doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le rejet des conclusions à fin d'annulation par le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction de

Mme D doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pierrefitte-sur-Seine, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme D, la somme demandée par la commune de Pierrefitte-sur-Seine sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pierrefitte-sur-Seine sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et à la commune de Saint-Denis, venant aux droits de la commune de Pierrefitte-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Deniel, présidente,

Mme Biscarel, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2025.

La rapporteure,

A.-L. FabreLa présidente,

C. Deniel

Le greffier,

T. Népost

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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