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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300843

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300843

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 janvier et 29 mars 2023, M. C A, représenté par la SAS Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'alinéa 1er du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il remplit toutes les conditions tenant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien conformément à ces stipulations ;

- il est entaché d'une erreur de droit tirée de ce que préfet ne pouvait pas se fonder sur l'absence de production du visa d'entrée de plus de trois mois pour rejeter sa demande dès lors que son entrée sur le territoire français faisait suite au déclenchement de la guerre en Ukraine ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 2 du protocole n° 1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité au regard de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;

- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bazin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 11 août 1992, est entré sur le territoire français le 2 mars 2022. Le 18 novembre 2022, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité d'" étudiant ". Par un arrêté du 22 décembre 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, notamment son article 9, et le titre III du protocole annexé à cet accord. L'arrêté fait état des conditions d'entrée et de séjour de M. A en France, ainsi que des éléments pertinents relatifs à son parcours universitaire et à sa situation personnelle. L'arrêté attaqué, qui n'est pas tenu d'énumérer l'ensemble des éléments de la situation du requérant, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, eu égard notamment aux mentions portées sur l'arrêté attaqué relevées au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas été procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire : " Personnes auxquelles s'applique la protection temporaire/ () 2. Les États membres appliquent la présente décision ou une protection adéquate en vertu de leur droit national à l'égard des apatrides, et des ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui peuvent établir qu'ils étaient en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022 sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien, et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou leur région d'origine dans des conditions sûres et durables. / 3. Conformément à l'article 7 de la directive 2001/55/CE, les États membres peuvent également appliquer la présente décision à d'autres personnes, y compris aux apatrides et aux ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui étaient en séjour régulier en Ukraine et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou région d'origine dans des conditions sûres et durables. () ".

5. Aux termes du titre III du protocole en date du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants () reçoivent, sur présentation soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " ". Et aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4,5,7,7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

6. Pour refuser la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité d'étudiant à M. A au titre du titre III du protocole de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé, d'une part, que l'intéressé ne justifie pas d'un visa d'une durée supérieure à trois mois et, d'autre part, que même si l'intéressé présente un certificat d'inscription en première année de licence en philosophie au titre de l'année 2022/2023, il ne justifie pas de moyens d'existence correspondant au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée aux boursiers et que l'attestation de prise en charge fournie n'est pas datée.

7. D'une part, il résulte des stipulations précitées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " est conditionnée à la présentation d'un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Si M. A est entré sur le territoire français sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " délivré par les autorités ukrainiennes, il est constant que l'intéressé n'était pas titulaire d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit au regard de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en fondant sa décision sur l'absence de production par l'intéressé d'un visa de long séjour.

8. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est fondé concurremment sur le motif tiré du défaut de visa de long séjour et sur celui tiré de l'absence de justification des moyens d'existence suffisants. Dès lors, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que le préfet pouvait, à bon droit, refuser à M. A la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'étudiant sur le seul motif tiré de l'absence de visa de long séjour et qu'il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, la circonstance que le préfet se serait, à tort, fondé sur l'autre motif, surabondant, tiré de l'absence de justification des moyens d'existence suffisants est, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

9. Enfin, à supposer même que le requérant ait eu droit au bénéfice de la protection subsidiaire en application des dispositions de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022, citées au point 4 du présent jugement, cette circonstance n'exonère pas M. A de la production d'un visa de long séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour l'existence d'une menace à l'ordre public à l'encontre de M. A, le préfet a relevé que " l'intéressé est connu au fichier des antécédents judiciaires le 28 juillet 2022 pour détention illicite, acquisition illicite et cession ou offre illicite en bande organisée de substance, plante, préparation ou médicament inscrit sur les listes I et II ou classées comme psychotrope ". Le requérant soutient, sans être contredit, que s'agissant des faits reprochés, il n'a été placé qu'en garde de vue, que la prise de sang effectuée par les services de police a révélé qu'il n'avait consommé aucune substance et que l'affaire a été classée sans suite. Le préfet, qui n'a présenté aucune observation sur ce point n'ayant pas produit de mémoire en défense, n'établit pas qu'à la date de sa décision la présence de M. A constituerait une menace à l'ordre public. Toutefois, il résulte de l'arrêté attaqué que la décision de refus de délivrance du titre de séjour sollicité est également fondée sur le motif, légalement justifié ainsi qu'il a été dit précédemment, tiré de ce que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des stipulations du titre III du protocole du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le moyen doit par suite être écarté dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif.

12. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes de l'article 2 du protocole n° 1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut se voir refuser le droit à l'instruction. L'Etat, dans l'exercice des fonctions qu'il assumera dans le domaine de l'éducation et de l'enseignement, respectera le droit des parents d'assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques ".

13. D'une part, si le requérant fait valoir qu'il est hébergé à titre gratuit par son oncle, ressortissant français, qui s'est engagé à lui verser mensuellement une somme de 700 euros afin de l'aider à subvenir à ses besoins et que sa sœur est également présente de manière régulière sur le territoire français, l'intéressé n'établit pas la nécessité de sa présence auprès de ces derniers, alors qu'il n'établit, ni même n'allègue, qu'il serait dépourvu d'attache dans son pays d'origine. D'autre part, si M. A fait valoir qu'il est inscrit au titre de l'année universitaire 2022/2023 à l'université Paris 8 en première année de licence en philosophie, il n'établit, ni même n'allègue, qu'il ne pourrait pas poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Enfin, si le requérant fait valoir qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel en tant qu'employé polyvalent au sein de la société " SEVEN " en date du 6 mai 2022, il ne fait état que d'une expérience professionnelle d'une durée de sept mois à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant, célibataire et sans charge de famille, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou celles de l'article 2 du protocole additionnel n°1 à cette convention. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité au regard de sa situation personnelle.

14. En dernier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. L'hôte, premier conseiller,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La rapporteure,Le président,Signé Signé Mme BazinM. TruilhéLa greffière,Signé Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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