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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2300992

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2300992

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2300992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantSCP GUILLEMIN & MSIKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 24 janvier 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a renvoyé au tribunal administratif de Montreuil la requête de M. B F.

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2023, M. B F, représenté par Me Msika, demande au président du tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 janvier 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire sont insuffisamment motivées ;

- le préfet a méconnu son droit d'être entendu avant de prendre les décisions contestées ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien et n'a pas examiné sa demande dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire et au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est privée de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, incompatibles avec la directive 2008/115 et transposées tardivement ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation, en l'absence d'éléments suffisants permettant de caractériser un risque de fuite ;

- il a entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistrée le 7 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme de Bouttemont pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-4 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Bouttemont,

- les observations de Me Msika représentant M. F, présent.

Le préfet, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, de nationalité algérienne né le 27 février 1990, demande l'annulation de l'arrêté en date du 19 janvier 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'acte et de la méconnaissance de son droit d'être entendu :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-093 du 13 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 17 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à Mme C A, chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, pour signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En second lieu, si M. F soutient que l'arrêté attaqué a méconnu son droit d'être entendu, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la suite de son interpellation, l'intéressé a été auditionnée le 18 janvier 2022 par les services de police sur sa situation administrative et notamment les conditions de son entrée et de son séjour en France. Il a ainsi eu la possibilité de faire état des observations qu'il estimait utiles avant le prononcé des décisions prises à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation de M. F, vise les dispositions de l'article L. 611-1-1° et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'éloignements des étrangers, applicables aux ressortissants algériens en l'absence de stipulation ayant la même portée dans l'accord franco- algérien. Il est également précisé les éléments de fait relatifs à la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. F ne peut utilement invoquer à l'appui de la décision contestée la méconnaissance des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien relatif à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié et du pouvoir de régularisation du préfet, dès lors que celle-ci n'a pas pour objet d'apprécier son droit au séjour. Il ne peut en tout état de cause se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 6 décembre 2019 et se maintenir depuis cette date sur le territoire français sans avoir sollicité de titre de séjour. Il est célibataire sans charge de famille sur le territoire français et n'est pas dépourvu de toutes attaches dans son pays où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. S'il justifie de l'exercice d'une activité professionnelle du 19 août 2020 au 16 juin 2021, puis à compter de novembre 2022, cette insertion professionnelle demeure toutefois récente. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. F.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (); 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;() ; ".

8. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et caractérise la situation de M. F au regard de ces articles, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 précitées que l'existence d'un risque que l'étranger se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français résulte d'un ensemble de critères objectifs qui doit être apprécié par l'autorité compétente en fonction des circonstances particulières de l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'incompatibilité de ces dispositions avec les objectifs de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, quelle que soit la date de transposition, doit être écarté.

10. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. F a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 6 décembre 2019 et se maintenir depuis cette date sur le territoire français sans avoir sollicité de titre de séjour. Il a indiqué ne pas vouloir rentrer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français peut être regardé comme établi. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 19 janvier 2023 contesté. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

La magistrate désignée,

Mme de Bouttemont La greffière,

Mme D

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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